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Qui permet au domaine de la culture de rester vivant ?

En 2026, l’Etat roumain a alloué 1,44 milliards de lei (quelque 277 millions d’euros) au budget du ministère de la Culture, soit moins de 0,1% du PIB.

Castelul Banffy (sursă foto: @
Castelul Banffy (sursă foto: @

, 10.06.2026, 10:20

Malgré les ressources insuffisantes, la communauté d’artistes de Roumanie ne cesse de se faire remarquer au niveau international. Par exemple, le château de Banffy de Rascruci (en Transylvanie) a été récompensé cette année du Prix Europa Nostra, le titre européen le plus prestigieux en matière de patrimoine. On ne saurait oublier non plus le récent triomphe du roumain Cristian Mungiu au festival de Cannes. Et ce ne sont là que deux exemples récents, alors que la liste des performances roumaines en matière de culture est bien plus longue.

La culture est sans nul doute un domaine très vaste, car elle représente tout ce qu’une société souhaite exprimer. Pour en parler davantage, nous avons invité au micro de RRI, Miruna Găman, une Roumaine qui fait son doctorat en études culturelle et qui est aussi manager de projets chez Horizon Europe, le programme-cadre de l’Union européenne pour la recherche et l’innovation pour la période 2021-2027. Elle nous propose pour commencer par une définition de la culture :

 

« Au niveau individuel, ou d’une communauté, n’importe qui peut devenir créateur de culture, tout en étant un consommateur de culture. A mon avis, la question de l’art commence à se poser au moment où certains types d’expression humaine, certains actes de création ou produits culturels ne sont pas considérés comme faisant partie de la culture car ils transmettent des messages que certaines catégories sociales rejettent. Pourtant, ces créations disent quelque chose sur les préoccupations d’un groupe de gens à un moment donné. Elles représentent une partie de la société, dans un certain contexte, à un certain endroit.»

 

Miruna Găman nous donne l’exemple des « manele », ces chansons aux sonorités arabisantes, issues de la communauté rom, qui suscitent de véritable controverses et polarisent carrément l’opinion publique roumaine, étant adorées par une partie de la population et détestées par une autre. Et pourtant, cette musique est le résultat d’un acte de création complexe, avec une longue histoire, qui raconte les préoccupations, les craintes et les intérêts de certains groupes sociaux. Mais pourquoi la culture est-elle importante ? Miruna Găman tente une réponse :

 

« Premièrement, à regarder ce qui fait fonctionner une société, au-delà de son infrastructure de base – transports, santé, hôpitaux etc. – on constate qu’une société fonctionnelle repose sur l’éducation et la culture. Cependant, à  regarder les salaires des muséographes, par exemple, on voit des sommes tournant autour des 3 000 lei (577 euros environ). Donc, on voit tout d’abord une allocation budgétaire infime, qui déclenche une sorte de cercle vicieux. Faute d’argent pour payer des salaires décents, on a du mal à attirer des ressources humaines nouvelles, bien formées, capables d’intégrer le système et de l’enrichir de ses nouvelles idées. Je prends l’exemple de mon master en gestion de patrimoine à la Faculté d’histoire et je me demande : qui a réussi à intégrer le système et qui a dû se tourner vers un autre domaine pour pouvoir gagner sa vie décemment ? » 

 

En effet, la situation des musées en dit long sur l’ensemble du secteur culturel : les salaires sont très bas et les postes disponibles peu nombreux – ce qui fait qu’une jeune génération, bien que bien formée, se voit obligée de s’orienter vers d’autres domaines mieux rémunérés. Notre invitée signale aussi que de nombreux employés du secteur culturel se voient obligés d’avoir un travail complémentaire, en plus de leur travail à temps plein, des collaborations avec des ONGs, des cours à l’université, la participation à d’autres projets – le tout juste pour arrondir les fins de mois. Les statistiques le confirment. Selon une récente étude, seulement 19 % des employés du secteur culturel touchent un salaire qui leur suffit à couvrir leurs besoins quotidiens, alors que 43 % sont actifs dans d’autres domaines pour compléter leurs revenus. Par conséquent, le niveau de bien-être psychologique des travailleurs culturels est sensiblement inférieur à la moyenne européenne de 64 points calculée par l’OMS, et se situe seulement à 49,5 points. A noter qu’un niveau inférieur à 50 points est considéré comme seuil critique d’une mauvaise qualité de vie. Autrement dit, ceux qui travaillent dans la culture vivent à la limite entre la passion et l’épuisement.

A tout cela, vient s’ajouter aussi le problème des initiatives en matière d’entrepreneuriat culturel. Bien qu’elle soit favorable à ces projets, car ce serait difficile pour le budget public de soutenir l’ensemble du secteur culturel, notre invitée estime qu’au moment où ces projets viennent soutenir un discours élitiste, inaccessible à tous et que leur seul but est de maximiser le profit, alors un autre type de problème se fait jour. Miruna Găman nous donne un exemple :

 

« A quoi sert ce profit ? Il faudrait bien le rendre à la société ! Par exemple : mettre à la disposition des artistes en début de carrière un espace dans son café ou restaurant… ce n’est pas si difficile que ça…  » 

 

Quant aux fonds publics, on ne saurait oublier un autre aspect délicat : la compétition inégale pour les fonds non-remboursables, étant donné que de petites organisations doivent affronter les grandes institutions pour les mêmes sommes. Miruna Găman explique :

 

« Lorsque des ONG et des institutions publiques s’affrontent pour obtenir les mêmes financements, s’engage alors un combat digne de David contre Goliath si vous voulez. Mais on ne peut pas mettre d’une part une ONG qui peine à garder 3 salariés et un semi-employé et d’autre part un musée national dont les employés sont payés justement pour chercher des opportunités de développer leur travail, sur un pied d’égalité. Cela va sans dire, le musée aura plus de chances et disposera de davantage de ressources pour mettre en œuvre un projet. A mon avis, il faudrait mettre en place des démarches de demandes de financement séparées pour les ONG et les institutions publiques ».

 

Pour conclure, Miruna Găman estime que la culture est toujours vue comme un phénomène lointain, enfermé dans une tour d’ivoire, et pas vraiment comme quelque chose qui pourrait faire partie de notre vie quotidienne, en nous aidant à nous rééquilibrer mentalement et à nous connecter les uns aux autres. Tant que la culture restera perçue comme un luxe et non comme un besoin essentiel, il sera difficile d’augmenter les allocations budgétaires et de la reconnaître en rémunérant à leur juste valeur le travail de ceux qui la produisent. (trad. Valentina Beleavski)

 

Foto: Jon Tyson unsplash.com
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