Mihai Mincan, une trajectoire prometteuse de « Spre Nord » à « Dinți de lapte »
Présenté en première mondiale dans la section compétitive Orizzonti du Festival international du film de Venise, Dinți de lapte se déroule dans une ville minière en déclin en 1989, à partir de la disparition soudaine d’une petite fille.
Corina Sabău, 17.01.2026, 10:24
En 2022, Mihai Mincan signe ses débuts avec Spre Nord (Vers le nord), un film inspiré d’un fait réel : des migrants cachés sur un cargo. Plus qu’un commentaire social, le réalisateur choisit de transformer ce récit en une réflexion éthique et introspective, proposant un cinéma abstrait et éloigné du réalisme immédiat caractéristique du film roumain contemporain. L’année dernière, Mincan revient avec Dinți de lapte, l’un des films les plus marquants de 2025. Ce long-métrage hybride, mêlant horreur, thriller policier et drame familial, refuse de se cantonner à un genre unique. Présenté en première mondiale dans la section compétitive Orizzonti du Festival international du film de Venise, Dinți de lapte se déroule dans une ville minière en déclin en 1989, à partir de la disparition soudaine d’une petite fille. Le policier chargé de l’enquête (interprété par István Téglás) est limité par le système, tandis que les parents (Marina Palii et Igor Babiac) se trouvent paralysés par la peur et la culpabilité. La tension, l’attente et l’absence de réponses ébranlent progressivement l’équilibre familial. Racontée du point de vue de Maria, la sœur de la fillette disparue (Emma Ioana Mogoș), l’histoire privilégie la perception enfantine et évite toute critique directe du communisme, capturant un monde vu à travers l’innocence et la fragilité d’un regard juvénile. L’intrigue se construit autour des silences, des incompréhensions et des échanges fragmentaires avec d’autres enfants souvent indifférents à la disparition. Le tout est porté par une bande-son rétro – Pet Shop Boys, Hot Butter –, des sons et images des années 1980, et une lumière mélancolique, parfois totalement absente, laissant place à l’obscurité. Mihai Mincan explique que cette perspective est profondément personnelle :
« J’ai choisi le point de vue de Maria pour des raisons en grande partie autobiographiques. Ma fille a eu un début de vie difficile, elle a parlé tard et passait beaucoup de temps à observer le monde par la fenêtre. Elle semblait avoir un univers intérieur riche, souvent silencieux, et traversait des épisodes de terreur nocturne. Je me suis rappelé mes propres peurs enfantines liées à l’obscurité et aux formes inquiétantes. Cela m’a permis d’écrire à partir de ce monde intérieur, celui d’un enfant. De plus, le film traite de solitude et de confusion, et la perspective de l’enfant m’a paru la plus honnête pour rendre ces sentiments. Mon expérience de la Roumanie en 1989, alors que j’avais neuf ans, m’a aussi aidé à comprendre le contexte de la disparition, ce monde vidé de toute énergie vitale, dont je me souviens avec une intensité sensorielle toujours proche de moi. »
La collaboration avec István Téglás
István Téglás incarne le policier chargé de l’enquête. Initialement inquiet face aux clichés associés à ce type de rôle, l’acteur a trouvé dans le scénario une approche nuancée et humaine. Mihai Mincan revient sur leur travail commun :
« J’ai beaucoup discuté avec István, et c’est ce qui l’a convaincu d’accepter le rôle. Dès notre première conversation, je lui ai dit que je voulais créer un milicien différent de ce que l’on voit habituellement dans le cinéma roumain. Je savais ce dont il était capable et ce qu’il pouvait apporter. C’est un homme généreux et un ami, et notre complicité a permis de construire un personnage réaliste : submergé par le système, mais capable d’empathie pour la famille de la petite fille. Je refuse de croire que tous les miliciens de cette époque étaient des brutes ; certains pouvaient ressentir et comprendre la douleur d’une famille. Un tel personnage, conçu uniquement comme une brute, aurait été faux. »
Cette collaboration a permis de donner vie à un personnage ambigu, à la fois prisonnier du système et sensible à la détresse humaine, ajoutant une profondeur psychologique rare au récit. L’esthétique et l’ambiance du film sont renforcées par une équipe technique de premier plan. George Chiper-Lillemark signe la direction de la photographie, Dragoș Apetri assure le montage, tandis que Marius Leftărache et Nicolas Becker composent la musique, et Cyril Holtz supervise le mixage sonore. La scénographie est confiée à Anamaria Țecu, et Dana Păpăruz coordonne la réalisation des costumes. Ensemble, ils contribuent à créer un univers sensoriel où la lumière, le son et l’espace racontent autant l’histoire que les dialogues, enveloppant le spectateur dans l’atmosphère mélancolique et oppressante des années 1980 roumaines.