L’Art de la traduction littéraire
...un sujet proposé par M.Paul Jamet, de France.
Ioana Stăncescu, 10.07.2026, 10:22
Je voudrais vous inviter dans les minutes suivantes en France pour un petit coucou amical à notre ami Paul Jamet. Récemment, notre auditeur m’a envoyé un lien vers une émission diffusée sur France Culture où deux traductrices étaient invitées à parler de l’Art de la traduction littéraire. Comment traduire une œuvre sans la trahir ? Faut-il privilégier la langue d’origine ou celle du lecteur ? Josée Kamoun et Valérie Zenatti ont donné leur opinion sur le métier de traducteur, sur la fidélité envers le texte, mais aussi sur les défis de la traduction littéraire à l’heure de l’intelligence artificielle.
Dans son intervention sur les ondes de France Culturel, Valérie Zenatti a affirmé « Lorsque je suis face à une répétition, je n’ai pas une position de principe ou dogmatique. Je vais la restituer ou non en fonction de la musicalité en français ». Quant à Josée Kamoun, elle a raconté qu’elle luttait depuis des décennies pour préserver certaines répétitions voulues par les auteurs : « À force de vouloir substituer un mot complexe à un mot relativement simple et fluide, vous avez une traduction qui sent la traduction, parce qu’elle est ampoulée », a-t-elle déclaré.
Ces propos m’ont fait penser à une enquête que la publication littéraire de Roumanie, Dilema veche a menée auprès de plusieurs traducteurs roumains, en partant de l’expression latine « Traduttore, traditore », qui signifie « traduire c’est trahir ».
Traduire c’est trahir
Pour Simina Popa, membre de l’Association des traducteurs littéraires et traductrice en roumain de grands noms de la littérature portugaise, tels José Saramago ou encore de Luis Peixoto, cette expression Traduttore, traditore risque de semer la méfiance du public envers la profession de traducteur. Il faut, dit-elle, que les écrivains fassent confiance à leurs traducteurs. Que les lecteurs leur fassent confiance aussi. Pareil pour les éditeurs. Quant il s’agit d’une traduction littéraire, les chemins sont multiples. Il n’y a pas qu’un seul mot pour traduire un autre. Or, ce métier, c’est un métier plein de subjectivité. Le traducteur a le droit et la possibilité de choisir parmi plusieurs mots. Peut-être que d’une certaine manière, il finit par trahir le texte de base, mais cette trahison se produit seulement en rapport avec les autres possibilités de traductions.
D’ailleurs, cette idée est soutenue aussi par les deux traductrices invitées sur France Culture. Josée Kamoun considère que la traduction est « une science merveilleusement inexacte » et que « l’œuvre ne trouve pas de dernière demeure ». Quant à Valérie Zenatti, elle affirme « qu’il y a un infini dans la traduction. »
Pour Claudiu Sfirschi Laudat, traducteur roumain du grec, « à chaque fois lorsqu’un traducteur entame une nouvelle traduction littéraire, il le fait avec l’idéal de la fidélité à l’esprit, mais il termine toujours la traduction avec un goût amer de trahison. Ce n’est pas parce que nous serions des traîtres, mais précisément parce que nous sommes nous-mêmes les premiers trahis – à savoir par notre propre langue. Les limites du langage deviennent celles de la traduction, et ainsi, la traduction n’est plus une trahison, c’est une adaptation, de l’inventivité, c’est la liberté dans un espace restreint, c’est de l’empathie.
Et puisque c’est de l’empathie, comment une Intelligence artificielle pourrait-elle remplacer le traducteur, sa sensibilité, le choix des mots, la mélodie de la phrase ? Lors du débat diffusé sur France Culture, Valérie Zenatti reconnait que l’IA est une concurrente potentielle. Pourtant, la traduction qu’elle arrive à produire est « privée de singularité », elle n’a pas de souffle. Une idée partagée également par Josée Kamoun selon laquelle « la richesse de la traduction n’est pas seulement la qualité du résultat : c’est le regard singulier de chaque traducteur ».
Cher Paul Jamet, merci encore une fois d’avoir partagé avec nous le lien de ce débat très intéressant sur un sujet d’actualité. J’espère avoir bientôt de vos nouvelles et à bientôt de vous lire !