Thématiques théâtrales qui font recette aujourd’hui

thématiques théâtrales qui font recette aujourd’hui par quoi le spectateur de théâtre est-il encore attiré aujourd'hui?

C’est à Sibiu (centre de la Roumanie) qu’une relation spéciale s’est établie entre le théâtre et son public, parce que la ville, Capitale culturelle européenne en 2007, a su cultiver son amour de la scène. Le Théâtre national Radu Stanca propose chaque saison plusieurs premières, dont certaines produites en collaboration avec la Faculté d’Art dramatique de la ville. Huit de ces productions ont rencontré pour la première fois leur public à l’occasion d’une mini saison quelque peu inhabituelle, organisée fin mai pour promouvoir le théâtre auprès des critiques, des journalistes mais surtout des spectateurs venus de tous les coins de la Roumanie.

 

En ce qui suit, nous regarderons de plus près ce que le Théâtre national de Sibiu propose pour maintenir fidèle un public devenu, au fil des années, de plus en plus avisé et exigent.

 

Une des premières de la saison, « La Bonne Âme du Se-Tchouan », de Bertold Brecht, mise en scène par Ancă Bradu, lance une interrogation qui semble plus actuelle que jamais: qu’est-ce que la bonté? Dans un monde dévasté par la pauvreté, par la corruption, la vulgarité et la sauvagerie, les trois dieux errants, partis à la recherche du bien régénérateur, vont jeter leur dévolu sur une prostituée censée sauver le monde. A l’affiche, Diana Fufezan, l’une des plus populaires actrices du Théâtre « Radu Stanca » de Sibiu :

 

« Ce texte soulève plein de questions, dont essentielle c’est qu’est-ce que la bonté. Faire de bonnes actions parce que l’on suit les autres, parce qu’on en ressent le besoin, malgré, parfois, ses propres intérêts. Mais que tout aille bien pour les autres. Ou bien donner aux autres une partie de ce que l’on a, pour qu’ils puissent survivre. Et aussi, demeurer bon alors que les autres te font du mal. C’est ça la question : qu’est-ce que « être bon » ou le rester signifie ? »

 

Comme Diana Fufezan connaît bien son public de Sibiu, on lui a demandé son avis pour comprendre dans quelle mesure le public actuel peut s’intéresser à ce genre de problématique. 

 

« Il n’y a rien de mal d’aller au théâtre juste pour s’amuser ou pour rigoler… C’est parfait, et j’aime les comédies. Mais je crois qu’il faut aussi avoir le courage d’aborder d’autres thématiques, d’autres registres, se poser des questions. Et alors, quand on rentre chez soi, avant de s’endormir, on trouvera ou non la réponse, mais cela pousse au moins à la réflexion. Et je crois que le public de Sibiu est formidable. Je me guide d’après ses réactions, d’après sa fidélité et son amour du théâtre. Et pour l’amour qu’il nous transmet et qui est là, peu importe le spectacle joué. Je le sens et lui en suis gré. Et je crois que c’est un public habitué à différents types de spectacles, à cette grande diversité de styles et qui demeure fidèle. Et puis, en lien avec l’actualité justement, les thèmes abordés par ce spectacle, « La Bonne Âme du Se-Tchouan », sont d’une grande actualité. »

 

Parlant de bonté, la religion et notre manière de nous y rapporter sont abordées dans le spectacle „10” de Csaba Szekely, mis en scène par Radu Nica, et développé grâce au projet européen „Be SpectACTive!”. Les dix Commandements de l’Ancien Testament représentent juste le prétexte pour raconter dix histoires contemporaines. Selon le dramaturge Csaba Szekely, (je cite) « la pièce surprend des personnages dans leur quotidien, mais aussi confrontés à des situations exceptionnelles. Chaque  décision de nature éthique prise par un des personnages impacte profondément la vie du personnage suivant ». (fin de citation). Pour le metteur en scène Radu Nica le sujet de la religion revient obsessivement et ce depuis un certain temps déjà. 

 

« Ce que je me propose avec ce spectacle c’est que chacun puisse réfléchir à son rapport avec la religion. Je crois qu’en Roumanie c’est un débat bien actuel. Vous voyez les remous que, par exemple, la nouvelle Cathédrale, appelée « du Salut de la nation », ou l’étude de la religion dans les écoles, provoquent dans la société. Alors, j’espère que ce spectacle pourrait nous éclairer, au-delà de l’émotion qu’il ne manque pas de provoquer. Mais j’aimerais aussi que chacun de nous puisse réfléchir en quoi ces dix commandements demeurent actuels, dans le monde d’aujourd’hui. Je crois que c’est un spectacle qui trouvera son public aussi bien en Roumanie qu’à l’étranger. Car il est comme une fresque de la société roumaine contemporaine et, à travers cette lentille, de ces dix commandements. »

 

Le metteur en scène Radu Nica est originaire de Sibiu, travaille avec les acteurs du théâtre „Radu Stanca” et connaît bien le public local, dont les réactions l’intéressent tout particulièrement. 

 

« On parle tout de même de la ville qui accueille l’Archevêché de Transylvanie, alors que chez nous l’église a de l’influence. Et sans vouloir me montrer agressif ou quoi que ce soit, je crois que cette institution, comme toute autre, doit être contrôlée par les gens, ne serait-ce que pour éviter les abus. Si personne ne s’en soucie, on peut se permettre n’importe quoi. Et ce genre de dérapages doit être évité. »

 

Toujours pendant la micro-saison du Théâtre national de Sibiu, le jeune metteur en scène Botond Nagy avait invité le public à assister à ce qu’il a appelé l’installation techno-poétique „Hedda Gabler”, d’Henrik Ibsen. Interpellé par l’univers scandinave, il considère qu’Hedda Gabler est un de ses plus réussis et plus beaux personnages, extrêmement humain. Quant aux thèmes qu’il propose au public à travers son spectacle, Botond Nagy avoue :

 

« Chez Ibsen on trouve une foule de thématiques. Au-delà de l’angoisse et de la manipulation, on trouve un élément social très actuel, il s’agit de la pression financière, la crise financière, présente partout dans l’oeuvre d’Ibsen, dans toutes ses pièces. Ici, on la voit à travers le personnage de Jorgen Tesman. L’amour est aussi consubstantiel de l’œuvre d’Ibsen. Sa vie a été d’ailleurs très aventureuse et tumultueuse. Et on retrouve ce genre de relation entre Hedda Gabler et Ejlert Lovborg. Je suis parti de là, et ça a été une expérience très spéciale et même personnelle. Mais ce qui m’a interpellé par-dessus tout a été la relation de l’être humain avec le monde, avec l’univers : nous ignorons où nous nous trouvons, ce que nous voulons faire, vers où nous allons. C’est un chaos et j’ignore le moment où les choses deviendront plus claires. Peut-être jamais. Et peut-être que cela n’est pas un problème. », nous confiait encore le metteur en scène Botond Nagy. (Trad Ionut Jugureanu)


www.rri.ro
Publicat: 2018-09-15 00:11:00
Vizualizari: 380
TiparesteTipareste