Le Parlement roumain rejette la motion de censure contre le gouvernement de Ilie Bolojan
Le Parlement de Bucarest a rejeté une motion de censure initiée par l'opposition, après que le gouvernement ait assumé la responsabilité de ses mesures fiscales et budgétaires.
Leyla Cheamil, 15.07.2025, 12:53
Le Parlement roumain, convoqué en session extraordinaire, a rejeté ce lundi la motion de censure déposée par l’opposition populiste et ultranationaliste contre le gouvernement de coalition formé par le Parti social-démocrate (PSD), le Parti national libéral (PNL), l’Union sauvez la Roumanie (USR) et l’Union démocratique hongroise de Roumanie (UDMR). La motion, initiée par l’Alliance pour l’union des Roumains (AUR), avait été soutenue par des députés du parti S.O.S. Roumanie, du Parti des jeunes gens (POT) ainsi que par plusieurs élus non affiliés. Cette initiative faisait suite à la décision du gouvernement dirigé par le libéral Ilie Bolojan d’engager sa responsabilité sur un premier paquet de réformes fiscales destinées à freiner un déficit budgétaire record, le plus élevé de l’Union européenne, atteignant 9,3 % du PIB. Les auteurs de la motion entendaient ainsi bloquer les hausses d’impôts prévues, qu’ils jugent synonymes d’austérité pour les citoyens ordinaires. Le rejet de la motion de censure entraîne de facto l’adoption du paquet fiscal, qui sera désormais transmis pour promulgation.
Des mesures fiscales impopulaires mais jugées indispensables
Lors du débat général, le leader de l’AUR, George Simion, a fustigé la prolifération des postes de vice-ministres ainsi qu’un effort d’austérité reposant essentiellement, selon lui, sur les revenus modestes. Le paquet fiscal controversé prévoit notamment une augmentation de la taxe sur la valeur ajoutée (TVA), la suppression de l’exonération de la contribution sociale de santé (CASS) pour les retraités dont les pensions dépassent 3 000 lei (environ 600 euros), ainsi qu’un relèvement des droits d’accise sur le tabac, l’alcool et les carburants. En outre, les salaires et pensions du secteur public resteront plafonnés pour l’année prochaine.
Face à ces critiques, le Premier ministre Ilie Bolojan a défendu la nécessité du plan en rappelant l’état critique des finances publiques. Il a qualifié certaines attaques d’« infondées » et a invité les opposants à proposer des alternatives équitables. Bolojan a souligné que la Roumanie avait commencé à regagner la confiance des marchés internationaux, avec une baisse progressive du coût de ses emprunts. Il a réaffirmé son engagement à poursuivre le redressement budgétaire à travers la fin du gaspillage des ressources publiques, la restauration de l’équité fiscale et une responsabilisation accrue des institutions étatiques.
Un équilibre précaire entre réformes, promesses et tensions sociales
L’une des mesures les plus critiquées reste l’augmentation de la TVA, jugée contraire aux engagements électoraux. Le président de la République, Nicușor Dan, qui avait promis de ne pas alourdir la fiscalité indirecte, a maintenu que cette hausse aurait pu être évitée. Il a toutefois concédé que cela aurait nécessité un plan fiscal plus complexe, assorti de négociations approfondies avec la Commission européenne et les agences de notation. Il a expliqué que le gouvernement, confronté à l’urgence budgétaire, avait été contraint d’agir rapidement pour préserver la note de crédit du pays.
Malgré tout, le chef de l’État reste optimiste et considère ces restrictions budgétaires comme temporaires. Il prévoit une amélioration significative de la situation financière une fois que la Roumanie aura finalisé son adhésion à l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), attendue pour la fin de l’année prochaine. En parallèle, les mesures prises ont provoqué l’ire des syndicats, qui sont descendus dans la rue pour manifester leur désaccord. Ces derniers dénoncent ce qu’ils perçoivent comme une offensive contre les travailleurs, les retraités et les citoyens les plus vulnérables, critiquant une politique économique jugée socialement injuste et déconnectée des réalités du quotidien.