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La République Autonome Soviétique Socialiste Moldave

En juin 1940, lorsque l'URSS annexa la Bessarabie et la Bucovine du Nord, la RASSM disparut. Elle réapparaîtra cependant en 1991 sous la forme de la Transnistrie, à la dissolution de l'Union soviétique.

Институт технической документации Румынии
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, 08.06.2026, 10:49

L’année 1924 fut une année difficile pour la Roumanie dans ses relations avec son grand voisin et ennemi déclaré, l’Union soviétique. Les actions armées de Tatarbunar, dans le sud de la Bessarabie — en Ukraine aujourd’hui —, organisées par Moscou pour subminer l’autorité de l’État roumain, constituaient une expression ouverte de cette hostilité. Après la liquidation de la rébellion de Tatarbunar, une nouvelle provocation surgissait pour la Roumanie : l’apparition, sur la rive gauche du Dniestr, d’une entité se proclamant État sous le nom de République Autonome Soviétique Socialiste Moldave — la RASSM.

 

Un État fantoche au service de Moscou

 

L’historien Ion Xenofontov, professeur à l’Université de Chișinău, a mis en lumière les raisons de l’apparition de la RASSM. Ecoutons-le :

 

« En 1924, dans le contexte de l’échec de la conférence roumano-soviétique sur la Bessarabie de Vienne et dans le contexte de la défaite des forces hostiles à Tatarbunar, la direction de l’Union soviétique a intensifié la mise en œuvre d’un projet visant à créer un foyer permanent de tensions à l’encontre de la Roumanie. Ce foyer devait également servir à promouvoir la révolution prolétarienne dans les Balkans — donnant ainsi naissance à la RASSM, soit, la République Autonome Soviétique Socialiste Moldave au sein de la RSS d’Ukraine. La RASSM, dont le centre était à Balta, fut fondée en 1924 à des fins politico-propagandistes, pour disposer de prétextes évidents à l’annexion de la Bessarabie à la RASSM et à l’URSS. Dans cette perspective, il fut jugé opportun de traiter la population roumaine de cette région autonome et, par extension, celle de Bessarabie comme une nation distincte de la nation roumaine. Les justifications tirées de l’histoire, de l’idéologie et de la politique soviétiques n’ont pris forme qu’à ce moment-là. »

 

Mais le cas de la création de la RASSM n’était pas singulier, mais plutôt un exemple d’une stratégie bien plus large. Ion Xenofontov :

 

« Selon un mémorandum signé le 4 février 1924 à Moscou par les militants bolcheviks Grigori Kotovski, Pavel Tcacenko, Alexandru Bădulescu et sept autres dirigeants communistes et adressé à la direction de l’URSS, il était déclaré, je cite : « La République moldave pourra jouer le même rôle de facteur politico-propagandiste que joue la République biélorusse vis-à-vis de la Pologne, et la République carélienne vis-à-vis de la Finlande. Elle focalisera l’attention et la sympathie de la population de Bessarabie et créera des prétextes pour les prétentions à l’annexion de la Bessarabie à la République moldave » — fin de citation. Deux jours plus tard, le 6 février, Mikhail Frounze, sollicité par Staline, plaida pour l’inclusion de la République moldave dans le cadre de la RSS d’Ukraine. Le 25 septembre 1924, dans le contexte des événements de Tatarbunar, le Bureau politique du Comité central du Parti communiste bolchevik de toute l’Union soviétique adopta la décision relative à la République Autonome Soviétique Socialiste Moldave. »

 

Une nation inventée, une majorité absente

 

Dans l’organisation administrative soviétique, la RASSM faisait partie de la République soviétique socialiste d’Ukraine. Ion Xenofontov :

 

« Si les dirigeants ukrainiens envisageaient la formation de la République Autonome Soviétique Socialiste Moldave dans le cadre de la RSS d’Ukraine, c’est à l’insistance de Gueorgui Tchitchérine qu’il fut décidé que l’acte de fondation de la RASSM devait mentionner que sa frontière occidentale était la frontière d’État de l’URSS. La troisième session du Comité exécutif central d’Ukraine, de la huitième législature, adopta le 8 octobre 1924 la résolution relative à la création de la RASSM au sein de l’Ukraine. Cette résolution fut considérée comme l’acte fondateur de la nouvelle entité ethno-étatique. La capitale fut fixée à Balta, ville à population majoritairement ukrainienne, avant d’être transférée à Tiraspol en 1929. »

 

La création de la RASSM en 1924 marque en faut la naissance de l’identité moldave soviétique. Ion Xenofontov a nouveau :

 

« Entre 1924 et 1928, après une série de discussions, les hautes instances du Parti à Moscou et en Ukraine, avec la participation de l’Internationale communiste, décidèrent de déclarer que la population roumaine de Transnistrie parlait une langue moldave distincte du roumain, élaborée à partir des parlers locaux. Les Moldaves étaient considérés comme les représentants d’une nation distincte de la nation roumaine, appelée à se réunir avec ceux de Bessarabie. Cette décision marqua l’évolution de la société de la RASSM, et dans la période d’après-guerre celle de la Bessarabie réannexée à l’URSS. Ces actions politico-idéologiques s’inscrivaient dans l’architecture de la politique d’indigénisation de l’URSS, officiellement proclamée au XXe Congrès de Russie en avril 1923, et inspirée par l’Internationale communiste. En avril 1925, l’Internationale communiste émit une recommandation aux partis communistes du monde entier pour qu’ils soutiennent par tous les moyens possibles les aspirations nationales des Moldaves, considérés comme un peuple distinct des Roumains et reconnaissant une langue autonome par rapport au roumain — fin de citation. »

 

Bien que se proclamant républiques de la nation moldave — présentée par la propagande soviétique comme distincte de la nation roumaine —, la RASSM était en réalité une entité à majorité ukrainienne et russe. Ion Xenofontov :

 

« Le nombre de la population moldave fut avancé comme argument pour la formation de cette entité. Le 17 décembre 1926 eut lieu le recensement général de la population de l’Union soviétique, qui estima la population totale de la RASSM à plus de 570.000 personnes selon les données officielles. Le nombre de Moldaves était d’environ 170.000, soit 30,1 % de la population répartie par nationalités. Les Ukrainiens représentaient 277.500 personnes, soit 48,5 % ; les Russes 48.000, soit 8,55 % ; même pourcentage pour les Juifs ; enfin les Allemands 1,8 %. Dans les années 1930, les indices de croissance naturelle de la population diminuèrent en raison des processus de collectivisation et d’industrialisation, de la famine organisée, des répressions politiques et ainsi de suite. Le recensement soviétique de janvier 1939 indiqua qu’en RASSM vivaient 171.000 Moldaves, soit 28,5 %, plus de 300.000 Ukrainiens, soit 50,7 %, et plus de 60.000 Russes, soit 10 %. Autrement dit, les Moldaves ne formaient pas la majorité de la population de l’entité autonome moldave. »

 

En juin 1940, lorsque l’URSS annexa la Bessarabie et la Bucovine du Nord, la RASSM disparut. Elle réapparaîtra cependant en 1991 sous la forme de la Transnistrie, à la dissolution de l’Union soviétique — avec la même vocation qu’en 1924. (Trad. Ionut Jugureanu)

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