2010-07-31























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La Franc-maçonnerie en Roumanie
(2007-10-01)
Dernière mise à jour: 2007-10-02 13:35 EET
La Franc-maçonnerie est l’organisation à l’image la plus stéréotypée possible. Une image largement alimentée par les exemples classiques illustrant la théorie de la conspiration. Connue sous le nom de judéo - maçonnerie, la théorie de la conspiration, lancée par le discours conservateur, considérait cette organisation comme un centre mondial du pouvoir destiné à contrôler les gens et à les diriger vers certains intérêts occultes.

En réalité, l’histoire de la franc-maçonnerie est tout aussi confuse, glorieuse et sujette à interprétation que celle de n’importe quelle autre organisation. C’est à ses origines et à ses rituels très stricts qu’elle doit sa renommée de société secrète. La maçonnerie moderne dérive des anciennes confréries médiévales, plus précisément de celle des maçons bâtisseurs d’églises. Ils passaient pour les meilleurs maîtres d’oeuvre et les mieux payés d’ailleurs. Pour protéger les secrets de la guilde, seuls ses membres pouvaient participer aux réunions. Mais l’apparition de l’imprimerie rend de plus en plus difficiles les efforts visant à en conserver le caractère fermé et puis la raison d’être des guildes, celle de léguer aux générations futures les secrets du métier, commence elle aussi à perdre de son importance.

Attirés par les principes de l’organisation maçonnique, intellectuels et nobles anglais y adhèrent au XVIIe siècle. Comme ils n’avaient aucun lien avec le métier de maçon, ils y eurent, au début, le statut d’acceptés, mais avant la fin du siècle, les adhérents se retrouvant dans cette même situation étaient déjà majoritaires. Ce fut là le passage de la maçonnerie physique à la maçonnerie spéculative ou métaphysique. Le temple était devenu l’idéal de l’humanité tout entière, la pierre philosophale symbolisait l’esprit et ainsi de suite. Les intentions de la franc-maçonnerie moderne? Lutter contre le mal, combattre les abus de toutes les institutions dirigés contre l’homme, dont notamment ceux de l’Eglise et du pouvoir politique.

L’historien de la maçonnerie Radu Comanescu nous parle des débuts de cette organisation en Roumanie. Ecoutons-le:
“La maçonnerie arrive en Valachie vers 1734, donc assez rapidement, voire très rapidement même, vu qu’en 1717 la Grande Loge a été fondée à Londres. En Moldavie, les premières structures maçonniques ont été créées grâce au prince Constantin Mavrocordat et surtout à Anton Maria del Chiaro, le secrétaire italien du prince Constantin Brancovan, et celui des princes phanariotes. C’est lui qui a fondé la maçonnerie roumaine. En 1734, la maçonnerie semblait être formée de l’élite des philanthropes roumains. Dans les deux principautés roumaines, ce furent toujours les maçons qui ont pensé à éliminer le servage et élaboré des lois à effets positifs sur la condition sociale et économique des gens”.

La franc-maçonnerie était royaliste à l’origine et s’obligeait à respecter les lois de l’Etat. C’est la guerre d’indépendance américaine qui inventera la maçonnerie républicaine, amenée en France par les soldats de La Fayette. Les Français vont par la suite faire un pas en avant dans la direction du républicanisme, qui tournera, lui, à la terreur jacobine. Pendant la première moitié du XIXe siècle, l’influence de la maçonnerie française s’accroît en Roumanie. Radu Comanescu explique:
“Vers la fin du XVIIIe siècle et le début du XIXe, suite à l’influence des loges françaises “L’Athénée des Etrangers” et “La Rose du Silence”, les idées révolutionnaires commencent à se propager dans l’espace roumain. Ces idées visaient l’action politique dure et directe et la lutte contre le pouvoir, c’est à dire contre la monarchie. En France, cette lutte visait aussi l’Eglise. Dans l’espace roumain, cette doctrine révolutionnaire est apparue suite au fait que les enfants des boyards roumains maçons ont étudié en France. Ces fils de maçons sont entrés dans la franc-maçonnerie française, véritable fabrique de révolutionnaires de l’Europe. C’est en 1848 que ces révolutionnaires ont déclenché simultanément des révoltes dans toute l’Europe. Les fils de boyards rentrent en Moldavie et en Valachie complètement transformés pour lutter ensuite sur le front révolutionnaire non seulement en Roumanie, mais aussi en Pologne, comme fut le cas de Ion C. Bratianu”.

Il a y pourtant eu un esprit roumain de la franc-maçonnerie. Le grand enjeu des francs-maçons roumains fut l’émancipation sociale, plus précisément la liberté, celle de chaque individu et celle des autres, ainsi que la prospérité de la patrie. Ce message impressionnant a par ailleurs créé toute une littérature à part. L’actuel hymne national de la Roumanie, “Réveille-toi, Roumain“, est une production littéraire dominée justement par les idées maçonniques. On a aussi véhiculé l’idée du caractère spéculatif de la franc-maçonnerie roumaine. Dans les minutes suivantes, l’historien Radu Comanescu nous parle de l’existence d’une maçonnerie pragmatique, opérationnelle dans l’espace roumain.
“Nous avons la balade du maçon Manole. L’existence d’une corporation des bâtisseurs d’églises a été mentionnée aussi sur le territoire de la Roumanie. Manole était un maçon qui érigeait des églises orthodoxes. Cette légende est très similaire au mythe fondamental de la maçonnerie dite opérative. Il s’agit de la mort de Hiram, l’architecte du temple de Salomon, et plus précisément du sacrifice du bâtisseur pour la sauvegarde de la construction. Jadis, les gens étaient convaincus que chaque construction importante devait être munie d’un âme, censée maintenir sa cohérence. Ensuite les croyances ont évoqué le sacrifice des membres de la famille du bâtisseur, comme fut le cas de Manole, qui a sacrifié sa femme. Plus tard, on a commencé à sacrifier des enfants et des clochards. Selon le mythe d’origine, tout bâtisseur d’une construction importante devait faire un sacrifice humain. En évoquant cette légende, on peut affirmer que la maçonnerie opérative a existé chez nous aussi. Pourtant, dans l’espace roumain, des corporations ou des loges n’ont pas été fondées selon le modèle occidental. De telles structures ont existé en Transylvanie, mais pas du tout en Valachie ni en Moldavie”.

C’est par la maçonnerie que la révolte paysanne de 1784-1785 de Transylvanie, dirigée par Horea, Closca et Crisan, a été connue en Occident. Selon d’aucuns, Horea lui-même aurait été maçon. Repassons le micro à notre invité, Radu Comanescu.
“Horea a probablement été maçon. L’un de ses discours à l’honneur de l’empereur s’achève par les mots “feu, feu, feu”. Dans le langage maçonnique, ces paroles veulent dire bonne chance. Horea utilisait l’argot maçonnique, ce qui prouve en effet qu’il était maçon. Mais selon les règles de l’époque il était très peu probable qu’un paysan soit admis dans une structure maçonnique. A l’époque, la maçonnerie ne recrutait pas les membres de certaines catégories sociales. Il s’agit des comédiens, des prostituées, des propriétaires de troquets, ainsi que des paysans. La raison pour laquelle ces derniers ne pouvaient pas devenir membres de la franc-maçonnerie, c’est qu’ils étaient pour la plupart analphabètes. Mais Horea n’était pas un simple paysan, il était un paysan instruit. Il est clair que le programme de sa rébellion a été fortement inspiré par la franc-maçonnerie, parce qu’il reflète des idées républicaines et révolutionnaires qui circulaient dans la franc-maçonnerie”.


La franc-maçonnerie roumaine a fait la preuve d’un remarquable esprit de suite dans la mise en oeuvre de ses idéaux. La majeure partie des réalisations du XIXe siècle en matière de construction politique de l’Etat, d’économie et de création d’institutions est d’ailleurs le fruit de ses idéaux et projets. (Steliu Lambru; Mariana Tudose, Alex Diaconescu)
 
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