Le théâtre et la société. Maintenant

le théâtre et la société. maintenant    Ces dernières années, les créateurs roumains de théâtre ont trouvé leur inspiration dans les problèmes et les défis de la société où ils vivent.

Le Festival national de théâtre a consacré à cette ample démarche une nouvelle section intitulée « Le théâtre et la société. Maintenant. » Six spectacles ont figuré à l'affiche de la section à l'édition 2018 du festival, la plupart appartenant à des compagnies indépendantes de théâtre. Aujourd'hui nous passons en revue quelques-unes de ces productions. 


Produit par le Centre de Théâtre Educationnel Replika et créé par Alexa Bacanu, dramaturge, et Leta Popescu, metteur en scène, le spectacle participatif « Tout est très normal » invite parents et préadolescents (enfants de 10 à 15 ans) à un dialogue ouvert sur les changements physiques, émotionnels et intellectuels qui annoncent l'adolescence. Dans une tentative de faciliter la communication entre les générations, le spectacle parle de plusieurs sujets de grand intérêt : l'éducation sexuelle dans les écoles, les sources où les jeunes trouvent les informations sur leur corps, s'ils se sentent oui ou non compris et leur besoin de communiquer sur ce qui leur arrive. Leta Popescu, celle qui signe la mise en scène du spectacle, explique le choix du thème central de sa pièce : « C'était à l'époque où on parlait au Parlement de la loi de l'éducation sexuelle et toute sorte de personnages s'opposaient avec véhémence à l'introduction d'une telle discipline dans le système d'éducation publique. Alexa Bacanu et moi, nous faisons attention à ce qui se passe autour de nous et nous cherchons les manières de soutenir différents débats par le théâtre. Nous voulons que notre spectacle soit pertinent pour les gens. C'est pourquoi il existe un moment dans la pièce où de nombreuses opinions sont exprimées. Et pour moi, tous ont raison. Sans doute, un sujet si sensible présuppose d'avoir du courage. De même, il faut en parler pour comprendre tous les problèmes, sans pour autant militer avec trop de véhémence pour une opinion ou une autre. »

 

  La pièce « Tout est très normal » naît de l'interaction directe entre les acteurs Viorel Cojanu et Silvana Negruţiu avec les spectateurs. Une idée appartenant à l'architecte Gabi Albu, créateur de la scénographie, raconte Leta Popescu: « C'est l'architecte qui a partagé l'espace. Après, c'est moi qui ai pris le contrôle. Ok, on le divise en deux et ensuite ? Et nous avons trouvé cette formule où tout le monde est invité - je tiens à chaque fois à préciser qu'il est essentiel pour le spectacle que les parents viennent avec leurs propres enfants... Le public est donc partagé en deux groupes. Les parents d'un côté, les enfants de l'autre. C'est un spectacle très amical et très intime, construit d'une manière très délicate. Personne n'est forcé à participer. Le projecteur n'est mis sur personne. Tout le monde y prend part de la même manière. Et, quelque délicat que ce soit, les discussions deviennent de plus en plus vives. Il est impossible de ne pas discuter sur le corps avec votre enfant après avoir quitté la salle. Impossible. » 

 

Un autre sujet social sensible est mis sous les projecteurs dans le spectacle « Au nom du Père » : la religion. Produite par l'Association Art No More de Bucarest, la pièce explore la manière dont le milieu religieux intervient dans la vie privée, professionnelle et sociale. Il parle de changements, d'acceptations, de souffrance et d'« héritage culturel ». L'écrivaine et journaliste Elena Vlădăreanu est l'auteure du texte sur lequel repose le spectacle. Ecoutons-la: « J'ai voulu entendre autant de voix que possible, apprendre autant d'expériences que possible des gens qui ont vécu dans des communautés religieuses qu'ils ont quittées ou non ou bien de personnes qui ont redécouvert la religion à l'âge adulte d'une manière plus radicale. Ce fut un véritable travail de recherche. Nous avons parlé avec les gens, nous avons beaucoup lu aussi. Nous avons parcouru des plateformes en ligne consacrées à la religion et de nombreux livres à ce sujet. » 

 

Les réactions des spectateurs témoignent de l'importance du sujet, constate Elena Vlădăreanu : « J'ai été surprise et ravie par le fait que les gens ont commencé à parler de ce spectacle. Chaque représentation a engendré des discussions informelles. Après chaque spectacle, les gens restent dans la salle pour parler de leurs propres expériences. Il paraît que le thème de la religion est toujours très important. En fait, il ne le paraît pas, il l'est. Et il est important pour les gens que l'on en parle sérieusement et en profondeur. Parce que les choses sont différentes et beaucoup plus intenses pour nous. Parce que la religion fait partie de notre construction sociale, de notre identité, de notre corps social.  » 

 

Pour sa part, le metteur en scène Robert Bălan a voulu que le spectacle « Au nom du Père » ne se positionne ni d'un côté ni de l'autre de la barricade : « J'ai n'ai pas voulu laisser l'impression que nous sommes contre la religion, ni contre la vie religieuse. C'est pourquoi j'ai choisi d'ouvrir le spectacle par une plaidoirie pour la tolérance religieuse et de le finir sur l'idée que Dieu signifie amour. Et ce puisqu'entre ces deux monologues il existe d'autres qui touchent des sujets assez graves, délicats et nous n'avons pas voulu laisser l'impression que nous luttons contre l'idée de religion. Nous plaidons plutôt pour l'acceptation de toutes les formes et nous voulons dire qu'il existe nombre d'abus dans ce domaine aussi. Il est important par ailleurs de voir comment la vie religieuse de notre enfance influe positivement sur notre vie d'adulte. A mon avis, la plus grande réussite de ce spectacle, c'est d'avoir pu rester neutres. »  

 

Cette pièce s'inscrit d'ailleurs dans un projet plus ample intitulé « Théâtre intime », dont l'intention est de rapprocher acteurs et spectateurs. Le metteur en scène Robert Bălan nous en parle:   « L'idée était de renoncer autant que possible aux moyens théâtraux classique, à la zone où l'acteur monte sur scène pour y exprimer des vérités. Nous avons souhaité intégrer le public au spectacle mais sans trop le déranger. J'ai opté pour une interactivité moins forte, sans pour autant laisser le public être un simple spectateur. »

 

Les spectacles à thématique sociale abondent aussi dans les institutions théâtrales publiques. Parmi les invités du Festival National de Théâtre 2018 figurait la production « Sur les hommes et les pommes de terre » du Théâtre « Andrei Muresanu » de la ville de Sfantu Gheorghe, en Transylvanie. Son metteur en scène, Radu Afrim, a créé un spectacle documentaire censé ramener dans l'attention publique une tragédie survenue dans la ville de Sfantu Gheorghe en 2012, suite à laquelle 9 personnes ont perdu la vie. En rentrant d'une cueillette de pommes de terre, la remorque où se trouvaient 9 journaliers ethniques roms a été écrasée par un train. Cet incident a été très peu médiatisé. Cela a déterminé Radu Afrim à imaginer un spectacle sur « la perte et la survie » et qui, une fois terminé, invite à réfléchir sur la solidarité. Trois cas sociaux présentés dans la pièce ont également fait l'objet d'un événement caritatif à Noël.  


Voilà donc un des rôles essentiels du théâtre : inviter artistes et spectateurs à s'exprimer sur les thèmes importants pour la société. (Trad. Valentina Beleavski)       
 


www.rri.ro
Publicat: 2019-01-05 13:35:00
Vizualizari: 171
TiparesteTipareste