Internet : une space bénéfique ou dangereux pour les jeunes ?
Défis viraux, pièges numériques et lois essayant de suivre le rythme d'une réalité en constante changement. Radio Roumanie a condui en mars dernier la campagne « Restez en sécurité en ligne », une campagne de sensibilisation qui met en lumière les risques réels d'une consommation irresponsable d'Internet et des réseaux sociaux chez les enfants et les adolescents. Aujourd'hui, en compagnie d'AlinaBîzgă, Security Analist à la compagnie Bitdefender, nous mettons sous la loupe les risques auxquels les jeunes sont exposés sur Internet et ce que signifie en vérité la sécurité numérique en 2026
Vlad Palcu, 16.05.2026, 09:55
Aujourd’hui, pour des millions de jeunes, Internet n’est plus seulement un espace de détente ou une source d’information. Il est devenu le lieu où, en quelques secondes, des relations se tissent, des identités se construisent et des décisions parfois risquées sont prises.Selon des données récentes, 90 % des enfants âgés de 10 à 18 ans utilisent Internet quotidiennement, y passant en moyenne entre 4 et 6 heures par jour. Ainsi, les réseaux sociaux deviennent leurs principales sources de validation et de pression sociale. Parallèlement, selon la Children’s Phone Association, le harcèlement en ligne a augmenté de 73 % en 2025 par rapport à 2024. Un enfant sur quatre déclare être victime de cyberharcèlement, de manipulation ou de chantage. En parallèle, les défis viraux, la désinformation et la fraude numérique se multiplient.
A l’échelle mondiale, le signal d’alarme a été tiré par des législateurs. Par le biais du règlement sur les services numériques (DSA), le Parlement européen a déjà appelé à fixer à 16 ans l’âge limite d’accès aux plateformes de médias sociaux, à interdire les algorithmes de recommandation basés sur l’utilisation et à prendre des mesures urgentes contre les contenus générés par intelligence artificielle, notamment les deepfakes.
Quant aux autorités nationales, elles aussi ont adopté des décisions visant à limiter les risques auxquels les jeunes sont exposés en ligne. L’Australie a mis en œuvre, dès décembre 2025, une mesure inédite dans le monde démocratique : l’accès à des plateformes telles queTikTok, Instagram, Facebook ou Snapchata été interdit aux enfants de moins de 16 ans, tandis que les entreprises qui ne respectent pas cette règle peuvent recevoir des amendes allant jusqu’à 28 millions d’euros. Le Danemark prépare une interdiction similaire pour les enfants âgés de moins de 15 ans, l’Espagne travaille sur un projet qui exigera le consentement des tuteurs légaux et la Norvège envisage des mesures similaires. En France, la question de la« majorité numérique » fait l’objet de débats houleux,alors que la Roumanie organise des discussionspour fixer ou nonl’âge du consentement numérique à 16 ans.
Mais dans quelle mesure les lois peuvent-elles nous protéger dans un espace où les dangers évoluent plus vite que la réglementation ? L’éducation et l’accès à une information correcte figurent parmi les solutions recommandées. La campagne #StaySafeOnNet, menée par Radio Romania en mars dernier, s’inscrit dans cette volonté de rapprocher l’information des jeunes et de leurs parents. Cette initiative bénéficie du soutien d’experts en cybersécurité.
Bitdefender, l’une des entreprises de cybersécurité les plus réputées au monde, bénéficiant de millions d’utilisateurs, a rejoint la campagne #StaySafeOnNetafin d’ apporter son expertise et des perspectives essentielles pour la sécurité des utilisateurs, notamment des plus jeunes.
L’un des sujets les plus sensibles aujourd’hui est celui des défis viraux, ces tendances qui, à première vue inoffensives, peuvent rapidement devenir dangereuses. Nous avons rencontré AlinaBîzgă, spécialiste en cybersécurité activement impliquée dans des projets d’éducation numérique pour les jeunes en Roumanie et à l’étranger.Nous l’avons d’abord interrogée sur les signaux d’alerte, ces indices qui devraient nous inciter à la prudence avant de cliquer, et sur la manière dont les algorithmes transforment une simple curiosité en pression sociale.
« Je pense que tout part de la manière du fonctionnement de ces plateformes. Les algorithmes ne reflètent pas forcément ce qui est sûr et équitable. Au contraire, ils cherchent à attirer l’attention, et les contenus choquants, provocateurs ou à risque sont mis en avant beaucoup plus rapidement. C’est ainsi que la simple curiosité se transforme en pression sociale. Les jeunes voient le même type de contenu partout et ont l’impression que tout le monde le fait. Pour les jeunes très connectés, il devient très facile de participer pour ne pas être marginalisé. En guise de signaux d’alarme, je dirais que si quelque chose vous pousse à agir d’une manière précipitée, si cela semble extrême, trop beau pour être vrai, ou si cela vous incite à prendre des risques juste pour le nombre de vues, c’est un signe clair qu’il faut s’arrêter. »
Interdire – ou non – les réseaux sociaux aux enfants de moins de 16 ans ?
« Dépêche-toi. Sois le premier. Fais-le ! » Voilà le langage employé par les algorithmes. La génération connectée est la cible principale, non pas pour sa naïveté, mais parce que c’est ainsi que fonctionnent les plateformes : elles sont conçues pour créer cette sensation là où le niveau d’utilisation est le plus élevé. Pour nous pousser dans une course contre la montre, au rythme de nos propres pulsions. L’algorithme est dépourvu d’éthique, il ne voit que des chiffres :le nombre de vues, de partages et de rétention.C’est pourquoi on s’interroge sur la« majorité numérique ». Alina Bîzgă nous répond
« La maturité numérique s’acquiert avec le temps, l’expérience, les erreurs et surtout l’éducation. Ceux qui attaquent ne tiennent pas compte de l’âge : ils peuvent nous cibler à 16 ans, mais tout aussi facilement à 80 ans. S’ils peuvent exploiter une erreur ou une vulnérabilité, ils le feront sans hésiter. Chaque jour, on voit des adultes tomber dans des pièges, surtout car les scams sont encore plus convaincants grâce à l’intelligence artificielle. »
Un message difficile, mais nécessaire : l’âge ne protège pas. La loi fournit un cadre, mais à la vitesse d’Internet, elle ne peut empêcher de cliquer par erreur. La véritable défensepasse par la vérification de l’information et l’esprit critique. Il ne suffit pas de savoir que l’on est protégé sur le papier ou comment fonctionne le danger caché derrière un écran.
Dans un monde où la frontière entre la fiction et la réalité est de plus en plus fragile, la sécurité en ligne n’est plus une option, mais une nécessité. Des campagnes comme #StaySafeOnline, qui vient de se terminer, nous rappellent que la technologie évolue rapidement, mais que la responsabilité doit suivre le même rythme.