L'analphabétisme fonctionnel, nouveau défi de l'Education en Roumanie

l'analphabétisme fonctionnel, nouveau défi de l'education en roumanie Selon une récente étude, entre 40 % et 42 % des élèves roumains de 15 ans savent lire, mais comprennent difficilement le message du texte.

Analphabétisme fonctionnel : voilà un terme de plus en plus véhiculé en Roumanie ces dernières années. Il définit l'incapacité des élèves à comprendre le sens d'un texte lu. Au début, ce phénomène a été mal reçu par les Roumains, qui ont tous eu du mal à y croire. Mais les tests internationaux tels que PISA, PILS ou TIMSS ne cessaient de le confirmer : entre 40 % et 42 % des élèves roumains de 15 ans savent lire, mais comprennent difficilement le message du texte. De même, ils ont des lacunes importantes quant à l'accumulation de certaines connaissances scientifiques. Peu à peu, le problème de l'analphabétisme fonctionnel a commencé à être pris plus au sérieux par l'opinion publique et par les institutions de l'Etat roumain.


De nos jours, après deux ans de cours dispensés en ligne à cause de la pandémie, il est plus urgent que jamais de contrecarrer ce phénomène auquel s'ajoutent de sérieux retards éducationnels. D'ailleurs, une récente étude réalisée par la plateforme numérique de tests privés BRIO le confirme et le ministère de l'Education a pris en considération ses résultats dans une tentative de moderniser le système d'évaluation dans l'éducation publique. Intitulée « Rapport sur le niveau de littératie », l'étude confirme que 40 % des élèves interrogés ont des difficultés à assimiler les connaissances et compétences enseignées à l'école. L'étude a été réalisée en ligne, les participants ayant eu à leur disposition plus de 40 000 tests proposés par BRIO. 


Le professeur des universités et initiateur du projet, Dragoș Iliescu, aussi expert en psychopédagogie, nous explique comment ont été notés les enfants qui ont participé à ces tests : « On accorde des points allant de 0 à 100, 0 étant la note inférieure et 100 étant le maximum que l'on puisse obtenir, soit un résultat extraordinaire. Puis, chaque niveau de fonctionnalité correspond à un certain nombre de points, par exemple : « dysfonctionnement total » - entre 0 et 20 points, puis, « un niveau minimum de fonctionnalité », « un niveau acceptable de fonctionnalité » et ainsi de suite. Un grand nombre de résultats tourne autour des 27 points. Pour une évaluation allant de 0 à 100 point, cela veut dire que les résultats dépassent de très peu la limite d'un dysfonctionnement total ».  


La sonnette d'alarme a donc été tirée : les capacités cognitives des élèves sont à la limite entre la fonctionnalité et le dysfonctionnement. Combien d'élèves sont concernés ? Réponse avec Dragoș Iliescu : « Selon notre étude, l'analphabétisme fonctionnel concerne 42% de la population. Puis, 47 % des participants sont dans une zone intermédiaire entre la fonctionnalité et le dysfonctionnement. Seuls 11 % des sujets ont un haut niveau de fonctionnalité. Ces résultats nous inquiètent parce qu'ils montrent non seulement que certains enfants se trouvent dans la limite inférieure, mais aussi qu'ils sont très peu nombreux dans la catégorie supérieure. Plus encore, dans la catégorie inférieure, les pourcentages sont similaires pour tous les âges, par exemple 37 % des enfants de 6 ans et 41 % de14 ans. » 


Autre phénomène confirmé par ce récent rapport : le décalage entre filles et garçons, les filles étant mieux préparées que les garçons du même âge. Par contre, ce qui n'a pas été vraiment confirmé, c'est la connexion entre le niveau de développement socio-économique d'une région et le niveau d'analphabétisme fonctionnel. Autrement dit, ce phénomène concerne toutes les régions de la Roumanie, pas seulement les zones défavorisées.


 Dragoș Iliescu explique : « J'ai découvert une chose à laquelle je ne m'attendais pas. Je m'attendais à avoir un niveau élevé d'analphabétisme fonctionnel dans les zones avec une population très pauvre. Mais ce n'est pas le cas. Nos données le confirment, ce qui est assez intéressant. C'est pourquoi je pense que nous avons à faire plutôt à un problème social. Un autre aspect que je mentionnerais, c'est qu'il est en quelque sorte déraisonnable de s'attendre à ce que le ministère s'en occupe tout seul. La société roumaine a longtemps dit « Ce n'est pas mon problème, c'est le problème du système éducationnel. Celui qui est en charge de l'éducation, c'est-à-dire le ministère, doit le résoudre ». C'est le même problème d'attitude que nous observons chez les parents roumains face à l'école et que reflètent de nombreux sondages. Pourtant, ce n'est pas raisonnable pour un parent de s'attendre à ce que tous les problèmes et tous les décalages de son enfant soient résolus par l'école. Cela n'arrivera jamais. C'est le moment pour la société civile de faire un pas en avant. »


Pour y parvenir, il est nécessaire de comprendre l'origine de ce phénomène. L'UNICEF participe à cette démarche avec le concept de « pauvreté éducative », comme nous le raconte Luminița Costache, experte en éducation chez UNICEF Roumanie : « Bien souvent, lorsque l'on réfléchit à la question du droit à l'éducation, on a tendance à se concentrer sur la zone d'accès et on oublie la plupart du temps le taux de participation, et surtout la qualité de l'enseignement. Or, ces trois composantes sont interdépendantes. Un accès à l'éducation sans participation ou avec un enseignement de mauvaise qualité conduit aux résultats révélés par le rapport. J'aimerais aujourd'hui aborder un sujet qui fait l'objet de discussions à l'échelle mondiale, et ce depuis un certain temps déjà, mais dont on parle assez peu en Roumanie. C'est celui de la pauvreté éducative. Pour cet indicateur c'est la littératie des enfants âgés de 10 ans dont on a tenu compte. La Roumanie n'est pas non plus bon élève dans ce domaine. 20 % des élèves se trouvent en situation de pauvreté éducative dans le pays. 7 % des enfants en âge d'être scolarisés à l'école primaire se trouvent en dehors du système scolaire. Pourquoi la pauvreté éducative est importante ? On parle souvent de pauvreté, et toutes les études sur le sujet révèlent qu'en Roumanie, la pauvreté économique touche de plein fouet les enfants. Or la pauvreté éducative contribue à ce phénomène en reproduisant les inégalités. Un rapport établi par la Banque Mondiale, l'UNICEF et l'UNESCO, révèle les pertes économiques subies au cours de leur vie par ceux qui se trouvent en situation de pauvreté éducative. Un retard qui se répercutera ensuite sur leur vie d'adulte et qui risque aussi d'être transmis aux générations suivantes. De nombreuses études tendent à prouver que l'éducation est le chemin le plus durable vers le progrès, mais elle est aussi le meilleur moyen pour sortir de la pauvreté. Pour sortir de la pauvreté, il faut d'abord sortir de la pauvreté éducative. »


Le rapport sur le niveau de littératie a été réalisé en partenariat avec le Ministère de l'Education. Cela prouve qu'il y a un début de prise de conscience autour de la question de l'analphabétisme, même au sein du gouvernement. Mais il faudra attendre l'année scolaire prochaine pour la mise en place de nouvelles mesures permettant d'endiguer ce phénomène, avec, pour l'instant, une réforme du système d'évaluation des élèves. Ce n'est qu'un premier pas, qui, espérons-le, sera rapidement suivi d'autres mesures permettant d'améliorer progressivement, mais rapidement, la situation. (trad. Valentina Beleavski, Charlotte Fromenteaud)



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Publicat: 2022-09-07 10:00:00
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