De vifs mécontentements autour de la future grille unique des salaires
A Bucarest, les représentants des syndicats continuent les manifestations de protestation contre les politiques salariales de l’Exécutif.
Bogdan Matei, 03.06.2026, 12:41
Une atmosphère tendue
L’atmosphère reste tendue au sein de la société roumaine. Entre un taux d’inflation record pour un Etat-membre de l’Union européenne, une TVA majorée, des impôts et taxes locales à la hausse, une monnaie nationale de plus en plus fragile par rapport aux autres devises, en passant par une méfiance croissante face aux institutions fondamentales de l’Etat et une classe politique qui semble faire la sourde d’oreille devant les mécontentements des citoyens : rien ne semble manquer de ce paysage plutôt sombre.
Les syndicats annoncent des protestations
En fait, ce n’est pas tout. La plus récente pomme de discorde est le projet de loi de la grille unique des salaires dans la fonction publique, qui, de l’avis des syndicalistes, ne fera que diminuer les revenus de tous les salariés de l’Etat. Par exemple, le Syndicat des Experts Criminalistes a fait part de son intention de rejoindre dans les jours à venir les manifestations de protestation démarrées par les greffiers. Ces derniers ont décidé d’arrêter partiellement leur activité et de travailler à temps partiel entre à 8h du matin et midi, d’ici la fin de la semaine en cours et de gérer uniquement les causes urgentes.
De leur côté, les représentants des criminalistes affirment qu’une fois entrée en vigueur la loi de la grille unique des salaires fera baisser leurs revenus chaque mois de 30 à 40 %, alors qu’ils n’ont bénéficié d’aucune majoration salariale ces 10 dernières années. À son tour, la Haute Cour de Cassation et de Justice critique ce projet, le considérant comme « profondément vicié » et affirmant que les magistrats doivent bénéficier d’une loi spéciale des salaires. Selon la Cour, le projet transgresse le principe de la séparation et de l’équilibre des pouvoirs au sein de l’Etat et il est de nature à approfondir les iniquités existantes entre les différentes catégories de personnels au sein de la fonction publique. Les syndicalistes du domaine des finances publiques sont tout aussi mécontents et ont eux aussi interrompu leur activité, craignant de voir leurs sommes diminuer à l’avenir. Enfin, les syndicats du secteur sanitaire annoncent également des manifestations de protestation et demandent que je le projet de la grille unique des salaires soit modifié. En cas contraire, leurs salaires diminueront et leurs droits seront affectés, déplorent-ils.
Des négociations à Bruxelles sur la version finale du PNRR
Entre-temps, le ministre par intérim du Travail au sein du gouvernement destitué il y a presqu’un mois, par motion de censure, Dragos Pîslaru, s’est rendu à Bruxelles pour discuter avec la Commission européenne de la renégociation finale du Plan National de Relance et de Résilience de la Roumanie, qui impose, entre autres, une grille unique des salaires adoptée avant le 31 août prochain. Le ministre a promis de tenir compte des observations des syndicats avant d’initier un processus législatif au sein du Parlement de Bucarest.
Il insiste pourtant que la future loi éliminera les décalages de rémunération parmi les salariés ayant des attributions similaires. Le gouvernement de Bucarest promet également d’appliquer la future grille à tous les employés de la fonction publique. Cependant, il ne veut pas offrir de majorations salariales aux dignitaires, qui ont déjà des revenus généreux, alors que leur image est de plus en plus impopulaire aux yeux de l’opinion publique. Notons pour terminer que c’est toujours de l’adoption de cette loi de la grille unique des salaires dans la fonction publique que dépend l’octroi par Bruxelles, d’une tranche d’environ 800 millions d’euros du Plan National de Relance et de Résilience. (trad. Valentina Beleavski)