Moody’s maintient la Roumanie sous surveillance
Les agences de notation financière maintiennent la note attribuée à l'économie roumaine, mais restent prudentes quant à l'avenir économique du pays.
Bogdan Matei, 10.08.2026, 13:07
Comme l’anticipaient la plupart des analystes économiques à Bucarest, l’agence de notation Moody’s a confirmé la note souveraine de la Roumanie à Baa3, tout en maintenant une perspective négative. Une décision qui traduit les risques encore élevés entourant la mise en œuvre de l’ambitieux programme d’assainissement budgétaire, malgré les premiers signes d’amélioration sur le front du déficit. Pour Moody’s, l’incertitude est accentuée par la situation politique. L’adoption, en mai, d’une motion de censure contre l’ancien Premier ministre libéral Ilie Bolojan, puis les difficultés à constituer une nouvelle majorité ont retardé la formation d’un gouvernement. L’agence table sur l’entrée en fonction d’une nouvelle administration après la pause estivale. Les prochains mois seront décisifs pour mesurer la capacité des autorités roumaines à préserver le consensus politique nécessaire à un effort budgétaire de longue haleine et à engager les réformes structurelles indispensables à la stabilisation de la dette. La décision de Moody’s repose néanmoins sur plusieurs fondamentaux favorables. L’appartenance de la Roumanie à l’Union européenne constitue un important facteur de soutien, tant par le cadre institutionnel qu’elle offre que par l’accès aux financements européens. Le pays bénéficie également d’un potentiel de croissance jugé solide et d’un niveau de richesse relativement élevé au regard des autres économies de même catégorie. Parmi les principales vulnérabilités figurent en revanche l’instabilité politique, la proximité de la guerre en Ukraine et les déficits structurels importants de la balance courante.
Trois agences, un même avertissement
Le diagnostic de Moody’s rejoint celui de Fitch, qui avait annoncé le 31 juillet le maintien de la note souveraine roumaine à BBB-, assortie, elle aussi, d’une perspective négative. Pour Fitch, l’appartenance à l’Union européenne et les entrées de capitaux qui accompagnent la convergence des revenus et facilitent l’accès aux financements extérieurs constituent des atouts majeurs. Le PIB par habitant et la qualité de la gouvernance restent par ailleurs supérieurs à ceux de nombreux pays appartenant à la même catégorie de notation. Ces points forts sont toutefois contrebalancés par des déséquilibres persistants : déficits budgétaires et courants élevés, progression de la dette publique et de la dette extérieure nette rapportée au PIB, inflation encore importante et fragmentation croissante de la scène politique. L’incertitude s’est encore accrue après la chute de la coalition quadripartite pro-occidentale PSD-PNL-USR-UDMR, alors que les contours d’une issue politique durable demeurent incertains. Le prochain rendez-vous sera celui de Standard & Poor’s, dont l’examen de la note souveraine roumaine est attendu début octobre. À ce stade, le signal envoyé par les trois grandes agences est identique : toutes maintiennent une perspective négative. La Roumanie demeure ainsi à un cran seulement de la catégorie spéculative, un seuil particulièrement sensible pour les investisseurs et pour les conditions auxquelles le pays peut accéder aux marchés financiers.