La France et la Roumanie, de réels alliées.
Plus de la moitié des jeunes roumains affirment ne pas savoir qu’il existe une présence militaire française en Roumanie, alors que près de 40% d’entre eux affirment connaitre très peu de choses sur le sujet. C’est une des réalités révélées par une enquête réalisée par l’Institut de recherches Inscop à la demande de l’ambassade de France de Roumanie, dont les résultats ont été présentés par Remus Stefureac, directeur de l’institut.
Alex Diaconescu, 04.11.2026, 19:03
Plus de la moitié des jeunes roumains affirment ne pas savoir qu’il existe une présence militaire française en Roumanie, alors que près de 40% d’entre eux affirment connaitre très peu de choses sur le sujet. C’est une des réalités révélées par une enquête réalisée par l’Institut de recherches Inscop à la demande de l’ambassade de France de Roumanie, dont les résultats ont été présentés par Remus Stefureac, directeur de l’institut. Même si la vaste majorité des Roumains ne savent pas qu’il existe des troupes françaises déployées en Roumanie ou admettent savoir peu de choses sur ce sujet, plus de 80% des jeunes Roumains considèrent que la France est un allié de l’OTAN sur lequel la Roumanie peut compter en cas de menace à l’adresse de sa sécurité. Pour plus de 64% des Roumains, la présence militaire française contribue en grande mesure à la sécurité de leur pays. Enfin, plus de 86% des Roumains estiment que les relations entre la Roumanie et la France sont assez et très bonnes à présent.
Une vaste campagne d’information
C’est dans ce contexte d’ambiguïtés que l’ambassadeur de France en Roumanie, Nicolas Warnery, a expliqué pourquoi il est nécessaire d’entamer une vaste campagne d’information. Nicholas Warnery : « Pourquoi cette campagne ? Pour plusieurs raisons : d’abord ce qui est en jeu c’est la sécurité européenne et le partenariat stratégique entre la France et la Roumanie, notre appartenance commune à l’OTAN. La confiance des citoyens est très importante, il faut que le citoyen roumain connaisse la réalité des forces françaises ici et comprenne le sens de leur mission. Nous sommes l’objet, la cible d’opérations de désinformation. Nous faisons ça dans un esprit de transparence, les citoyens roumains doivent savoir ce que nous faisons, pourquoi nous le faisons. Nous le faisons bien sûr avec respect pour dialoguer et informer. »
« La France et la Roumanie, de réels alliées »
L’enquête réalisée au mois de septembre sur un échantillon de mille jeunes de 18 à 30 ans est le point de départ de cette campagne de communication appelée « La France et la Roumanie, de réels alliées » qui vise à mieux présenter la présence militaire française en Roumanie et à combattre l’infox propagée sur les réseaux à ce sujet. Nicholas Warnery : « L’objectif est de montrer des visages, d’hommes et femmes, montrer quelques actions, des valeurs et être pédagogiques, claires et dynamiques. Et évidemment de cibler notamment la population la plus jeune. Il est vrai que la jeunesse ne s’intéresse pas forcément à des gens qui sont à 4 ou 5 heures de Bucarest dans un camp militaire, mais pour nous c’est un devoir que de mieux communiquer, de plus communiquer. Je pense que ces derniers mois – et je remercie nos collègues de la force Aigle nous avons bien communiqué avec de courtes images sur les réseaux sociaux sur nos exercices et nos activités, mais peut-être pas vers les jeunes, mais vers l’opinion publique de manière générale. Nous avons bien communiqué vers les spécialistes, notamment, vers les politiques, les journalistes… » a affirmé l’ambassadeur de France en Roumanie.
Dans les récentes recherches réalisées depuis le début de la guerre en Ukraine, il existe une certaine méfiance de la population concernant l’aide concrete que l’Alliance pourrait accorder à la Roumanie, précise Remus Stefureac, directeur de l’institut de recherches INSCOP. « Au sujet de nos recherches réalisées par notre institut depuis le déclenchement de la guerre en Ukraine. Ce furent quatre ans et demi, près de cinq ans, durant lesquels une guerre informationnelle s’est déroulée par le biais d’une propagande de guerre sur le territoire de la Roumanie qui a touché sérieusement la manière dont la population de la Roumanie et celle des Etats européens se rapporte aux thèmes sécuritaires. Et si je pense aux nombreuses recherches que nous avons effectuées durant ces années, portant notamment sur la perception des Roumains sur la guerre en Ukraine, parmi toutes les catégories d’âge, nous avons constaté dans des études tant quantitatives que qualitatives que parfois même si les Roumains ont un niveau de confiance très élevé envers l’OTAN, mettent en doute si ce soutien viendra vraiment en cas d’incident sécuritaire. Et une des causes de ce doute est liée aussi au niveau bas de la connaissances au sujet de la présence de l’OTAN » précise Remus Stefureac qui souligne que les résultats de l’étude expliquent aussi pourquoi la propagande de guerre de la Russie qui se déroule sur le territoire de la Roumanie a un tel succès. Remus Stefureac : « Une telle campagne de communication est d’autant plus importante qu’elle soumet à l’attention du public et plus précisément du public jeune le fait que l’OTAN par le biais de la France a une présence solide en Roumanie et qu’elle agit lorsque la menace dépasse un certain niveau. Sans connaitre les étapes de la présence militaire française sur le territoire de la Roumanie, il est évident que la vulnérabilité sur ce front informationnel est extrêmement élevée. Voici donc l’argument essentiel pour une telle campagne de communication pour que les citoyens roumains arrivent à connaitre des détails concrets sur l’amplitude de la présence militaire française » a conclu Remus Stefureac, directeur de l’institut de recherches Inscop. Rappelons aussi que l’enquête s’est déroulée du 8 au 24 septembre 2026 via des interviews téléphoniques auprès d’un échantillon de mille jeunes âgés de 18 à 30 ans. L’erreur maximale admise des données est de plus ou moins 3,10% sur un taux de confiance de 95%.
Mais en quoi consiste actuellement la présence militaire française en Roumanie ?
Selon l’ambassadeur de France à Bucarest, il s’agit d’un effectif de 1500 militaires présent en Roumanie qui varie en fonction des différentes rotations et leur nombre peut même doubler dans de situations exceptionnelles, comme ce fut le cas de l’exercice « Dacian Fall » déroulé l’automne dernier. Nicolas Warnery : « Tous les militaires français qui sont basés en Roumanie sont rattachés à la force Aigle dans le cadre de l’OTAN et placés sous les ordres d’un général français qui lui est placé sous les ordres d’un général roumain, dans une chaine de commandement de l’OTAN. Il y a en plus des déploiements temporaires qui sont parfois organisés sur une base nationale, bilatérale, pour gagner du temps. Je vous donne trois exemples de déploiements de court terme, temporaires. L’armée de l’air fait de temps en temps, des déploiements de huit jours à peu près de 2 ou 3 Rafales pour s’entrainer avec des F16 roumains, pour développer leur interopérabilité et leur maitrise du travail en commun. Deuxième exemple : des détachements de plongeurs démineurs viennent faire des entrainements avec leurs camarades roumains pour des périodes de huit-dix jours à Constanta. Ca c’est fait régulièrement. Et troisième exemple : l’Atlantique 2, avion de patrouille maritime qui peut être déployé la aussi très vite, à la demande. Les autorités françaises ont envoyé cet Atlantique 2 très vite après les récents événements en mer roumaine et mer bulgare pour faire de la surveillance au dessus de la mer Noire dans cette période dangereuse. Bien sûr, même si ces troupes sont déployés à titre national dans peu de temps, elles travaillent dans le cadre des procédures de l’OTAN, elles viennent s’insérer quelques jours dans le dispositif et elles repartent »
Le champ de bataille informationnel
Voici donc une présence multidimensionnelle et surtout militairement crédible, déployée tant de manière régulière que ponctuelle, pour répondre à une pléthore de menaces sécuritaires sur terre, sur mer et dans le ciel. Et pourtant, c’est aussi sur les réseaux que la puissance militaire alliée doit être davantage présente afin de combattre la désinformation et toute une série de menaces hybrides, de plus en plus importantes sur le champ de bataille moderne.