La révolution roumaine et le retour de la démocratie

la révolution roumaine et le retour de la démocratie En 1989, le concept de la révolution a retrouvé sa dénotation primaire, celle de "retour" à un point de départ, elles ont fait chuter les tyrannies et ont redonné sa dignité à l'homme politique...

Au cours de la seconde moitié du 19e siècle, le lexique de la politique a vu le mot "révolution" acquérir principalement le sens de "renversement" des vieilles idées et pratiques, de "renouveau" de la société. C'était, avant tout, la politique qui avait besoin de se renouveler, aussi bien en termes de politiciens, qu'en termes d'idées et de rythme de changement. La révolution était vue comme le moteur de l'histoire et le marxisme a été l'idéologie ayant eu la plus grande influence sur cette approche de la révolution. La philosophie marxiste affirmait que c'était la lutte des classes qui faisait progresser l'humanité. Dans la même vision, la révolution était à la fois un processus insurrectionnel, par lequel le capitalisme devait être détruit et un processus en évolution permanente, après l'installation de la dictature du prolétariat, qui devait transformer la société.

 

Après la prise du pouvoir en Russie, en 1917, par le marxisme sous sa forme léniniste, suivie par l'occupation soviétique de l'Europe Centrale et Orientale, la révolution devait continuer jusqu'à la victoire complète partout dans le monde. Sauf que les projets du régime soviétique et du concept de la révolution comme bouleversement social, en tant que formes supérieures de la vie humaine ont tous échoué. Le communisme a bafoué les droits de l'homme et apporté un appauvrissement économique généralisé. Effets logiques de la dégradation dramatiques des conditions de vie, les révolutions de l'année 1989 dans les pays de l'Europe Centrale ont été considérées par les historiens et les politologues comme des retours à la démocratie que ces pays avaient été forcés à abandonner en 1945-1947. Les révolutions de l'année 1989 ne sont plus des épisodes fondateurs des bouleversements sociaux mais des moments charnières de la construction de la démocratie. En 1989, le concept de la révolution a retrouvé sa dénotation primaire, celle de "retour" à un point de départ, le sens que l'on retrouve dans la révolution glorieuse de l'Angleterre de 1688. Les révolutions de 1989 sont elles aussi glorieuses car elles ont fait chuter les tyrannies et ont redonné sa dignité à l'homme politique.

 

Chaque décembre, les Roumains célèbrent la chute du communisme et le retour à une vie normale. Payé au prix du sang, le retour à la démocratie restera la valeur politique majeure, dont la valeur s'accroîtra avec le temps qui passe. En Roumanie, les manifestations anticommunistes ont débuté à Timişoara, le 16 décembre 1989, et ont continué à Bucarest, les 21 et 22 décembre, lorsque le dictateur Nicolae Ceaușescu a pris la fuite.

 

Le politologue Ioan Stanomir considère que la date du 22 décembre 1989 a toutes les caractéristiques d'un moment fondateur, ou refondateur pour être plus précis : « Le 22 décembre est sans aucun doute le point final de l'intervalle communiste. Il faut le souligner, parce que certains hommes politiques de l'après-décembre 1989 ont essayé de minimiser la dimension anticommuniste et démocratique des manifestations de rue qui ont entraîné la chute du régime Ceauşescu. Moi, j'insiste sur cette dimension. Ça n'a pas été tout simplement l'évincement d'un dictateur qui avait discrédité ce pays, ce fut aussi la réaffirmation de valeurs qui, bien qu'un peu confuses, rejoignaient le souhait d'éliminer le régime communiste et son cortège de privations et de restriction dramatique des libertés. »

 

Mais l'affranchissement de l'héritage et des automatismes communistes s'est avéré un processus long, dont peu de gens ont réussi à comprendre, à l'époque, la dimension d'effort douloureux de séparation opérée entre le bien public et le mal public, de regard porté en même temps vers le passé et l'avenir. Ioan Stanomir explique: « Le 22 décembre, tel le dieu romain Janus, est un événement à deux visages. D'un côté, c'est la célébration de la liberté, de l'autre c'est le début de l'aventure des terroristes. Sans eux et sans tous ceux qui ont été tués dans des conditions particulièrement difficiles à expliquer aujourd'hui encore, le 22 décembre aurait eu, très probablement, une autre postérité. N'oublions pas qu'il existe un cimetière des Héros de la Révolution où sont enterrées des personnes, pour la plupart, tuées par les mystérieux terroristes qui ont agi après le 22 décembre 1989. »

 

La démocratie roumaine renaissait et le pluralisme des opinions était un signe d'une guérison sociétale. Les partis politiques historiques, supprimés par le régime communiste, réapparaissaient, les gens étaient libres de proposer des idées et d'agir. Leurs voix se faisaient de plus en plus entendre et le comportement des politiciens se pliaient sur la demande de l'électorat. Ioan Stanomir détaille : « Le 22 décembre a été un véritable moment de fraternité et de fraternisation, qui a vite cédé la place à une désunion profonde du corps politique. Les citoyens de la Roumanie se sont retrouvés divisés, les facteurs à l'origine de cette division ayant été le Front du Salut National et Ion Iliescu, avec le détournement partisan de l'héritage du 22 décembre et la confiscation de cet héritage au profit d'un parti-Etat. Ce fut le début de la fin de ce rêve, de cette illusion de la fraternité. Le 22 décembre est resté une simple date du calendrier ; ce qui a suivi, comme une série historique, ce fut la tragédie des terroristes, le mois de janvier 1990 avec les manifestations des partis historiques et leur répression violente, le mois de février 1990, mars 1990 et les incidents interethniques roumano-hongrois de Târgu Mureș, la manif de la Place de l'Université et, enfin, la marche des mineurs sur Bucarest en juin 1990. »    

 

La Révolution roumaine de 1989, le retour le plus sanglant à la démocratie, a payé le prix lourd de près de 1.200 morts. Le temps qui passe habitue les gens à vivre en fonction de certaines normes, les libertés étant considérées comme des valeurs indispensables et des normes fondamentales de notre existence. La mémoire historique nous rappelle cependant que cela n'a pas toujours été le cas. L'année 1989 en est l'exemple le plus récent. (trad. : Ileana Taroi)


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Publicat: 2016-12-26 13:06:00
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