Face aux infox, la contre-attaque s’organise

face aux infox, la contre-attaque s’organise  L’infox, pendant français des fameuses « fake news », ce terme interroge. Certains prétendent qu’il serait bien plus judicieux d’utiliser à sa place le terme de désinformation, qui présuppose l’existence d’une intention malveillante préalable.

Entré dans le langage courant à l’occasion des dernières élections présidentielles aux Etats-Unis, où l’on a vu les républicains et les démocrates s’accuser à tour de rôle d’employer l’infox pour mieux tromper l’électorat, le terme, désignant l’utilisation à grande échelle des informations mensongères ou délibérément biaisées, semble gagner en amplitude, interpellant à la fois les autorités et les professionnels de l’information. Infox, fake news, informations fallacieuses ou désinformation, rien de nouveau sous le soleil pourtant. C’est néanmoins de par son amplitude que le phénomène inquiète. Le scandale de Cambridge Analytica, cette société accusée d’avoir manipulé nombre de comptes d’utilisateurs Facebook pour influencer leurs options électorales, s’érige en l’occurrence en cas d’école. 


Invitée au micro de Radio Roumanie, Andreea Gavrilă, l’une des fondatrices du site rubrika.ro, soit le premier programme de Roumanie censé passer au crible les nouvelles en provenance des sources sûres, nous livre sa définition de l’infox : « Définir cela comme de fausses nouvelles, ce n’est pas tout à fait exact. Les fake news, des fois ce n’est même pas de l’information, des fois ce n’est pas tout à fait faux, car souvent il existe des éléments de vérité, il s’agit donc plutôt des nouvelles partiellement fabriquées, il s’agit de la désinformation ou du désordre informationnel. Je crois donc qu’il faut mettre en évidence qu’il ne s’agit pas toujours d’une information erronée à 100%, car dans une information que l’on traite de fake, de fausse, il existe le plus souvent des éléments de vérité. » 

 

Vu le boom de la communication en ligne et de l’utilisation des réseaux sociaux, l’information extraite de manière exclusive par ce biais découple le pouvoir nocif de l’infox. Les ados surtout risquent de tomber plus facilement victimes de l’infox. Selon une étude menée par  Reuters Institute for the Study of Journalism, l’on constate que pour Monsieur tout le monde le terme d’infox ratisse large. En effet, il y inclut, pêle-mêle, depuis les parodies, qui peuvent être considérées comme des infos contrefaites mais qui sont dénuées de toute intention malveillante, en passant par les nouvelles mal ficelées, à cause de la mauvaise maîtrise du domaine abordé par le journaliste qui les a confectionnées, aux nouvelles présentées avec un certain parti pris, à certaines formes de publicité et jusqu’aux informations complètement farfelues. D’où l’étude menée par Reuters Institute for the Study of Journalism, qui conclut que la définition de fake news ratisse tellement large qu’elle devient carrément inopérante. Et à Reuters Institute de proposer l’abandon du terme anglophone de fake news en faveur de celui de désinformation, qui présuppose l’existence d’une volonté de tromper le public, une caractéristique dont le terme français d’infox rend mieux compte. 


Cette idée est partagée également par Ioana Avădani, directrice du Centre pour le Journalisme indépendant, de Bucarest : « Je suis en effet réticente à utiliser le terme de fake news. Car toutes les informations fausses ne sont pas pour autant des nouvelles, elles ne sont pas nécessairement produites par des journalistes. Le terme fake-news renvoie au terme de “news”, de nouvelles, d’informations produites par des professionnels, des journalistes, des médias, ce qui est faux. »

 

Mais comment peut-on se prémunir contre l’infox ? En l’occurrence, la pensée critique et l’éducation aux médias constituent sans doute des armes privilégiées. Chercher l’information dans des sources différentes, réagir, trouver des sources de confiance, éviter de s’informer en se servant exclusivement des sources disponibles en ligne, voilà quelques tuyaux. Et puis, pouvoir vérifier l’identité réelle des auteurs des informations fournies en ligne. Vérifier, par exemple, que le site en question dispose d’une identité réelle, identifiable, d’une adresse physique et d’un numéro de téléphone, ajoute encore Ioana Avădani. Nous avons donc besoin d’observer une certaine hygiène informationnelle. 


Aussi, dans sa tentative d’avancer sur la question, le Centre pour le Journalisme indépendant conçoit-il depuis 25 ans des projets éducatifs destinés aux lycéens, pour que ces derniers comprennent le fonctionnement des médias. « Nous ne sommes  que quelques associations à mener ce combat. Mais il nous semble essentiel d’avoir des gens avertis aux deux extrémités de la chaîne d’information, d’une part un système média soucieux de la déontologie professionnelle, et de l’autre un public averti », conclut Ioana Avădani. En Roumanie, l’infox fait rage surtout sur les réseaux sociaux et les médias en ligne, le gardien de l’audiovisuel, le Conseil national de l’Audiovisuel, limitant les dégâts dans le cas des médias classiques. (Trad. Ionuţ Jugureanu)

 


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Publicat: 2019-09-06 13:32:00
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