La Roumanie et ses leaders face à l’européanisation du parapluie nucléaire français
« A travers le temps les gestes d’allégeance de la Roumanie en faveur des Etats-Unis se sont multipliées.(…) Maintenant on peut se demander si cette stratégie est toujours valable » Sergiu Miscoiu, politologue et professeur à l'Université Babes-Bolyai de Cluj.
Alex Diaconescu, 11.03.2026, 14:38
La Roumanie aurait été invitée par la France à participer à des discussions portant sur le dispositif de dissuasion nucléaire. C’est un des sujets longuement débattu en Roumanie en ce début mars. L’information aurait été confirmée par la ministre roumaine des Affaires Etrangères, Oana Toiu à l’issue d’une visite en Pologne, pays avec lequel la Roumanie déroule un partenariat stratégique. Les questions se sont multipliées durant les journées qui ont suivi cette déclaration pour culminer par les précisions du président roumain, Nicusor Dan, faites quelques jours plus tard également en Pologne selon lequel la Roumanie se trouve déjà sous le parapluie nucléaire offert par l’OTAN. Il a précisé : « Pour ce qui est de la France, la Roumanie déroule déjà un partenariat stratégique avec ce pays s’étendant sur plusieurs paliers. C’est un partenariat qui ne fait que se développer et je m’arrête là ». Ce sont des propos que nombre de commentateurs ont déchiffré comme un refus de la Roumanie de participer à la démarche lancée par la France. Et pendant ce laps de temps, les commentaires se sont enchainés en Roumanie, avec beaucoup de questions et très peu de réponses. C’est justement pour décortiquer cet épisode que nous avons avec nous par téléphone le politologue Sergiu Miscoiu, professeur à l’Université Babes-Bolyai de Cluj. Bonjour et merci d’être avec nous.
Qu’est-ce que participer au « parapluie nucléaire » français?
Que signifie précisément faire partie du système de dissuasion nucléaire de la France ? D’ailleurs, très peu de Roumains ont compris ce que signifie effectivement cette proposition et que certains ont entendu pour la première fois l’expression « le parapluie nucléaire ». Comment expliquer la réaction du président roumain ?
Sergiu Miscoiu « Il faut dire que c’est un concept général, c’est un concept abstrait. La proposition du président Macron n’a pas été particulièrement précise. Il a voulu mettre en discussion un sujet et donc techniquement il est très difficile de comprendre à quoi il pensait exactement, dans la mesure où c’était dans l’intention du président Macron de formuler une proposition d’une grande généralité afin d’entamer une discussion et puis plus ou moins de tester les opinions des Etats européens. « Parapluie nucléaire » veut dire beaucoup de choses. Ca pourrait aller de la présence proprement-dite des éléments de dissuasion nucléaire, telles des avions, des ogives nucléaires, des éléments stratégiques nucléaires, des éléments logistiques et technologiques qui font de l’appui au développement des armes jusqu’à la participation à des opérations de construction d’installations nucléaires sur le territoire roumain. Donc on peut avoir une fourchette particulièrement large. Je crois que l’intention du président Macron a été d’abord de proposer un débat avec les pays invités, avant de préciser en fonction de leurs réactions respectives. Nous constatons que les réactions ont été partagées, allant d’un oui ouvert jusqu’à beaucoup de prudence comme ce fut le cas de la Roumanie. »
Comment s’explique la réaction du président roumain ?
Sergiu Miscoiu : « Le président roumain est lui-même peut-être lui-même convaincu que l’Alliance avec les Etats Unis est l’alliance principale du point de vue stratégique et que tout autre forme d’Alliance qui ne soit pas sanctionnée directement par les Etats Unis risque de perturber d’une manière totale cette relation. »