Une loi historique érige le féminicide en priorité nationale en Roumanie
La loi relative à la prévention et à la lutte contre le féminicide et les violences qui le précèdent a été publiée jeudi au Journal officiel
Mihai Pelin, 24.04.2026, 12:08
Le président roumain Nicușor Dan a promulgué une loi majeure consacrée à la prévention et à la lutte contre le féminicide, qualifiée d’« étape décisive » dans la reconnaissance et la prise en charge des violences faites aux femmes. Longtemps relégué au second plan, ce phénomène a produit des conséquences dramatiques, désormais reconnues au plus haut sommet de l’État. Pour le chef de l’État, ce texte répond à une « réalité douloureuse » que les institutions ont l’obligation de corriger. Il instaure un cadre juridique renforcé, combinant sanctions accrues et dispositifs de prévention, afin de mieux anticiper les situations à risque. Nicușor Dan a également salué la mobilisation transpartisane des parlementaires, soulignant leur capacité à s’accorder sur la gravité du phénomène et à traduire cette prise de conscience en réformes concrètes. Au-delà de son volet répressif, la loi ambitionne de transformer en profondeur l’approche institutionnelle des violences de genre. Elle vise à doter les autorités d’outils opérationnels pour intervenir en amont des drames, tout en contribuant à l’émergence d’un système judiciaire plus attentif aux victimes. L’objectif affiché : non seulement sanctionner les auteurs, mais aussi prévenir les violences et mieux comprendre les mécanismes qui les sous-tendent.
Un arsenal juridique renforcé face à une urgence sociétale
Le texte introduit une définition explicite du féminicide, entendu comme le meurtre intentionnel d’une femme, y compris les mineures, ou toute violence ayant entraîné sa mort. Désormais, ces crimes seront sanctionnés au même titre qu’un homicide aggravé, passible de peines de six à douze ans d’emprisonnement, avec des sanctions alourdies lorsque les faits sont commis au sein du cercle familial. La loi consolide également la protection des victimes de violences domestiques. Toute violation d’une ordonnance de protection déclenchera automatiquement des poursuites pénales, indépendamment de la volonté de la victime, marquant un tournant dans la prise en charge judiciaire de ces affaires. Ce texte s’inscrit dans un contexte de forte mobilisation de la société civile, après une série de féminicides survenus en 2025, qui ont suscité manifestations et pétitions à l’échelle nationale. Déposée en octobre de la même année, l’initiative législative a recueilli un soutien inédit au Parlement, avec plus de 270 signatures issues de l’ensemble de l’échiquier politique. Adoptée il y a un mois par la Chambre des députés, elle apparaît aujourd’hui comme une réponse institutionnelle forte à une urgence sociétale devenue incontournable.