L’activité minière et la sécurité sur les lieux de travail dans les années ’80

 l’activité minière et la sécurité sur les  lieux de travail dans les années  ’80      L’industrie lourde a été un des piliers de l’industrie communiste. Elle comportait l’industrie extractive, la sidérurgie et la construction automobile...

L’industrie lourde a été un des piliers de l’industrie communiste. Elle comportait l’industrie extractive, la sidérurgie et la construction automobile. L’extraction des minerais, notamment celle de surface, passait pour l’activité la plus difficile, vu les conditions dures de travail et  le risque élevé d’accidents du travail et de décès. D’autre part, une solidarité à part unissait les mineurs qui n’avaient pas peur de faire la grève et de fait mettre le régime en difficulté. Ceci étant, les communistes leur ont offert des salaires généreux, de la protection sociale, tout en les surveillant de près. Pour ceux qui travaillaient dans le ventre de la terre, la sécurité au travail  avait un volet  social et un autre de suivi.

 

En dépit du suivi et des mesures de précaution, les accidents n’ont pas manqué. Dans  une interview de 2003 conservée au Centre d’histoire orale de la Radiodiffusion roumaine, l’électromécanicien Petru Gherman racontait comment il l’avait échappé belle à un tel accident soldé par la mort d’un de ses confrères, dans une mine de la Vallée du Jiu. « Nous étions dans une descenderie, située à 150 mètres de profondeur, qui s’appuyait sur des pieds droits et des chapeaux en bois. Moi, qui travaillais sur un équipement, j’ai été enseveli par l’éboulement du plafond de la descenderie haute de 7 mètres. Heureusement, j’ai réussi à en sortir, mais un de mes compagnons a été moins chanceux. On l’a extrait des décombres trois jours après. Il s’appelait Mureşan Vasile. Je ne l’oublierai jamais. C’était un brave garçon. On s’entendait très bien ».

 

Bokor Miklos a choisi le métier de mineur pour continuer une tradition familiale, mais aussi par passion. A première vue, on est enclin à croire que c’est le gain, les avantages matériels qui pousseraient quelqu’un à embrasser ce métier très risqué. Pourtant, bien des témoignages font état d’une vraie passion pour cette activité. Bokor Miklos a travaillé à la mine souterraine d’Aninoasa, dans la Vallée du Jiu. En 2003, il a raconté l’accident du travail lors duquel il s’était cassé une jambe. « Durant mes 31 années de travail, j’ai eu deux accidents dans le souterrain. L’un, c’était une fracture, et l’autre, un éboulement ; le charbon s’était éboulé, en fait c’était un plafond. La fracture, c’était lors d’une chute de roches. C’est une veine très inclinée, à 50 ou 60°. Quand un gros roc tombe, vous vous rendez compte de sa vitesse ! Une roche située en hauteur, à 20-30 m au-dessus de moi, est tombée. J’ai entendu le bruit et j’ai voulu l’éviter, j’ai sauté, mais elle m’a fracturé 3 phalanges du pied qui était restée sur son chemin. Quand il y a une grosse chute, on l’entend d’abord, et fort. Si vous êtes mineur et si vous réfléchissez à ce que vous faites, ça s’entend, c’est comme si vous parliez à la colline et qu’elle vous le disait. On peut voir et savoir quand quelque chose se passe. La mine, elle doit larmoyer d’abord, comme un homme, d’abord il larmoie et puis il pleure ; le rocher, c’est pareil. Dans le silence, parce qu’à l’époque il n’y avait pas de bruit, on peut se rendre compte que c’est une ligne de rupture, et alors on fait sortir ses hommes ».

 

Les accidents miniers étaient des événements importants qui aboutissaient à des enquêtes et à l’identification des coupables. L’ingénieur Iulian Costescu a été directeur technique à la mine de Livezeni. En 1980, 53 personnes ont péri dans deux explosions : 32 mineurs ont été tués dans la première et 21 secouristes dans la deuxième. Une commission de sécurité au travail comprenant aussi des officiers de la police politique a démarré une enquête, à la fin de laquelle Iulian Costescu a été déclaré innocent.   «A cette époque-là, les personnes occupant des fonctions importantes, telles le directeur de la mine et l’ingénieur en chef, ont purgé des peines de prison. Le général Macri de la police politique s’est rendu sur place pour surveiller tout ce qui s’y passait. Moi, j’ai eu une altercation avec lui, car il voulait entrer dans la mine juste après l’explosion. Le ministre des Mines, Virgil Trofin, m’a chargé de diriger l’opération de sauvetage. C’était mon droit de lui interdire d’entrer, vu qu’une nouvelle explosion aurait pu se produire. On avait l’exemple de la mine de Vulcan où deux professeurs de l’Institut des mines de Petrosani avaient trouvé la mort. L’un d’entre eux, c’était justement le chef de l’Institut et du Centre de la sécurité minière de Petrosani. Macri a donc proposé que je sois traduit en justice et condamné à une peine de prison. Finalement j’ai été acquitté au bout d’un procès qui s’est étalé sur toute une année. Ce matin-là, j’ai dit au chef du service d’aérage – sécurité au travail de la mine d’aller vérifier l’aérage. C’était un garçon exceptionnel. Il est donc descendu dans la mine. Qui sait, si je l’avais accompagné, la tragédie aurait pu être évitée. Les mesures que j’aurais prises auraient pu sauver la vie à tant de personnes. L’explosion aurait de toute façon eu lieu, c’est du moins ce que je pense, mais peut-être que j’aurais réussi à sortir les gens de la mine. Je ne sais pas ».

 

Malgré les accidents miniers, les gens qui y travaillaient n’ont pas renoncé à leur métier, bien que les normes de sécurité au travail ne puissent pas garantir la sécurité de celui qui descend dans le puits. Les tréfonds de la terre, comme ceux de la mer ne peuvent pas être complètement apprivoisés…(trad. : Mariana Tudose, Ligia Mihaiescu, Alexandra Pop)


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Publicat: 2013-12-09 13:08:00
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