Crise politique en Roumanie
A Bucarest, le libéral Ilie Bolojan poursuit son mandat à la tête du gouvernement, même si le PSD a décidé de lui retirer le soutien politique.
Corina Cristea, 21.04.2026, 12:17
Divorce sur la scène politique roumaine
Le divorce entre le principal parti de la coalition gouvernementale à Bucarest, le PSD et le premier ministre libéral Ilie Bolojan s’est produit lundi suite à la décision de 97,7% des 5 000 sociaux-démocrates. Ils se sont exprimés dans le cadre d’une consultation interne organisée par le leader du parti, Sorin Grindeanu.
Le Parti Social-Démocrate, le Parti Natioanl Libéral, l’Union Sauvez la Roumanie et l’Union Démocrate Magyare de Roumanie ont entamé la coalition gouvernementale il y a 10 mois afin de remplir une mission loin d’être facile : redresser la situation économique du pays marquée par un déficit budgétaire et un taux d’inflation extrêmement élevés. La solution mise en œuvre : de très impopulaires mesures d’austérité, que le PSD pointe du doigt depuis plusieurs mois déjà.
Des accusations extrêmement dures à l’adresse du chef de l’Exécutif
Dans le discours prononcé devant ses collègues du PSD, Sorin Grindeanu a lancé des accusations extrêmement dures à l’adresse du chef de l’Exécutif, déplorant, entre autres les dégâts économiques et la baisse du pouvoir d’achat de la population.
« Cette gestion gouvernementale désastreuse doit cesser. Aujourd’hui nous devons faire un changement avant qu’il ne soit trop tard. Trop tard pour les milliards du PNRR, trop tard pour tout espoir de relance économique cette année, trop tard pour pouvoir redresser le niveau de vie de chaque Roumain. Nous avons besoin d’un nouveau modèle économique et social, mis en œuvre par un homme qui privilégie le dialogue au pouvoir. »
Ilie Bolojan ne quitte pas ses fonctions
Ilie Bolojan a critiquéla décision des sociaux-démocrates et annoncé qu’il continuerait d’exercer son mandat de Premier ministre afin de garantir la stabilité du gouvernement. Il a précisé que les décisions prises jusqu’à présent avaient été assumées par tous les partis de la coalition, y compris par le PSD :
« Nous continuerons à assurer le gouvernement afin de bien traverser cette période compliquée pour notre pays. C’est une décision irresponsable, étant donné le contexte international, parce que plusieurs crises se superposent, ce qui signifie qu’hormis les problèmes qui découlent de la stagnation de l’économie européenne ces dernières années, il y a une crise générée par la guerre du Golfe, nous avons nos problèmes de déficit et tout homme d’Etat qui se considère responsable durant une telle période cherche à renforcer son pays et son économie et non pas à l’affaiblir, comme cela se passe suite aux décisions prises par le PSD. »
Réactions
L’USR a également critiqué la décision des sociaux-démocrates, qu’elle juge prise à un moment où la Roumanie a besoin de fonds européens pour poursuivre ses réformes. Le président du parti, Dominic Fritz, a déclaré que « des contrats d’une valeur de 16 milliards d’euros sont sur le point d’être signés pour le programme SAFE. Plus de 10 milliards d’euros provenant du PNRR sont en jeu. Des réformes doivent être menées au sein des institutions de l’Etat et il semble que pour le PSD, l’enjeu soit en réalité la perte de contrôle sur ces sommes.»
Le président de l’UDMR, Kelemen Hunor, a laissé entendre que l’attitude du PSD était inappropriée et a évoqué le contexte économique difficile que connaît la Roumanie. Le parti a annoncé qu’il ne retirerait pas ses ministres du gouvernement actuel et qu’il ne voterait pas de motion de censure contre le gouvernement.
Dans l’opposition, l’Alliance pour l’unité des Roumains (AUR) réclame des élections anticipées et son chef, George Simion, a déclaré que l’AUR déposerait sa propre motion de censure contre le gouvernement. En sa qualité de médiateur, le président du pays, Nicușor Dan, a annoncé qu’il organiserait autant de consultations que nécessaire pour trouver une solution stable pour le pays. (trad. Alex Diaconescu)