L'imprimeur Barbu Bucuresteanul

l'imprimeur barbu bucuresteanul Au 18e siècle, les textes religieux imprimés par les différentes églises se multiplient. Cette frénésie de l’impression favorise la formation de typographes de renom. Parmi eux, Barbu Bucuresteanul

Ce n'est qu'au XVIIIe siècle que Bucarest prend véritablement son essor, au moment où les Principautés roumaines, la Moldavie et la Valachie, se trouvent encore sous suzeraineté ottomane. Durant ce siècle, elles sont dirigées par des voïvodes, par les princes que l'historiographie appellera les Phanariotes, ces grecs riches et lettrés, originaires du Phanar, le quartier constantinopolitain d'Istanbul. Bucarest devient petit à petit un véritable centre commercial, un centre d'artisans, voire même un centre culturel, cœur d'une société diverse et hétérogène d'un point de vue ethnique et culturel. C'est à ce moment que paraissent les premiers écrits imprimés. Les documents historiques gardent la mémoire des premiers contrats d'embauche par des métropolies et des évêchés de ces artisans précieux et raffinés qu'étaient les imprimeurs. Le nom de certains d'entre eux, de la première heure, est arrivé jusqu'à nous. Aussi, reconstituer leur vie et leur quotidien, c'est récupérer la mémoire de la société bucarestoise d'alors. Parmi ces premiers imprimeurs dont l'histoire a gardé les noms, Stoica Iacovici, ses fils, ou encore Barbu Bucureşteanul. 

 

Daniela Lupu, historienne au Musée de Bucarest, nous plonge dans l'atmosphère d'antan et dans le quotidien des premiers imprimeurs bucarestois :« Stoica avait une personnalité extravertie, c'était un homme agile et enthousiaste. Il voulait faire fortune, car il avait une famille nombreuse à charge : Trois fils et un nombre indéfini de filles. A l'opposée, Barbu Bucureșteanul est quelqu'un d'introverti, un homme qui n'aimait pas traîner en société, qui appréciait la solitude. Il n'est pas très aisé, et il a dû quitter Bucarest où il est probablement né, pour aller chercher du travail en Moldavie. Parce que Bucarest, au milieu du XVIIIe siècle, était un peu la chasse gardée de la famille de Stoica Iacovici. Ce dernier travaillait en famille, il s'agissait d'une affaire de famille. Il connaissait tout le monde, avait ses entrées, même auprès du voïvode et du métropolite. Donc il avait du travail, mais pour Barbu Bucureșteanul c'était différent ». 

 

Pour s'attaquer au monopole de l'affaire de famille de Stoica Iacovici à Bucarest, Barbu Bucureşteanul a dû d'abord s'exiler de sa ville natale. Daniela Lupu affirme que :« A la fin de sa période d'apprentissage dans une des imprimeries de Bucarest, Barbu est allé chercher du travail en Moldavie, auprès de l'Archevêché de Rădăuți. Il débute en 1744, comme maître imprimeur à l'imprimerie de l'Archevêché de Rădăuți, et rentre à Bucarest en 1747 seulement. Une fois de retour, il se fait embaucher par l'imprimerie de l'Archevêché Hongrois-Valaque, où il dirige l'atelier et forme de nombreux apprentis. Ceci jusqu'en 1758, lorsqu'il meurt, probablement de la peste. Barbu a édité dans l'intervalle 8 livres religieux et des livres de prière, destinés aux pratiquants, pas pour le catéchisme. » 

 

Dès son retour à Bucarest en 1747, Barbu Bucureşteanul publie des livres religieux aussi bien en roumain, en utilisant les caractères cyrilliques qui avaient cours à l'époque, qu'en langue slave, la langue liturgique de l'église orthodoxe de son temps. Selon Daniela Lupu, il n'était pas rare qu'un maître artisan aille chercher du travail loin de chez lui. « Au début de leur art, les imprimeurs menaient une vie de pèlerins, étant obligés de chercher loin des commandes, du travail, sauf peut-être quand ils étaient les protégés d'un archevêché ou autre. L'histoire de Barbu est très parlante à cet égard : Après ses débuts, moins fastes sans doute, il grimpe les échelons, puis la manière dont il maîtrise son art est reconnue et appréciée, et il devient l'imprimeur attitré de la métropolie de Bucarest. Belle fin de carrière pour l'artisan imprimeur. »  

 

Et c'est en 1747 que paraît le premier volume édité par Barbu Bucureșteanul dans la Typographie de la Métropolie Hongro-Valaque de Bucarest. Edité en petit format, le livre s'intitule « Prières de tous les jours de la semaine ». Son nom n'apparaît pas  sur la page de garde, mais il signe la préface. On comprend que c'est lui qui s'est chargé de l'impression de ce volume. Il ne travaillait pas seul, d'autres maîtres artisans, dont Grigore Stan Brașoveanul, faisaient équipe avec lui. Daniela Lupu : « Une chose intéressante : Barbu et Grigore ont signé un contrat de travail, pour employer des notions contemporaines, avec le métropolite Neofit le Crétois, de Bucarest. Ce genre de contrats a sans doute dû être établi dans d'autres contextes, mais c'est le seul qui nous est parvenu. C'est un document rare, car il nous renseigne sur le niveau  de salaire des imprimeurs de l'époque, de leurs droits et obligations envers leur employeur. On n'a gardé que deux contrats rédigés au XVIIIe siècle de ce type. Que stipulait le marché conclu entre l'employé et l'employeur? Et bien, on apprend que l'employeur devait nourrir l'employé chaque jour, un repas qui comprenait du pain, du vin, et différents plats.  Il avait droit de recevoir du sel, du savon, des bougies, pour pouvoir travailler la nuit dans son atelier lorsque le temps pressait. Et puis, des bûches en bois pour chauffer les poêles. »

 

En l'absence de sources contraires, il semblerait que Barbu Bucureşteanul ait travaillé et habité Bucarest jusqu'à la fin de ses jours, c'est-à-dire en 1758. Il est possible qu'il ait été une des premières victimes de l'épidémie de peste qui a ravagé Bucarest entre 1756 et 1759. (Trad. Ionut Jugureanu)
 


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Publicat: 2018-11-25 13:24:00
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