Le courrier des auditeurs du 13.02.2026
Alex répond à vos questions et messages
Alex Diaconescu, 13.02.2026, 21:37
Bonjour à toutes et à tous et soyez les bienvenus à cette nouvelle édition du Courrier des auditeurs de RRI que je suis ravi d’animer à nouveau. L’hiver est toujours présent à travers le pays et presque chaque nouvelle semaine apporte un nouvel épisode de grand froid avec des températures négatives, de la neige et un vent très fort qui ne fait qu’amplifier la sensation de froid. Pour les familles roumaines du sud et notamment de Bucarest, c’est le début d’une semaine de vacances dites « de ski » durant lesquelles elles prendront d’assaut les stations alpines et notamment la Vallée de la Prahova, sise à une centaine de km au nord de la Capitale roumaine. Pour les autres, c’est le meilleur moment pour rester bien au chaud chez soi et suivre les JO d’hiver par exemple.
Je passe rapidement à vos messages et questions et il me fait énormément de plaisir de constater que plusieurs d’entre vous nous ont envoyé des opinions au sujet de la Journée Mondiale de la Radio, dont le thème est cette : « Radio et l’intelligence artificielle ». J’espère que vous avez apprécié l’émission spéciale que notre rédaction a imaginée cette année à cette occasion. Il est donc tout à fait naturel que je cite aussi quelques-unes de vos réactions.
Nouari Naghmouchi d’Algerie nous écrit :
« Bonjour et comment allez vous et ma belle radio. La Radio algérienne a lancé une plateforme numérique avancée reposant sur des technologies d’intelligence artificielle, destinée à assurer le suivi et l’analyse du contenu de ses diffusions radiophoniques avec précision et efficacité. Cette nouvelle plateforme transforme automatiquement le contenu audio en textes écrits, tout en permettant l’analyse des données, l’extraction de statistiques et la production de rapports en temps réel sur les tendances et les sujets les plus abordés à travers les différentes chaînes. Grâce à cette technologie, le travail journalistique et administratif au sein de l’institution est considérablement accéléré. Elle réduit le temps et les efforts nécessaires au suivi et à la documentation, tout en offrant un tableau de bord intelligent donnant une vision globale de la performance médiatique. Cette initiative incarne la vision de la Radio algérienne visant à mettre l’intelligence artificielle au service des médias nationaux, à travers des solutions numériques innovantes adaptées à l’ère technologique. Elle fournit aux journalistes des outils analytiques modernes qui renforcent la qualité du contenu et la rapidité d’exécution.»
Merci beaucoup pour votre message et pour les détails que vous nous avez fournis. Sans doute, le monde change et la radio n’y fait pas exception.
Et je passe aussi au mail que nous a envoyé notre ami auditeur Paul Jamet de France pour la Journée Mondiale de la Radio du 13 février :
« Avant toute chose, je voudrais souligner que l’on assiste à la rencontre d’une centenaire – La Radio – avec une petite-fille – l’Intelligence Artificielle ! Depuis plus d’un siècle, la Radio a largement fait ses preuves ; elle a eu ses heures de gloire mais elle a aussi traversé des crises diverses, des guerres tout en s’adaptant à d’importantes évolutions techniques qui finalement n’ont fait qu’accroître l’importance de son rôle pour informer, éduquer et distraire les citoyens de tous les pays. L’Intelligence Artificielle qui vient de naître fait l’objet de toutes les convoitises, de tous les fantasmes, de tous les espoirs mais aussi de toutes les craintes car elle s’impose dans tous les domaines d’activité dont tous ceux de la Radio ! Comment va s’instaurer le dialogue, la collaboration entre la Radio et l’Intelligence Artificielle ? Le sujet est tellement vaste que l’UNESCO a proposé de le structurer autour de 13 idées.
Ma réflexion se focalisera sur l’idée 7 Formation et I.A. parce que c’est, à mon avis, le point central, vu que tous les métiers de la Radio sont concernés. En tant qu’auditeur régulier de plusieurs stations internationales, je vois la radio comme un espace de confiance : une voix, un ton, une présence humaine que j’ai plaisir à retrouver et qui m’accompagne chaque jour. Aujourd’hui, l’intelligence artificielle entre dans les studios. Je n’y suis pas hostile, au contraire : elle peut aider à vérifier, à analyser, à mieux produire les programmes qui retiennent notre attention. Mais pour éviter toute dérive, je crois qu’il est essentiel de former tous les professionnels de la Radio, des journalistes aux réalisateurs, des programmateurs aux ingénieurs du son, des speakers aux producteurs. Il est indispensable de mettre en place rapidement des formations pas seulement pour savoir utiliser des outils mais essentiellement pour bien comprendre leurs limites, leurs biais, leurs risques en particulier en matière d’éthique. Les stations de Radio ne peuvent pas se permettre l’approximation ou l’opacité. En formant leurs équipes à l’I.A., les stations de Radio protégeront leur crédibilité que nous, auditeurs, leur accordons au fil de nos écoutes. L’intelligence artificielle va assister la radio ; elle le fait déjà d’ailleurs ! Mais seule l’intelligence humaine peut en préserver l’âme. J’insiste, « Former les professionnels de la radio à l’I.A., ce n’est pas seulement moderniser un outil. C’est protéger la confiance entre des voix et leurs auditeurs. »
Effectivement, je partage tout à fait votre avis. Avant de faciliter la des journalistes, tous les médias confondus, l’intelligence artificielle nous la complique un peu, puisqu’il faut non seulement apprendre à l’utiliser, mais aussi apprendre à ne pas lui faire confiance à 100%. C’est un piège que l’on doit absolument éviter.
Philippe Marsan de France nous a également envoyé une opinion à l’occasion de la Journée mondiale de la radio 2026.
« Vaste sujet que ce thème dédié à l’Intelligence artificielle. Cela paraît étonnant mais c’est dès 1950 qu’on aborda cette idée, D’abord, le mathématicien américain Alain Turing parla d’une machine capable de penser, de réfléchir, d’analyser à la manière d’un être humain. Puis l’informaticien John MacCarthy évoqua le sujet, la logique symbolique en 1956 et fit entrer ce thème dans la réglementation technique. Pourtant en cette époque du milieu du 20e siècle, on en était bien fort loin ! La radio, souvent symbole d’un récepteur familial à lampes trônait dans la pièce principale, L’antenne, simple ressort tendu au plafond permettait de recevoir les quelques stations locales ou nationales. C’était l’univers de la technique analogique. Les plus chevronnés écoutaient les ondes courtes et les radios nombreuses étrangères. La télévision coûtait cher, et peu de foyers en étaient équipés. C’est dans cet univers que je grandis et m’intéressa à cette technique de l’électronique liée aux ondes. En 1971, je vis arriver les premiers circuits logiques, les « TTL », les portes « et », « ou », « inverseur », « nand », etc. Ensuite, la technique évolue très vite, les « CMOS », les bascules, les compteurs, le binaire, l’algèbre de Boule, les équations, les calculs, tout cela avance très vite. Dès le début des années 80, on voit se présenter les microprocesseurs, puis les premières mémoires, à bandes, à tores, les disquettes « floppy » et les disques durs. Tout cela va encore plus vite, Elles semblent loin ces années 50/60, comme si elles appartenaient à un autre monde aujourd’hui disparu, et pourtant c’était le temps de mon enfance. Les années 2000 défilent à grande vitesse. Ordinateurs, techniques informatiques, puis les téléphones mobiles, réseaux sociaux, tablettes, images, internet, les vidéos ; tout se met en place comme un puzzle de manière accéléré. Je me sens distancé ayant pourtant vu cette évolution mais de manière « accélérée ». Et depuis quelques années, cela est arrivé : L’intelligence artificielle. A la fois fascinante, elle paraît être utile, mais aussi dangereuse. Que peut-elle apporter ? Certainement beaucoup à la médecine, au traitement des images, à la conception de projets, de textes. Mais l’IA peut aussi imiter, remplacer, copier une voix, un texte, une photo. L’IA pilote les robots, et quelle en est la limite ? Elle soulage le travail à la chaîne, permet d’analyser l’imagerie médicale. Cette technique est rapide, efficace. Utile à la radio certes, en confectionnant des fichiers, des enregistrements en remplaçant le concepteur. Réflexion, traduction, analyses, elle aide ou peut remplacer parfois le journaliste. Mais jusqu’à quelle limite l’IA va t elle aller ? A nous d’y réfléchir en conservant le domaine de la taille humaine. L’IA aura t elle du sentiment, de l’empathie, des liens humains ? Comme tout outil de progrès, l’IA doit être encadrée, maîtrisée, évaluée, « canalisée ». Certains domaines lui échapperont certainement, je pense notamment à la gastronomie, les saveurs, le savoir faire en matière de cuisine. Mais cela demeure encore une autre histoire ! »
Merci beaucoup M Marsan pour votre message. Pour rigoler, on peut dire que l’Humanité, après avoir inventé des machines pour remplacer le travail manuel, désormais l’intelligence artificielle remplace aussi le travail intellectuel. Merci beaucoup à nouveau pour vos contributions !
Merci pour vos messages pour cette Journée Mondiale de la Radio, le débat que vous avez proposé a été très intéressant.
Une République avec une Maison royale
Et je passe maintenant à une lettre avec une question fort intéressante, que nous pose notre ami Christian Ghibaudo de France. « La veille de Noël à la télévision roumaine, j’ai pu voir le message de Noël de la prétendante au trône roumain, Margareta de Roumanie. Cela m’a étonné, car la Roumanie n’est plus un royaume, et qu’en France, on ne verrai pas l’un des prétendants du trône de France apparaitre à la télévision. Peut être parce qu’il y a trois prétendants… Alors je me pose des questions: la famille royale a-t-elle une position spéciale dans la société roumaine ? Margareta de Roumanie est-elle populaire au sein de la société roumaine et y-a-t-il des sondages sur le nombre de roumains demandant le retour de la Royauté ? »
Eh bien, M Ghibaudo, parmi toutes les autres particularités de la Roumanie, il y a aussi le fait qu’elle est une république qui possède aussi une « famille royale ». Certes, le statut juridique de la Maison Royale de Roumanie est exclusivement privé, sans aucun rôle constitutionnel, ni d’autorité publique. La Maison Royale n’est pas reconnue en tant qu’institution de l’Etat et n’a aucune attribution politique officielle. Elle est tout simplement une entité de droit privé, organisée conformément à ses propres normes intérieures, promulguées en 2007 par le roi Michel Ier. Au début des années 2000, la famille royale roumaine, avec à sa tête l’ex-souverain Michel Ier, s’est vu rétrocéder une grande partie du patrimoine privé de sa famille confisquée par les autorités communistes à la fin des années 1940. Après le décès du roi Michel, à la tête de la famille royale roumaine l’on retrouve sa fille Margareta qui a le titre suivant : « Sa majesté, Margareta, gardienne de la couronne de Roumanie », donc elle n’est en aucun cas prétendante au trône de la Roumanie, puisque celui-ci n’existe pas. Elle poursuit, en fait cette, mission de représentation de la Roumanie que son père, le roi Michel, avait remplie. C’est lui qui a d’ailleurs utilisé son prestige international pour soutenir les efforts de la Roumanie d’intégrer l’OTAN, par exemple. Enfin, notons aussi qu’après le décès du roi Michel Ier, en 2017, il y a eu une tentative de réguler le statut de la famille royale roumaine, dans le sens de sa transformation en une sorte d’institution publique, subventionnée par le budget de l’Etat, afin de mener des activités censées promouvoir la Roumanie. Finalement, le projet a échoué face aux nombreuses critiques exprimées dans l’espace public. Actuellement, conformément à son site internet « l’Association de « La maison de sa Majesté » est une personne morale roumaine de droit privé, sans but lucratif, d’utilité publique, qui constitue la structure institutionnelle qui assure le soutien et le déroulement des activités publiques et privées de la Maison royale de Roumanie, dans le but de promouvoir la Roumanie, les valeurs, les principes et les traditions de la Couronne de Roumanie ». Sur le site www.casamajestatiisale.ro, on peut retrouver toutes les activités qu’elle déroule, répertoriées dans le cadre de rapports annuels. On y trouve des partenariats y compris avec des institutions publiques, des visites, des rencontres avec des responsables et des ambassadeurs, des concerts et des réunions et plein d’autres événements officiels. Pour conclure, disons que « la maison royale roumaine » joue un rôle semi-officiel, c’est la façon dont l’actuelle République roumaine reconnait le rôle que la monarchie avait joué au fil de l’histoire. Par conséquent, la famille royale roumaine a une position spéciale dans la société roumaine et, par son activité, au sein de l’Etat roumain. Par contre, l’idée d’un retour de la Royauté s’est définitivement terminée suite au décès, en 2017, du Roi Michel Ier. Côté popularité, la dernière étude à ce sujet date de 2014 et, à l’époque, près de la moitié des Roumains avaient une bonne et même très bonne opinion de la Maison royale roumaine. Désormais, la monarchie fait strictement partie de l’histoire de la Roumanie et très peu de Roumains sont encore favorables à un retour de la Royauté, même si ce débat était bel et bien présent dans la société roumaine dans les années ‘90. La Roumanie est et elle restera une République.
Et c’est ici que je mets fin à ce courrier des auditeurs. Merci de l’avoir suivi. A bientôt !