Paul Jamet (France) – La Roumanie et la Moldavie à l’Eurovision 2026
"Le président de la télévision publique moldave démissionne à cause de l'attribution de 3 points seulement par le jury moldave à la chanteuse roumaine lors du dernier concours de l'Eurovision ! Le jury n'a pas tenu compte de la proximité linguistique, culturelle et géographique des deux pays ! Tempête dans un verre d'eau ou réelle brouille alors que la Roumanie a obtenu l'honorable troisième place ? Une telle démission pour cela ?" s'interroge notre auditeur.
Valentina Beleavski, 24.07.2026, 10:26
Cher ami, votre réaction à la démission du président de la télévision publique moldave, après l’attribution de seulement trois points à la candidate roumaine à l’Eurovision, soulève, effectivement, plusieurs questions essentielles : la place du divertissement dans nos sociétés, l’influence du contexte géopolitique sur des votes supposés artistiques, et surtout la manière dont l’information est traitée et reçue.
Vous le dites : trois points, une démission… et beaucoup d’émotions. On pourrait bien dire une tempête dans un verre, mais que l’on veuille ou pas, que l’on accepte ou pas, l’Eurovision est devenu, depuis des années déjà, un espace où se croisent affinités culturelles, solidarités régionales, enjeux politiques et parfois pressions nationales. Ce n’est plus un secret. En fait, on s’attend à ce que nos voisins nous soutiennent et l’on a bien tendance à soutenir nos voisins en priorité. C’est normal ? Ce n’est pas normal ? A chacun de juger pour soi-même, mais c’est bien l’état des choses.
Quant à la République de Moldova et la Roumanie, nos liens sont très forts depuis toujours, et pour nous c’est normal de nous soutenir. Vous allez sans doute jouer la carte de l’objectivité et là, vous avez raison : il faut soutenir les bonnes chansons. Mais cette année, la chanson roumaine était excellente, la présence sur scène d’Alexandra Capitanescu aussi, elle est une jeune chanteuse extraordinaire, à mon avis, une des peu nombreuses femmes qui chantent du rock aujourd’hui et la seule de Roumanie, si j’ose dire. Plus encore, ses qualités vocales sont incontestables. C’est de là qu’est née lasurprise : cette chanson ne méritait pas du tout trois points seulement.
M Jamet, vous soulignez aussi la politisation croissante du concours, notamment autour des débats sur le boycott ou sur la présence de certains pays. C’est, effectivement, un constat partagé par de nombreux observateurs. L’Eurovision, autrefois simple fête de la chanson, est devenu un miroir des tensions internationales. Là, un ample débat sur le rôle de la musique en particulier et de l’art en général se lance. Et on ne peut pas le nier, la musique a toujours été une plate-forme pour s’exprimer librement, pour militer, pour dire les choses difficile à dire autrement. Donc, l’Eurovision ne pouvait pas y échapper, à mon avis.
Quant à la Roumanie, maintenant, l’Eurovision est déjà derrière nous. La réussite d’Alexandra Capitanescu est importante, elle restera un moment important dans le mental collectif, sans nul doute.
Quant au vote du jury moldave, on n’y pense même plus, car le vote du public a bien compensé. Comment la note et la démission qui a suivi ont a été perçues à ce moment-là ? Les réactions y étaient contrastées : certains commentateurs y ont vu une simple maladresse ou un excès de zèle administratif, d’autres ont accusé une blessure symbolique, surtout dans un contexte où les relations culturelles entre Bucarest et Chișinău sont souvent scrutées de près. Enfin, beaucoup de gens ont relativisé les choses, s’appuyant sur le fait que la Roumanie a obtenu une très honorable troisième place, ce qui a été largement salué.