Chute du gouvernement roumain
Le gouvernement Bolojan de Bucarest renversé par une large majorité
Daniela Budu, 06.05.2026, 11:57
Le gouvernement roumain dirigé par le libéral Ilie Bolojan a été renversé mardi après l’adoption d’une motion de censure déposée conjointement par le Parti social-démocrate (PSD), l’Alliance pour l’union des Roumains (AUR) et le parti PACE (PAIX – la Roumanie d’abord). Le texte a été approuvé par 281 voix « pour », contre seulement 4 « contre » et 3 votes nuls, bien au-delà du seuil des 233 voix requises. Le Parti national libéral (PNL) et l’Union sauvez la Roumanie (USR), qui avaient annoncé leur non-participation, n’ont pas pris part au scrutin. Privé du soutien du Parlement, l’exécutif est désormais réduit à gérer les affaires courantes pour une période maximale de 45 jours, avec des prérogatives limitées. Les débats en séance plénière ont été particulièrement houleux. Les initiateurs de la motion ont vivement critiqué la politique économique du gouvernement, l’accusant d’avoir conduit le pays vers la récession et l’appauvrissement. Des accusations fermement rejetées par Ilie Bolojan, qui a dénoncé « l’hypocrisie » de ses anciens partenaires sociaux-démocrates, rappelant leur implication directe dans les mesures de réduction des dépenses publiques aujourd’hui contestées.
Incertitudes autour d’une nouvelle majorité
Dans la foulée de cette chute gouvernementale, le Parti national libéral (PNL) a acté son passage dans l’opposition, affirmant vouloir y jouer « un rôle actif, responsable et constructif » au service des citoyens et de la stabilité économique. Ilie Bolojan a insisté sur la volonté de son parti de bâtir « un pôle de modernisation » et de promouvoir une Roumanie tournée vers la prospérité. De son côté, l’Union sauvez la Roumanie (USR) a également exclu toute poursuite de la collaboration avec le PSD. À l’issue d’une réunion d’urgence, son dirigeant Dominic Fritz a proposé un rapprochement stratégique avec les libéraux, évoquant la possibilité d’un accord politique et d’une coordination en vue des consultations avec le président. Au sein du PSD, Sorin Grindeanu a salué un vote « plus large que prévu », appelant néanmoins les forces politiques à trouver rapidement un terrain d’entente pour assurer la gouvernance du pays. Dans le camp nationaliste, George Simion, leader de l’AUR, a affirmé que son parti était prêt à assumer la responsabilité de former un futur gouvernement. Plus prudent, Tánczos Barna, figure de l’Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR), estime que la formation d’une nouvelle majorité pourrait nécessiter « des semaines, voire des mois ». Dans ce contexte d’incertitude, le président Nicuşor Dan — acteur clé de la précédente coalition — a annoncé l’ouverture de consultations pour désigner un nouvel exécutif. Il a assuré qu’un gouvernement pro-occidental verrait le jour dans un délai raisonnable, tout en excluant le recours à des élections anticipées. « La Roumanie est un État stable, ses institutions fonctionnent et le cap est maintenu », a encore déclaré le chef de l’État, soucieux de rassurer partenaires et investisseurs face à cette nouvelle zone de turbulence politique.