Les résultats du test PISA — un signal d’alarme
La Roumanie, qui s'est classée avant-dernière de l'UE aux tests PISA, a besoin de changement. Les résultats montrent que plus de la moitié des élèves roumains de 15 ans n'atteignent pas le niveau de base en mathématiques. Même résultat décevant pour 48% d’entre eux en lecture. En sciences, 46% des élèves se situent également en dessous du niveau de base.
Corina Cristea, 09.10.2026, 10:41
Le programme PISA, conduit par l’Organisation de Coopération et de Développement Économiques (OCDE), évalue tous les trois ans des élèves d’environ 15 ans dans des dizaines de pays et d’économies. L’accent n’est pas mis sur la restitution d’une leçon, mais sur l’utilisation des connaissances en mathématiques, en lecture et en sciences dans des situations concrètes. Les résultats constituent une radiographie de ce que le système éducatif parvient à laisser dans l’esprit d’un adolescent à cet âge : la capacité de comprendre, d’appliquer, de raisonner et de résoudre des problèmes. Autrement dit, PISA est un instrument de mesure de la performance du système. Les évaluations les plus récentes ont eu lieu en 2022 et 2025, et les résultats au niveau de l’Union européenne n’ont pas été des plus encourageants. Ceux publiés il y a trois ans montraient en effet qu’environ 30 % des élèves de l’UE n’atteignaient pas le niveau minimum en mathématiques, et environ 25 % ne l’atteignaient pas en lecture et en sciences.
Annoncés en septembre de cette année, les résultats PISA 2025 montrent que les choses ne se sont pas améliorées depuis, en particulier en lecture et en mathématiques, et c’est le moins que l’on puisse dire. La plateforme officielle de la Commission européenne souligne la détérioration des compétences de base et la nécessité d’interventions sur l’engagement des élèves, l’environnement d’apprentissage et l’utilisation de la technologie.
Préoccupée par le déclin sévère des performances scolaires, l’Union prépare des mesures de réponse. En effet, la vice-présidente exécutive de la Commission européenne, la Roumaine Roxana Mînzatu, présentera en novembre un paquet éducatif conçu pour aider les États membres à inverser cette tendance négative concernant les compétences de base.
Un système bloqué dans son paradigme du passé
Marian Staș, professeur, expert en éducation et président de l’Association Club des Leaders du Troisième Millénaire, explique pourquoi ces tests sont importants :
« PISA représente une référence au niveau international — en termes techniques, on appelle ça un benchmark, un étalon. Benchmark signifie que je regarde des statistiques valables à l’échelle mondiale et que je me situe par rapport à elles, parce que j’en fais partie. Or, en ce moment, nous n’avons qu’une confirmation supplémentaire d’une tendance négative concernant la qualité de l’enseignement en Roumanie, qui confirme, année après année, ou itération après itération, notre présence médiocre dans le dernier tiers au niveau mondial et à l’avant-dernière place s’agissant de la performance au sein de l’Union européenne. Évidemment, ce ne sont pas les notes, les classements ou la position en soi qui sont pertinents, car ce n’est pas pour ça qu’on fait l’école, pour bien paraître dans le classement PISA, mais PISA représente une conséquence, un effet d’une cause très, très profonde, qui réside en l’inadéquation fondamentale de l’école comme système en Roumanie aux réalités du siècle. »
Cela ne signifie pas qu’il n’y a pas en Roumanie des enfants aux performances extraordinaires. Bien au contraire, les participations aux olympiades ou à d’autres compétitions internationales placent souvent les enfants roumains sur les podiums. Les résultats PISA révèlent cependant un double problème pour la Roumanie : trop d’enfants qui n’atteignent pas les compétences de base, et trop peu qui parviennent aux niveaux avancés. Cela se traduit par le fait que le système perd simultanément aux deux extrémités : il ne parvient pas suffisamment bien ni à ramener ceux qui sont en retard à un niveau fonctionnel, ni à développer à grande échelle l’excellence.
Dès 2022, les résultats PISA avaient montré une détérioration sans précédent des performances dans de nombreux systèmes éducatifs. Au niveau de l’OCDE, la moyenne en mathématiques affichait une baisse d’environ 15 points par rapport à l’évaluation précédente, et d’environ 10 points en lecture. La pandémie de COVID-19 a sans doute joué un rôle de premier plan dans la mauvaise évolution de cette situation : les écoles ont été fermées, le processus éducatif a été perturbé, et les élèves ont perdu d’importantes périodes d’apprentissage. Mais la pandémie n’explique pas tout, l’analyse de l’OCDE montrant que certaines tendances négatives existaient déjà avant 2020. Y compris en Roumanie, où les résultats en lecture et en sciences ont été relativement stables sur le long terme, tandis que ceux de 2022 en mathématiques étaient inférieurs à ceux de 2012 et de 2015. La conclusion est que la pandémie a accentué un problème existant, sans en être à l’origine.
Le professeur Marian Staș explique encore :
« Le diagnostic fondamental, de mon point de vue, c’est le maintien à 99 % — il y a bien ce 1 % qui commence à changer — du blocage du modèle éducatif roumain dans son paradigme communiste. Un système hypercentralisé du point de vue curriculaire, du point de vue managérial. La deuxième cause, ou deuxième catégorie de causes, est liée, par exemple, à la croissance aberrante du phénomène des cours particuliers, aux disparités et inégalités socio-économiques, démographiques et d’allocation de ressources considérables entre les différents milieux : urbain, semi-urbain, rural, etc. De mon point de vue, si vous me demandiez : bien, et comment faire autrement ? Les deux interventions essentielles seraient les suivantes : l’une, de l’intérieur, de refonte, de transformation structurelle de l’école comme système ; et la seconde, une transformation de l’architecture administrative-territoriale de la Roumanie. Il est impossible que la Roumanie du XXIe siècle fonctionne efficacement sur tous les plans avec une carte administrative-territoriale taillée il y a 50 ans. Comment pourrait-elle encore être valide et donner de bons résultats en économie, en santé, en éducation, en infrastructures et ainsi de suite ? Nous sommes en 2026, au XXIe siècle. »
Le ministère de l’Éducation à Bucarest identifie parmi ses priorités le développement professionnel continu des enseignants, avec un accent mis sur la pratique effective en classe et sur la vérification de la façon dont la formation se traduit en changements réels de l’enseignement. Dans le même temps, davantage de ressources pour les écoles qui rencontrent les plus grandes difficultés, le traitement du milieu rural comme une priorité stratégique, ainsi qu’un accent moindre sur la mémorisation par rapport à l’application pourraient également faire évoluer les choses dans le bon sens. (Trad Ionut Jugureanu)