Nombre de choses vous sont probablement connues, mais, je vais essayer de vous donner une image complète sur l’évolution des rapports politiques roumano - moldaves des dernières années. Je dis politiques, parce que du point de vue culturel, tout va bien et les deux pays développent une collaboration culturelle très étroite. Malheureusement, la plupart des artistes moldaves préfèrent s’installer en Roumanie, car ici ils ont la chance d’aspirer à la célébrité. Et je ne vous donne qu’un seul exemple: celui du célèbre groupe Ozone dont le soliste fait déjà carrière aux Etats-Unis. Bon, je ferme cette petite parenthèse et voyons un peu ce qui se passe côté politique.
Placées depuis années sous le signe “je t’aime, moi non plus”, les relations roumano- moldaves semblent enfin revenir au beau fixe. La preuve? Le premier ministre roumain, Emil Boc, a reçu dernièrement au Palais Victoria de Bucarest son homologue moldave, le démocrate - libéral Vladimir Filat. “Un moment de relance en force des rapports bilatéraux” a déclaré le chef de cabinet de Bucarest, à l’issue de ses entretiens avec M. Filat. Gagnante à la limite face aux communistes pro- russes aux élections parlementaires de cet été, l'ancienne opposition pro- européenne de la République de Moldova est en train de s'installer au pouvoir. Enclave entre l’Ukraine et la Roumanie, la République de Moldova avoisine l’espace communautaire à travers la frontière roumaine.
Ce n’est donc pas par hasard que Bucarest se retrouve à l’agenda des premières visites officielles à l’étranger du Premier ministre pro- occidental Vlad Filat. Le signal du dégel des relations bilatérales a déjà été donné le jour de la validation du président du Sénat, le libéral Mihai Ghimpu en tant que président par intérim de cette république. Mais après 8 ans de régime communiste, la transition s'annonce dure pour le pays voisin. Au total, les 4 formations anticommunistes sont les partis Libéral, Libéral – Démocrate, Démocrate et l'Alliance Notre Moldova – réunis tous les 4 au sein de l'Alliance pour l'Intégration Européenne. Ensemble, ils détiennent 53 sièges de députés sur un total de 101. Cela leur suffit pour élire un porte - parole du Parlement, soit le leader libéral Mihai Ghimpu, et pour installer le nouveau gouvernement quadripartite, ayant à sa tête le libéral-démocrate Vlad Filat.
Toutefois, les 48 députés communistes pourraient bloquer sine die l'élection du successeur de Vladimir Voronine. Celui-ci a déjà exercé deux mandats à la tête de l'Etat, la Constitution ne lui permettant pas d'en avoir un 3e. En vue de l’élection du nouveau président, au moins 61 voix pour sont nécessaires. Un échec répété de son élection entraînerait un nouveau scrutin législatif anticipé, qui pourrait avoir lieu début 2010. Dans ce cas, les conséquences seraient dévastatrices, d'un point d'un de vue politique et financier. Potentiel candidat aux fonctions suprêmes, l'ancien communiste Marian Lupu, aujourd'hui leader du Parti Démocrate, estime que ce scénario pourrait être évité.
En attendant, l’actuel gouvernement pro-occidental et pro- roumain de Chisinau adopte des mesures censées relancer les relations roumano- moldaves très tendues à l’époque des communistes de Voronin. Nous vous rappelons que tourné vers la Russie, l’ancien président moldave a accusé à maintes reprises Bucarest d’ingérence dans les affaires intérieures de son pays. Les choses sont allées encore plus loin, notamment après les élections de Chisinau d’avril 2009 quand la Roumanie s’est vu accuser de participation aux protestations qui ont suivi au scrutin électoral. D’un coup, la présidence moldave a décidé de réintroduire des visas pour tout citoyen roumain souhaitant se rendre en République de Moldova. Une mesure abrogée dernièrement par l’actuel pouvoir de Chisinau qui essaie un rapprochement de Bucarest, vu le soutien que la Roumanie accorde à l’intégration européenne de sa voisine.
Le nouveau premier ministre Vlad Filat déclarait d’ailleurs que la République de Moldova avait vivement besoin de l'aide financière de l'Union Européenne. Et pour cause: selon les dernières statistiques, elle est devenue le pays le plus pauvre d’Europe, à cause du régime Voronine qui a approfondi la dépendance énergétique, politique et psychologique face à la Russie. De son côté, le président moldave par intérim, Mihai Ghimpu, a affirmé que les Moldaves et les Roumains devraient faire partie d’une même nation.
Toutefois, soucieux de ne pas léser les sensibilités réelles ou imaginaires de la Russie, le président Mihai Ghimpu a assuré Moscou de ne tenter ni une réunification, ni une intégration de la République de Moldova à l’OTAN.
Pour sa part, Moscou n’a pas tardé, de manière préventive, de mettre en garde contre la perte définitive par Chisinàu de la région séparatiste russophone de Transdniestrie, sortie d’ailleurs depuis près de deux décennies de sous le contrôle des autorités centrales, si la République de Moldova décidait de s’unir avec la Roumanie. De plus, une éventuelle suppression des livraisons du gaz russe vers la République de Moldova, selon le modèle breveté par Moscou contre une autre colonie rebelle, à savoir l’Ukraine - ferait baisser la popularité du nouveau pouvoir, tenu de naviguer prudemment entre l’Occident et la Russie. (Ioana Stancescu)
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