Cristian Mungiu déplore le sous-financement du cinéma roumain
Le réalisateur roumain Cristian Mungiu a entamé les démarches pour organiser la première projection en Roumanie de son film « Fjord », récemment primé de la Palme d’or au festival de Cannes.
Mihai Pelin, 02.06.2026, 11:43
La Palme d’or pour « Fjord » de Cristian Mungiu
« Fjord », le plus récent long-métrage du roumain Cristian Mungiu, qui vient de remporter la Palme d’or au Festival de Cannes cette année, sera projeté dans environ 90 cinémas à travers la Roumanie le 13 juin prochain. « Il s’agit d’une avant-première censée donner la possibilité au public roumain aussi, qui s’est dit très curieux après le festival de Cannes, de voir le film aussi vite que possible, alors qu’il faudra attendre encore un certain temps avant la première qui pourra avoir lieu à peine à la fin de cette année, voire en début de l’année prochaine », a déclaré Cristian Mungiu.
Le sous-financement chronique du cinéma roumain
Il s’attend à ce que l’Etat roumain rend à la culture roumaine en général et au cinéma en particulier, leur place bien méritée, étant donné que les cinéastes roumains ont rempli leur mission culturelle, en apportant de nombreux prix qui appartiennent, en fait, à la Roumanie tout entière. Il attire l’attention sur le fait qu’en Roumanie le cinéma est toujours sous-financé, et qu’en fait parmi les fonds prévus par la loi, certaines sommes n’ont jamais été reçues, alors que la dette accumulée jusqu’ici dépasse les 130 millions d’euros. « Le cinéma roumain ne reçoit pas d’argent du budget de l’Etat et la mise en application de cette loi ne nécessite pas d’allocation de fonds, ni de modification législative mais, tout simplement un ordre de la part du ministère des Finances et celui de la Culture », a encore souligné le réalisateur. Il signale en même temps qu’il est nécessaire d’inclure la publicité numérique sur la liste des sources qui alimentent les fonds publics destinés au cinéma, estimant qu’il est important de trouver aussi un financement national ou européen, afin de doter les cinémas et les maisons de culture de Roumanie, qui appartiennent encore à l’Etat.
« Fjord », multi-récompensé à Cannes
Tout cela dans le contexte où Cristian Mungiu revient au centre de l’attention internationale après son premier triomphe à Cannes en 2007, avec le film « 4 mois, 3 semaines et 2 jours », une histoire tragique sur les IVG clandestines à l’époque communiste. Cette fois-ci « Fjord » a impressionné tant la critique que le jury dès le premier jour du festival. A part la Palme d’or du meilleur long-métrage, le film a reçu quatre autres distinctions à Cannes : le prix du jury œcuménique, le prix de la Fédération internationale des critiques du film (FIPRESCI), le Prix de la citoyenneté et le prix « François Chalais » – une distinction accordée au film, reflétant de la manière la plus fidèle la réalité du monde contemporain, en concordance avec les valeurs du journalisme.
Une nouvelle histoire troublante
A noter que Cristian Mungiu qui signe également le scénario de ce long-métrage, raconte cette fois-ci, une histoire qui se passe en Norvège où un couple évangélique et très pieux roumano-norvégien s’installe avec ses cinq enfants et semble s’intégrer sans problèmes au sein d’une société qui proclame sa tolérance et son respect face aux minorités en tout genre. Pourtant, tout change du jour au lendemain, au moment où des suspicions de violence domestique contre les enfants se font jour. Les autorités norvégiennes commencent à regarder d’un œil critiques les deux époux, à mettre en cause leur éducation stricte qui exclut entre autres l’utilisation des plates-formes vidéo et des smartphones et elles n’hésitent même pas à critiquer leur foi. Les tensions s’accumulent jusqu’à ce que les autorités déclenchent une procédure d’institutionnalisation des enfants, y compris le cadet, un nouveau-né encore allaité par sa mère. (trad. Valentina Beleavski)