Communistes roumains dans la résistance française

communistes roumains dans la résistance française Durant la Seconde Guerre Mondiale, la résistance française a eu une importante composante communiste. Certains d’entre eux, ont fait le sacrifice suprême pour la cause anti-fasciste. Retour.

La génération de ceux qui ont combattu le fascisme a été marquée par les idéaux du socialisme et du communisme. L’agression fasciste contre l’Europe a été une raison suffisamment importante pour mobiliser les jeunes militants de gauche dans la lutte contre un des plus grands fléaux de l’histoire. Conformément à la doctrine marxiste-léniniste, le fascisme n’était que l’incarnation la plus maléfique du capitalisme, à savoir le nationalisme. L’occupation de la France a été le signal le plus clair pour les communistes roumains que le temps de l’action était venu.

 

Le réputé historien Vladimir Tismaneanu, professeur à l’université de Maryland provient d’une famille à forte tradition marxiste. Ses parents ont combattu dans la guerre civile d’Espagne,  son père a même perdu un bras lors des combats. Sa tante maternelle a elle aussi  participé à la Résistance française où elle est devenue une véritable héroïne du maquis. Vladimir Tismaneanu se rappelle un épisode du voyage de sa mère en Espagne en 1936, en tant que bénévole des Brigades internationales. C’est alors que commençait l’histoire de la résistance antifasciste roumaine durant la Seconde Guerre Mondiale.

 

Vladimir Tismaneanu : « Ma mère arrive en Espagne via la France. En raison d’une politique officielle de non-intervention, il était interdit aux Roumains d’aller directement en Espagne pour s’inscrire dans les brigades internationales. La route passait soit par l’Italie, comme ce fut le cas de mon père, soit par la France. Ma mère est arrivée en France : le point central était à Paris au Bureau extérieur du Parti Communiste Français. A l’époque elle était assez naïve. Rien qu’un exemple : une fois arrivée à Paris, elle reçoit une chambre d’hôtel et elle est instruite par le responsable parisien Palmiro Togliatti, qui suivait l’itinéraire Espagne – Moscou – Paris.  Ma mère prend le train en direction de Perpignant et ne trouve rien de mieux à faire que de s’acheter un journal. Qu’est ce qu’elle achète ? Officiellement elle était étudiante en histoire des arts, en voyage de  visite des monastères. Eh bien, elle s’achète « L’Humanité ». Ce fut sa première grande erreur parce qu’elle se dirigeait vers l’Espagne, elle parlait avec un accent étranger et en plus elle s’était achetée « L’Humanité ». Elle partageait le compartiment avec un personnage qui en descendant, lui dit : « Toi tu es en train d’aller en Espagne, pour t’inscrire dans les brigades internationales. Elle nie, mais le personnage rajoute « Si tu es en train de le faire, n’achète plus l’Humanité. Ne t’expose plus avec l’organe de presse officiel du PCF ». Heureusement c’était le député communiste de la région ».

 

Le problème de l’internationalisme a été décisif dans le choix fait par la majorité des Roumains membres du maquis en France.

 

Vladimir Tismaneanu : « Rappelons la définition que Staline donnait à l’internationalisme prolétarien. Le marxisme est par définition une doctrine internationaliste. Le nationalisme et le marxisme ne son pas complémentaires. Un nationaliste sincère ne peut pas être marxiste, alors qu’un marxiste véritable ne peut pas être nationaliste. Dans ce cas, les choses sont très claires. Et pourtant il y a eu toute sorte d’alliances, c’est ce que nous devons expliquer. C’est Staline qui définit l’internationalisme ouvrier par le biais du syntagme « pierre d’achoppement ». Sa définition allait rester valable jusqu’au conflit sino-soviétique. Il disait en 1927 que la pierre d’achoppement de l’internationalisme prolétarien était l’attitude envers l’Union Soviétique.  Celui qui mettait en doute la justesse de la ligne directrice du Parti bolchevique de l’Union Soviétique n’était pas un internationaliste véritable . » 

 

  Olga Bancic, Cristina Luca, Mihail Florescu, Gheorghe Gaston Marin, Alexandru Jar ont figuré parmi les noms les plus actifs de l’exile communiste roumain en France.  D’autres personnalités culturelles et scientifiques antifascistes ont rejoint la démarche. Parmi elles, l’aviateur Traian Vuia.

 

Vladimir Tismaneanu évoque les relations de Vuia avec la Résistance française et les communistes roumains de France: « Je sais qu’elles ont été très fortes, c’est ma tante qui me l’a raconté, et qu’ils se sont rencontrés à maintes reprises. De même, il a eu une relation très solide avec Elena Vacarescu qui a maintenu cette relation par le biais de l’écrivain Ilarie Voronca ainsi qu’avec Elvire Popesco. C’est une réalité que les figures de proue de l’intellectualité roumaine en France étaient de gauche. Et là je mentionnerais aussi Lisette Codreanu, l’amie de Brancusi. Il faut remarquer le fait que tant qu’ils vivaient en Roumanie les intellectuels n’étaient pas de gauche, mais une fois arrivés à Paris ils le devenaient. Tous se dirigeaient soit vers la gauche socialiste, soit vers la gauche communiste. A ce que je sache, Vuia n’a pas été communiste mais il entretenait des relations financières avec eux, il les hébergeaient et mettait sa maison d’été à la disposition de la Résistance. Dans le nord de la France, ce type de relation pouvait entraîner toute sorte de complications. Quand De Gaulle écarte les communistes du gouvernement, en 1946, la Guerre froide commence. En 1948 –49 un grand nombre de communistes roumains sont expulsés de France. Par exemple, Mihai Sora. Certains d’entre eux ne s’étaient pas faits naturaliser français. »  

 

Avec l’anéantissement du fascisme, ceux qui avaient cru en un monde meilleur ont poussé un soupir de soulagement. Ils avaient l’impression que le socialisme allait sauver toute l’humanité et que leurs peines allaient finir. Mais la marche de l’histoire était bien différente. (Trad. Alex)


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Publicat: 2014-06-30 13:11:00
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