Pourquoi la Roumanie ne fait-elle pas encore partie de l’espace Schengen?

pourquoi la roumanie ne fait-elle pas encore partie de l’espace schengen?       Prévue initialement pour mars 2011, l’adhésion à l'espace européen de libre circulation reste toujours un but à atteindre.

Récurrente depuis quelques années déjà, la question de l'adhésion de la Roumanie à l'espace Schengen a été récemment abordée à Bucarest, lors de la réunion annuelle de la diplomatie roumaine. L'occasion pour le chef du gouvernement, Dacian Cioloş, de rappeler que cela fait maintenant plus de 5 ans que la Roumanie se voit refuser l'accès dans l'espace européen de libre circulation pour des raisons politiques. Ces raisons-là, les réalités que nous vivons tous les ont déjà largement dépassées, estime le responsable roumain. Bucarest, qui poursuit constamment cet objectif de politique extérieure, a déployé des efforts considérables en ce sens et rempli les critères techniques, fait reconnu d'ailleurs par les décideurs de Bruxelles. 


Prévue initialement pour mars 2011, l'adhésion reste toujours un but à atteindre. Ultérieurement véhiculées, les variantes d'une adhésion par étapes, dont la première devait concerner les frontières aériennes et maritimes, ne se sont concrétisées non plus. Le sujet s'est retrouvé aussi à l'agenda des discussions que le président roumain Klaus Iohannis a eues à Bucarest avec son homologue français, François Hollande. Klaus Iohannis avait réaffirmé alors que la Roumanie agissait depuis longtemps comme un membre de facto de l'espace Schengen et qu'elle avait très bien géré la crise migratoire. 


« Ce serait profitable pour l'UE que la Roumanie apporte son expertise dans cet espace. Pour des raisons pratiques, cela ne peut pas se faire d'un seul coup. Nous devons entreprendre au plus tôt les démarches nécessaires auprès de Bruxelles afin que tout le monde puissent bénéficier de la sécurité des aéroports roumains », a affirmé le président Iohannis. « La Roumanie a investi dans le contrôle de la circulation des personnes qui transitent par les aéroports, se dotant d'une structure importante pour notre sécurité. C'est, pour nous, un élément essentiel dans la lutte contre le terrorisme. Les discussions doivent donc être menées à Bruxelles, pour voir quelle pourrait être la contribution des aéroports de Roumanie à l'intérieur de Schengen, de par leur efficacité », a affirmé, à son tour, le président français. Tout comme dans le cas de l'adhésion à l'UE, concrétisée en 2007, la Roumanie et la Bulgarie parcourent ensemble le processus d'intégration à l'espace de libre circulation. La question qui se pose est de savoir si ce tandem restera valable jusqu'à la fin ou bien si des négociations séparées seront envisageables à un moment donné. 


Voici les explications de Iulian Chifu, professeur des universités et directeur du centre de préventions des conflits.  « La possibilité d'un découplage entraine des complications plus amples, ce qui ne veut pas dire qu'elles sont impossibles, à l'exception de la situation quand les arguments sont suffisamment faibles pour qu'ils ne permettent un tel découplage. C'est  à dire qu'il est plus simple de suivre une variante déjà consacrée, habituelle, que de faire nos partenaires européens accepter un changement majeur en l'absence d'arguments vraiment forts en faveur d'une séparation des deux pays. A l'heure actuelle on n'est toujours pas là. A présent, nous avons le même type d'approche que nos partenaires européens. » 


Si Bucarest bénéficie d'un appui important en Europe pour ce qui est de son adhésion, il existe aussi des pays où les leaders politiques doivent obtenir l'aval de leurs Parlements pour adopter des décisions de politique étrangère. Un de ces pays, et peut-être celui qui a combattu avec le plus de véhémence l'adhésion de la Roumanie à l'espace européen de libre circulation, a été les Pays-Bas. Les élus nationaux néerlandais affirment que Bucarest n'a pas réussi à mettre en place toutes les demandes initiales pour devenir membre de l'UE. « La Roumanie n'était pas prête à devenir membre de l'Union, lors de son adhésion en 2007. Elle était prête de plusieurs points de vue, mais pas aux chapitres essentiels : législation, système judiciaire, application des lois d'une manière efficace et impartiale», disent-ils, insistant sur le lien entre l'espace Schengen et le respect des normes européennes. Ce qui plus est, hormis l'opposition des partis eurosceptiques, à l'heure actuelle l'UE a tout un agenda de problèmes qui commence par des thèmes extrêmement compliquées liés à l'existence même de l'Union, son changement, la réforme du projet européen, des éléments du leadership européen qui pourraient être assumés, autant d'éléments portant sur l'existence même de l'Union Européenne. 


C'est par ces mots que Iulian Chifu décrit le contexte dans lequel Bucarest et Sofia espèrent toutefois adhérer à l'espace européen de libre circulation. Ecoutons-le : «Quand l'agenda contient des sujets tels le terrorisme, la migration, les combattants étrangers, l'insécurité, et l'apparition, partout en Europe, de partis xénophobes, populistes, antisystème, les thèmes concernant l'élargissement, les réformes dans les Balkans et l'accès de la Roumanie et de la Bulgarie à l'espace européen de libre circulation trouvent difficilement une place au premier plan de la scène politique, notamment parce que celle-ci est déjà remplie. Le Brexit et la situation de la Grèce, qui ne réussit toujours pas à obtenir les performances exigées par Bruxelles, sont des thèmes vraiment importants. Le Brexit d'ailleurs est une situation inédite pour l'Europe. »


Autrement dit, dans ce contexte compliqué, la perspective d'une adhésion de la Roumanie et de la Bulgarie à l'espace Schengen, qui traine d'ailleurs depuis plusieurs années, est toujours assez éloignée. (trad. Alexandru Diaconescu, Mariana Tudose)


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Publicat: 2016-09-23 15:25:00
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