« La planète Shakespeare » à Craiova et à Bucarest

« la planète shakespeare » à craiova et à bucarest Organisé à Craiova, dans le sud de la Roumanie, et depuis quelques années à Bucarest aussi, le Festival international Shakespeare compte parmi les plus grands festivals thématiques d’Europe et les plus importants festivals Shakespeare du monde

 La 11e édition, proposée par le Théâtre National « Marin Sorescu » de Craiova et la fondation Shakespeare, s'est déroulée du 23 avril au 6 mai, sous le titre « La planète Shakespeare ». A Bucarest, elle était accueillie par le Théâtre Nottara, dans le cadre du Festival international de théâtre « Fest(in) sur le Boulevard ».« La planète Shakespeare » a réuni des spectacles provenant de 6 continents, qui offraient au public des approches très différentes, dont certaines inédites, voire surprenantes, de textes shakespeariens très connus. Le Festival s'est ouvert sur les « Histoires africaines de Shakespeare », présenté par le Nouveau Théâtre de Varsovie, dans la mise en scène de Krzysztof Warlikowski, un des metteurs en scène européens les plus appréciés, qui s'est vu d'ailleurs décerner le Prix International Shakespeare, accordé depuis six éditions. 

 

Très connu pour son interprétation moderne des textes classiques, Warlikowski a créé un scénario original, une adaptation des pièces « Le roi Lear », « Le marchand de Venise » et « Othello », auxquelles il a aussi ajouté « Summertime » de J.M.Coetzee. Les personnages silencieux des pièces du grand maître anglais parlent dans les « Histoires africaines » grâce aux monologues écrits spécialement pour cette production par le dramaturge et metteur en scène canadien d'origine libanaise Wajdi Mouawad. Dans le spectacle de Warlikowski, les célèbres personnages shakespeariens Lear, Shylock et Othello sont interprétés par le même acteur, Adam Ferency. Celui-ci joue, en fait, le rôle d'un homme qui ressent les souffrances et les humiliations d'un vieillard, d'un Juif et d'un noir. Nous avons demandé à Adam Ferency ce que le metteur en scène lui a demandé en fait de faire. : " C'est difficile à dire, car c'est un entretien sur nos sens ou sur des choses à moitié dites ou très subtiles. La création de ce spectacle a demandé beaucoup de temps. Nous avons commencé par de longues conversations. Au début, tout ce que je savais c'était qu'il s'agissait de trois pièces de Shakespeare et de fragments de Coetzee, auxquels s'ajoutaient des monologues écrits par Mouawad, que je n'avais pas encore lus. Je savais aussi, bien sûr, que le spectacle allait raconter l'histoire d'un vieil homme qui n'est pas accepté par la majorité. Ce fut le point de départ. Ensuite, il y a eu la grande révélation : je me suis rendu compte que je devais en fait interpréter non pas trois personnages, mais un seul. J'ai compris que cela n'avait aucune importance si j'étais noir - puisque Othello, lui, était noir - ou si j'incarnais un autre personnage, parce que le spectacle parlait aussi de moi ; moi, l'acteur qui vieillit et dont l'horizon se rétrécit, peu à peu"

 

La compagnie Q Brothers et le Chicago Shakespeare Theater ont eux aussi offert, au public de Craiova et de Bucarest, un spectacle inédit : « Othello - The Remix ». Cette fois-ci, le texte shakespearien est réécrit sur une musique originale. La compagnie Q Brothers a été créée il y a 20 ans par les frères Qaiyum, qui s'étaient proposé, dès le début, de réaliser une fusion du théâtre et du rap. Tous les membres de la troupe sont des comédiens, mais ils ont également une formation musicale. Parmi les trois frères, GQ (Gregory Qaiyum) est celui qui écrit les textes, il est co-metteur en scène et, dans « Othello - The Remix », il joue le rôle de Iago. : « Nous tentons de raconter l'histoire de la même façon que Shakespeare l'avait fait. Si ses pièces sont classiques, c'est parce qu'il a puisé ses histoires chez les Grecs, ses précurseurs. Il racontait, donc, à nouveau, des histoires classiques anciennes à l'aide de ce qu'était la poésie moderne de son époque. Et nous prenons ce qu'il a donné et le racontons, à notre tour, par le biais de ce qui est, du moins pour nous, la poésie moderne de notre époque, soit le hip hop et le rap. C'est avec cette musique là que nous avons grandi, c'est notre façon de voir le monde. Donc, nous ne faisons que raconter la même histoire, mais à travers nos propres yeux. Nous gardons les éléments de l'histoire, la trame, les personnages, en donnant notre propre version de chaque personnage. C'est une façon d'honorer l'original, mais aussi une façon de nous accorder à la culture populaire du présent. "                    

Le Festival International Shakespeare de Craiova s'est achevé sur un spectacle « événement », présenté en marge du programme shakespearien, par la compagnie Ex Machina du Québec. Il s'agit de la pièce « Les aiguilles et l'opium » dans la mise en scène de Robert Lepage, « génie de la mise en scène contemporaine », selon Peter Brook. Le spectacle est tout à fait original, reposant sur les nouvelles technologies. Le comédien Olivier Normand, protagoniste du spectacle. " Toute la technologie utilisée dans ce spectacle sert à raconter l'histoire dans un autre langage. Le décor ressemble à un cube qui tourne. C'est une sorte de chambre d'hôtel. Une grande partie du spectacle raconte l'histoire d'un homme au cœur brisé, qui se rend à Paris et se sent perdu. A un moment donné, moi, qui incarne le personnage, je suis dans ma chambre d'hôtel, qui se met en mouvement. Alors, c'est comme si j'étais perdu. J'ai perdu mes repères. La technologie du décor m'aide donc à entrer dans cet état intérieur et à raconter mon histoire au public. Si l'on y a recours, ce n'est pas simplement d'étaler toutes les possibilités de la technologie moderne. La technologie est toujours liée à ce que nous essayons d'exprimer par l'histoire. "

 

« Les aiguilles et l'opium » parle de notre façon de trouver des moyens pour surmonter la douleur, la souffrance. Olivier Normand. : " C'est un spectacle sur un cœur brisé et sur certaines coïncidences. Mon personnage est Robert. La chambre d'hôtel qu'il occupe, la chambre 9 de l'Hôtel La Louisiane, est celle qu'avait habité Miles Davis, quand il était venu à Paris, en 1949, à un moment où le poète français Jean Cocteau arrivait pour la première fois à New York. Ces trois histoires interfèrent. Il s'agit d'arriver à comprendre ce que l'on est en train de vivre et, pour ce faire, on doit se rapporter aux histoires d'autres êtres, les comparer, pour voir comment ils sont parvenus, eux, à surmonter leur souffrance et donc comment nous pouvons, nous aussi, le faire. La question que le personnage se pose est la suivante : si je ne suis pas un génie, comme Miles Davis ou comme Jean Cocteau, qu'est-ce que je peux faire de ma douleur, comment puis-je la sublimer par l'art, ainsi que Miles Davis l'avait fait par la musique qu'il a écrite pour le film « Ascenseur pour l'échafaud » ? Je ne sais pas ce que je dois faire. Des fois, jeter un regard sur l'histoire de quelqu'un d'autre nous aide à dompter notre propre douleur." (Trad. : Dominique) 


                                                     
 


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Publicat: 2018-05-19 13:40:00
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