Le « phénomène Brăila » dans les écoles roumaines

le « phénomène brăila » dans les écoles roumaines Le paradoxe des résultats des évaluations nationales dans le système d'éducation roumain.

L'année dernière, le soi-disant « phénomène Brăila » était dans tous les médias roumains. C'était au moment de l'évaluation nationale, un test passé par les élèves qui finissent le collège et se préparent pour s'inscrire au lycée. L'entrée dans un lycée d'élite ou dans un autre, moins bien coté, dépend en Roumanie des résultats à ce test. Ce sont les représentants de l'ONG Human Catalyst qui ont remarqué ce qui se passait pendant l'évaluation nationale et qui ont parlé du « phénomène Brăila ». 


Brăila  est un département du sud-est de la Roumaine. Là-bas, 36,5% des élèves en dernière année de collège ne se sont pas inscrits à l'évaluation nationale à la fin de l'année scolaire 2016-2017, soit le pourcentage le plus élevé du pays. Mais la surprise était finalement ailleurs : la moyenne des notes obtenues à cet examen a été très élevée à Brăila, de 7,29 sur 10, deuxième en Roumanie après celle de la capitale, Bucarest. Laura Greta Marin, la présidente de l'Association pour l'éducation et la justice sociale Human Catalyst, nous explique ce paradoxe : « Le « phénomène Brăila » est une pratique des enseignants qui n'inscrivent pas les élèves faibles à l'évaluation nationale de fin de collège. D'après nos informations, ce phénomène concernerait aussi les inscriptions au Bac. Il y a différents moyens d'empêcher ces enfants de participer aux examens. Dans certains cas, il y a eu des réunions avec les parents d'élèves où on leur a dit que ce serait mieux de ne pas  inscrire leurs enfants à l'évaluation à cause des mauvais résultats scolaires semestriels. Certains parents sont menacés par le directeur de l'école que leur enfant redoublera l'année, qu'il n'aura pas la moyenne à certaines disciplines ou son année scolaire ne sera tout simplement pas clôturée. Il existe diverses méthodes coercitives que les écoles utilisent pour convaincre les parents ou les élèves de ne pas participer à ces examens, afin d'augmenter la moyenne par département ou par pays. »


On pourrait demander à Laura Greta Marin à juste titre, pourquoi les résultats des écoles à l'évaluation nationale sont si importants. « En premier lieu, il y a le prestige de l'école. Les inspections scolaires établissent des classements au niveau des villes et des départements. Toute école veut occuper la meilleure position possible dans cette hiérarchie. Le « phénomène Brăila » en est une méthode facile. C'est plus simple d'augmenter la moyenne de cette manière que d'investir du temps et des ressources dans la préparation des élèves, pour qu'ils aient de bons résultats aux examens. Lorsqu'un parent choisit le lycée de son enfant, il prend aussi en compte la moyenne de l'établissement à l'Evaluation nationale, sa place au classement national ou départemental. Cela a une influence aussi sur la tranche reçue du budget d'Etat, en fonction du nombre d'élèves. Le budget de l'école dépendra donc du nombre d'élèves inscrits. »


Puisque le « phénomène Brăila » a fait un véritable tollé dans les médias, l'année dernière, on constate dernièrement une baisse en intensité de toutes ces pratiques, de peur que les autorités ne s'en saisissent. Pour l'année scolaire 2017-2018, le taux d'absentéisme à l'examen d'évaluation nationale a baissé de 4,4% par rapport à l'année précédente. Autrement dit, le pourcentage des enfants ayant passé l'examen de fin de collège a augmenté, se félicitent les experts de Human Catalyst. En revanche, un autre aspect s'est fait jour, s'inquiète Laura Greta Marin : « Notre joie fut de courte durée, car même si le nombre d'élèves inscrits à l'examen a augmenté, celui des élèves qui redoublent à la fin du collège a augmenté aussi. 10.000 élèves en situation de redoublement scolaire rien qu'en 2018. Cela veut dire que le « phénomène Brăila » est toujours là, mais sous une autre forme. On n'essaie plus de dissuader les parents à faire inscrire leurs enfants à l'examen d'évaluation nationale, mais on demande de plus en plus souvent le redoublement pour les plus faibles ce qui, finalement, fait baisser le nombre d'enfants qui participent à cette examen. »


A en croire l'ONG Human Catalyst, le nombre d'élèves redoublant l'année fin 2018 a augmenté de 70% par rapport à l'année précédente (13.078 en 2017, par rapport à 22.250 en 2018). Un écart impressionnant, qui intrigue Laura Greta Marin : « D'après les chiffres analysées, on remarque une différence impressionnante d'une année à l'autre. Comment expliquer une telle augmentation du taux de redoublement à la fin du collège en une seule année ? Ce n'est pas normal. De tels décalages n'apparaissent pas comme ça, du jour au lendemain, sauf si quelqu'un s'y mêle pour les provoquer. Il y a certainement anguille sous roche pour avoir une hausse de 70% dans un délai de temps si bref ! »


Des discussions à ce sujet ont eu lieu l'année dernière, avec les représentants du Ministère de l'Education. Cette année, après le remplacement du ministre de tutelle, les associations de parents et les représentants des ONG se sont à nouveau précipités à appeler les autorités au dialogue. Un dialogue qui s'avère d'autant plus nécessaire que le « phénomène Brăila » n'a jamais été officiellement reconnu par les autorités roumaines. (Trad. Elena Diaconu, Ioana Stăncescu)


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Publicat: 2019-06-19 17:55:00
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