Le bornage – entre réalisme et humour
Un village en République de Moldova, deux familles voisines et un lopin de terre qui finit par déclencher une véritable guerre. Voilà les prémices, simples en apparence, du nouveau film d’Ion Borș et Ruslan Moroșan.
Corina Sabău, 09.05.2026, 10:48
Une comédie à l’humour subtile
« Hotarul/Le bornage » est une comédie alerte, à un humour au deuxième degré, bâtie autour de petites tensions quotidiennes, qui arrivent à parler de choses beaucoup plus importantes. Après le succès rencontré par le film « Carbon » auprès du public et des critiques de cinéma, Ion Borș est de retour avec une histoire dans laquelle le réalisme et le souci du détail se glissent dans une formule accessible au plus large public. Le film s’ouvre sur un conflit entre voisins, mais au-delà des dialogues savoureux et des situations touchant l’absurde, « Le bornage » parle d’orgueils, de limites que nous nous imposons les uns aux autres et des bornes, visibles ou non, qui nous séparent. Interviewé par RRI, Ion Borș s’est arrêté sur la façon dont une histoire se mue en cinéma, ainsi que sur sa collaboration avec la scénariste Mariana Starciuc, présente aussi dans l’équipe du film « Carbon ». Track 1 : « J’ai toujours aimé de travailler avec Mariana et nous avons collaboré sur d’autres projets aussi. Pour moi, Mariana est une dramaturge et scénariste dotée d’une sensibilité spéciale pour le peuple moldave, au point d’être capable de le raconter dans un scénario. C’est pour cette raison que je travaille avec elle. Les histoires sont nombreuses, les gens qui me proposent des scénarios sont eux-aussi nombreux, mais moi et Mariana avons une certaine façon de travailler ensemble. Nous commençons par esquisser plusieurs idées que nous transformons ensuite en scénarios. Il n’y a pas de recette spéciale pour mettre une histoire à l’écran. Il faut avant tout être sincère avec cette histoire-là, croire en elle. Deuxièmement, cette fois-ci, nous avons souhaité réaliser une comédie, mais qui ne soit pas, disons, gratuite. Nous voulons qu’elle porte un message plus profond. Le texte, nous le travaillons de manière à ce que le public, qui cherche simplement à s’amuser, puisse savourer l’histoire, et que les gens, qui veulent aller plus loin, puissent y découvrir un deuxième degré et un message plus profond. »
Ion Borș affirme que le film parle « de nous et de nos communautés, de nos petits conflits qui cachent des vérités connus de nous tous ». De son côté, Sergiu Cumatrenco Jr., un des producteurs du film, considère que « Le bornage » suit le chemin ouvert avec Carbon et montre à l’écran une vraie comédie, authentique et inspirée par notre quotidien.
Convaincre le public de retourner dans les salles de cinéma
Ion Borș déplore la difficulté de faire revenir les spectateurs de la République de Moldova dans les salles obscures, après des dizaines d’années d’absence des productions locales, mais il raconte aussi comment un film, réalisé avec de petits moyens, arrive à dire de grandes choses. Track 2 : « Notre mission est de ramener le public de la République de Moldova dans les salles de cinéma, ce qui n’est pas du tout facile. Après plus de trente ans durant lesquelles les gens ne sont plus allés au cinéma pour voir une production moldave, eh bien, il faut les convaincre d’y aller. Donc, l’histoire que nous racontons doit convaincre aussi bien le public qui cherche uniquement l’anecdote que le public à la recherche d’un sens plus profond. Ce n’est qu’après avoir conquis ces deux publics et réussi à convaincre les gens d’aller au cinéma que nous pourrons proposer d’autres films, différents. C’est un processus plus long, qui a besoin de temps pour aboutir. En tant qu’artistes et producteurs de film en République de Moldova, nous souhaitons écrire des scénarios émouvants et captivants. Mais nous savons parfaitement que nous n’avons pas d’accès à des hélicoptères, des munitions, drones et d’autres effets spéciaux. Nous devons donc nous appuyer sur l’ingéniosité et la créativité. Comment pouvons-nous transmettre les mêmes messages, mais avec de petits moyens ? C’est là que naît la métaphore qui nous aide à transformer un fait divers local en une vérité universelle. Dans ce film, nous nous sommes proposé de parler des délimitations visibles, invisibles, grandes, globales, à travers l’histoire d’une clôture dans un petit village de la République de Moldova. C’est ainsi que cette histoire est née. »
C’est aussi l’une des grandes qualités du film: la capacité à transformer une clôture, un lopin de terre et un conflit entre voisins en une métaphore des frontières, des orgueils et des distances que les humains s’imposent les uns aux autres. Ce mélange d’acteurs aguerris et de nouveaux visages fait partie de l’authenticité de l’histoire et de son rapprochement du public — un choix assumé et essentiel pour la reconstruction de la relation entre le spectateur et la salle de cinéma locale. Le casting, qui a réuni Ion Grosu, Andrei Locoman et Sergiu Voloc, contribue au succès d’un film déjà projeté au-delà des frontières et qui a fait salle comble à Dublin et Bruxelles. (Trad. Ileana Ţăroi)