La Transylvanie vue autrement
Nous partons aujourd’hui à la découverte de la Transylvanie, aux côtés de Cristian Cismaru de l’association « My Transylvania » /Ma Transylvanie qui fait la promotion de ce que l’on appelle un « tourisme régénératif », à savoir des pratiques censées ravitailler les communautés rurales.
Daniel Onea, 04.06.2026, 09:59
Nous partons aujourd’hui à la découverte de la Transylvanie, aux côtés de Cristian Cismaru de l’association « My Transylvania » /Ma Transylvanie qui fait la promotion de ce que l’on appelle un « tourisme régénératif », à savoir des pratiques censées ravitailler les communautés rurales. Par exemple, « Transylvanian brunch »/ Le brunch de Transylvanie est un concept où la gastronomie locale devient le moyen parfait pour tisser des liens entre les voyageurs et les villageois. S’y ajoute le projet intitulé « Le pays des huttes », une initiative par laquelle les vieux abris des bergers de la zone subalpine sont restaurés à l’aide des bénévoles et des touristes. Les voyageurs sont aussi invités à faire halte dans de véritables oasis de tranquillité, tels que le pittoresque village de Șomartin et de découvrir plus en détail les manières par lesquelles la culture locale est soutenue par l’éducation gastronomique.
Invitation au « Transylvanian brunch »
Pour commencer notre invité Cristian Cismaru nous explique le concept des brunchs transylvains :
« « Transylvanian brunch » a vu le jour il y a 19 ans et c’est un projet qui a déjà atteint sa maturité. C’est un évènement basé sur les attraits de la gastronomie locale et saisonnière, créé dans le but d’attirer davantage de visiteurs dans les zones rurales. Notre principal objectif est de soutenir les communautés locales et de leur offrir une chance de se développer par l’écotourisme. Pratiquement, il s’agit d’un repas communautaire lors duquel les participants goûtent aux plats préparés par les villageois. Mais les préparatifs démarrent quelques jours à l’avance et un autre objectif est de présenter aux touristes les histoires des parages. L’évènement comporte trois composantes : les deux premières heures sont réservées à la gastronomie, une étape qui permet aux visiteurs de découvrir des recettes anciennes des repas de noces par exemple ou bien les différentes spécialités locales. Suit l’exploration des monuments du village et des alentours. La dernière partie est un atelier pratique durant lequel les participants apprennent un métier traditionnel en créant eux-mêmes un souvenir authentique de cette zone. Voilà donc, la nourriture est le principal élément qui attire les gens dans les villages, mais par la suite, nous leur racontons les histoires des monuments naturels et historiques qui nécessitent une meilleure protection ou restauration. Ainsi, un évènement purement gastronomique, devient-il un moment caritatif en égale mesure ».
« Le Pays des Huttes », un projet de restauration du patrimoine local
Après avoir traversé les collines de la Transylvanie, en s’arrêtant aussi au pied des montagnes, ces initiatives remontent aussi en altitude. Un exemple éloquent en est le projet qui mêle effort communautaire, tourisme de niche et sport de montagne. Cristian Cismaru explique :
« « Le Pays des Huttes » est un projet mené dans la zone subalpine et alpine du département de Sibiu, au croisement des Monts Lotrului et Cindrel. À la différence des évènements de la zone des collines, celui-ci est conçu avant tout pour la communauté. Chaque année, dans le cadre d’une école d’été, les étudiants en architecture viennent rénover le toit d’une maison ancienne. La tôle qui surchauffe durant l’été et altère le paysage, est remplacée par du bardeau traditionnel. Le grenier est transformé en une chambre où les touristes peuvent dormir sur des matelas remplis annuellement de paille, qui leur offrira tout le confort nécessaire. Afin de financer ces restaurations, nous organisons une course à pied en montagne, intitulée « Burduf challenge » (La course du fromage « burduf »). L’évènement met à l’honneur le produit emblématique de la zone de Râu Sadului, le fromage de « burduf» . Et pour cause : vers la fête de Saint Elie, du 20 juillet, les chevaux descendent de la montagne et apportent le premier fromage de ce type de l’année qui est servi aux participants du village. Une partie de la taxe d’inscription à la course à pied va directement à la restauration des maisons. On crée ainsi un écosystème où les passionnés de la randonnée ou de la course à pied, peuvent soutenir directement la conservation du patrimoine de montagne ».
« L’histoire du pain » et « L’histoire du fromage »
Revaloriser le patrimoine montagnard va main dans la main avec la protection des recettes anciennes. La gastronomie reste donc un pilier central de l’identité locale de toute communauté, comme nous le dit notre invité Cristian Cismaru, de l’association « My Transylvania » qui fait la promotion d’un tourisme lent. Conserver l’identité locale présuppose aussi une documentation attentive des techniques traditionnelles. Cristian Cismaru raconte:
« Nous avons documenté deux thématiques essentielles : « L’histoire du pain » et « L’histoire du fromage ». Le but en a été de prouver que la nature offrait les ingrédients de base, mais que l’implication humaine et la culture locales étaient celles qui apportaient de la valeur ajoutée. Nous avons mené des recherches dans une zone assez restreinte où nous avons documenté tous les types de pain existant sur place, à commencer par le pain le plus simple, jusqu’à ceux préparés d’après des recettes anciennes, en utilisant différents types de levain, ayant une consistance danse et une couleur foncée. Nous avons exposé toutes ces histoires dans le milieu en ligne, afin de souligner l’effort des gens qui respectent et mettent en valeur les ingrédients naturels ».
Le visiteur n’est plus un simple spectateur
Cette approche où le visiteur n’est plus un simple spectateur, mais devient aussi une partie active de la communauté, définit en fait une nouvelle manière de voyager de plus en plus appréciée par les touristes étrangers notamment, comme nous le dit notre invité :
« Nous faisons une promotion intense de ce concept que nous appelons « tourisme régénératif ». En participant à un évènement caritatif pour la restauration d’une église fortifiée ou un concours sportif pour la rénovation d’une maison ancienne, le touriste contribue lui-même à la conservation de la zone. Les métiers locaux, qu’il s’agisse du travail du bois, de la fabrication du bardeau, de la fabrication du fromage ou d’autres travaux manuels, tout est présenté en tant que partie intégrante de l’expérience touristique. Le touriste est donc invité à s’adapter au rythme local : s’il arrive le soir, il peut aider à traire les moutons. S’il arrive dans la journée, il peut participer au fauchage du foin. En fait, c’est un changement de paradigme que nous proposons. Les touristes étrangers sont souvent très réceptifs à ces activités qui, pour les habitants des parages ne sont que des travaux de routine, pas nécessairement une forme de récréation ».
Refuge en nature, loin du tourisme de masse
À part le travail côte à côte avec les habitants des parages, la Transylvanie s’avère aussi le refuge parfait pour tous ceux à la recherche de la déconnexion totale à des endroits où le tourisme de masse n’est pas encore arrivé. Cristian Cismaru nous donne quelques exemples.
« J’adore les zones qui sont restés tranquilles, où il n’y a pas de trafic intense et où le tourisme de masse n’est pas encore arrivé. Je vous recommande chaleureusement un triangle de village de la zone du plateau Hârtibaciului: Șomartin, Săsăuș et Veseud. Pour s’y rendre, il faut vraiment le vouloir. Mais une fois sur place, on a toujours devant ses yeux le panorama des monts de Fagaras et on est entourés d’églises fortifiées. On y trouve un silence profond qui t’invite à écouter les oiseaux qui chantent et à sentir le parfum des prairies. C’est un endroit que je vous recommande à tout moment. En effet, nous vous attendons les bras ouverts dans nos villages de Transylvanie, où les gens font encore les choses de leurs propres mains, avec joie et talent. Notre rôle n’est pas seulement de les guider afin de s’ouvrir aux visiteurs. Nous espérons que les attractions que nous mettons en avant méritent l’effort du voyage. Une fois sur place, vous allez expérimenter ce que nous appelons « un temps qui se dilate ». Car ici, le temps s’écoule autrement, sans doute. On vous attend nombreux ! »
Voilà, donc, une nouvelle dimension du tourisme, dans le plein respect de la nature, du patrimoine et du travail de la communauté locale. Lorsque tout cela devient une priorité, un voyage à travers les villages de Transylvanie n’est plus une simple évasion du milieu urbain, c’est un retour aux valeurs fondamentales et une opportunité directe de contribuer à l’avenir des communautés locales. (trad. Valentina Beleavski)