Un avenir radieux – Archives de récits collectifs
Ce documentaire, réalisé par Andra MacMasters et produit par Monica Lăzurean-Gorgan, est une co-production Roumanie-Corée du Sud et traite un épisode tendu de l’histoire récente, qui s’est déroulé au cours de l’été 1989, dans le contexte de la Guerre Froide
Corina Sabău, 28.03.2026, 10:08
Présenté en avant première mondiale, dans le cadre du Festival International du Film d’Amsterdam, le documentaire « Un avenir radieux » réalisé par Andra MacMasters et produit par Monica Lăzurean-Gorgan, a été présenté dans plusieurs événements cinématographiques d’envergure. En Roumanie, le film a été inclus dans la sélection officielle de plusieurs festivals tels que le TIFF (le Festival International du Film Transylvania et le Festival du Film d’Histoire de Rasnov). Il a remporté le prix de la meilleure réalisation de la section Roumanie du Festival de film Astra. Le documentaire est une co-production Roumanie-Corée du Sud et traite un épisode tendu de l’histoire récente, qui s’est déroulé au cours de l’été 1989, dans le contexte de la Guerre Froide. C’était l’unique occasion pour la Corée du Nord d’ouvrir les frontières du pays pour recevoir 20 000 jeunes provenant de 177 pays à la 13e édition du Festival Mondial de la Jeunesse et des Etudiants. Plus de 600 débats, événements culturels et sportifs y ont été organisés, mais le Festival a plutôt eu un caractère politique, car il a visé plusieurs aspects tels la paix, le désarmement nucléaire, la lutte contre l’impérialisme, la crise écologique, les droits des jeunes et des femmes. La délégation roumaine incluant 180 personnes, des étudiants et des jeunes, mais aussi des personnalités du monde politique et culturel, s’est rendue à Pyongyang. La Roumanie a bénéficié d’une position privilégiée grâce aux liens d’amitié les deux pays. Quant au Festival, il s’est déroulé sur toile de fond d’une situation internationale tendue : trois semaines avant l’événement, le gouvernement chinois avait violemment réprimé les manifestations des étudiants de la Place Tienanmen. Qui plus est, le rideau de fer commençait à se fissurer.
Le film « Un avenir radieux » inclut des personnalités connues du monde artistique, telles Silvia Dumitrescu, Loredana Groza, Daniel Iordăchioaie, Dan Bittman, Claudiu Bleonț et Vasile Muraru, ainsi que des représentants politiques et des économistes devenus ensuite des personnalités publiques, telles Adrian Năstase, Mugur Isărescu, Elena Ciocan ou encore Dan Puric.
Les images du documentaire sont issues des archives d’Emilian Urse, un cinéaste amateur qui avait été chargé par le ministre de la Jeunesse de l’époque, Ioan Toma, de se déplacer à Pyongyang pour filmer l’événement. Andra MacMasters nous a raconté :
« En 2017 j’ai travaillé aux côtés d’Emilian Urse sur un ample projet visant la numérisation de l’archive Stud-Film de Bucarest. Il s’agissait du premier ciné-club des étudiants de Roumanie. Le projet s’est achevé avec le lancement de la plateforme cineama.ro, où l’on peut retrouver des films réalisés par des étudiants de 1957 à 1989. Au cours des travaux, Emilian Urse m’a donné plusieurs bobines de film 16 mm incluant les productions des étudiants. Nous les avons numérisées et inclus sur notre plateforme. A cette même occasion, Emilian m’a offert aussi des cassettes vidéo. A la fin des années 1980 il avait une caméra Panasonic VHS, quelque chose d’assez rare en Roumanie. C’est grâce à cet appareil qu’il a réussi à enregistrer plusieurs moments avant 1989 mais aussi dans les années 1990. Nous avons eu la chance de retrouver ces cassettes en très bon état et pas démagnétisées, ce qui a rendu leur numérisation relativement facile. Grâce au soutien de l’Archive Nationale de Film, nous avons réussi à numériser les quatre cassettes, chacune d’une durée de presque trois heures. »
Retranscrire l’atmosphère de toute une époque
Le film « Un avenir radieux » propose plus que des images spectaculaires. Il replace également des images dans un contexte plus large et transmet l’atmosphère des événements internationaux, du Nicaragua au Chili en passant par les pays baltes, la Hongrie, la Chine et les pays du bloc soviétique, qui commençait à se fragiliser. Andra MacMasters :
« Oui, c’est vrai. C’est une hypothèse que nous avons formulé plutôt d’une manière timide à la fin du film : plus précisément, les représentants politiques qui ont pris la commande du pays immédiatement après 1989 disposaient de plus d’informations que nous, les citoyens lambda. Le Festival a eu lieu en été, mais Emilian Urse m’a dit que même à cette période on discutait, par exemple, des protestations qui auraient dû avoir lieu à Prague en novembre. Le Film est également le résultat des recherches avancées au sein des archives internationales, telles Les Archives européennes de Florence, les Archives UNESCO de Paris, et même l’Archive du Département d’études Nord-coréennes, où nous avons même consulté la presse de Corée de Nord. A partir de tous ces fragments nous avons construit un dialogue avec les images filmées à l’époque. Nous avons essayé de retranscrire l’atmosphère qui régnait à l’époque, sans privilégier aucune perspective, ni occidentale, ni socialiste, ni celle des pays non-alignés. Le but de ce festival était en fait d’attirer les pays non- alignés d’un côté ou de l’autre. La délégation de la Roumanie, regardée dans ce contexte, semble coupée de réalité. Malheureusement, je n’ai pas réussi à trouver dans les archives la liste complète des participants. »
Le jury du Festival Astra a motivé la décision d’accorder le prix au film « Un avenir radieux» par « les modalités empathiques de réinterpréter le passé afin de nous encourager à regarder le présent avec un regard neuf, en nous rappelant de la jeunesse comme une force de résistance. Le jury a salué le processus élaboré et original du film consistant à mettre en valeur des images historiques oubliées, en célébrant la vision d’un cinéaste ignoré. La directrice transforme la mémoire en dialogue en reconstituant une fresque poétique et polyphonique. »