Y a-t-il une vie après la drogue?
Georgiana Drăgan est sortie de sa dépendance aux drogues, mais elle est aussi devenue directrice du centre pour jeunes filles «Teen Challenge», situé près de Bucarest. À l'heure actuelle, neuf jeunes filles suivent le programme de guérison et de réinsertion sociale qui dure entre 9 mois et un an proposé par ce centre avec une approche holistique
Roxana Vasile, 09.09.2026, 10:31
Le Rapport européen sur les drogues 2026 a été présenté début juin par Magnus Brunner, le commissaire européen chargé des Affaires intérieures et de la Migration, et l’Agence de l’Union européenne pour les drogues (EUDA). S’appuyant sur des données provenant de 29 pays – les 27 États membres de l’UE, ainsi que la Norvège et la Turquie –, ce document montre un impact de plus en plus néfaste des drogues sur la santé des consommateurs. Elles sont en effet désormais plus facilement accessibles, plus variées et plus puissantes. En parallèle, le trafic de drogue constitue une menace majeure pour la sécurité sur le continent. Les réseaux de criminalité organisée diversifient leurs itinéraires de trafic et leurs méthodes pour contourner les contrôles, recourent à l’intimidation et à la violence, et recrutent et exploitent des jeunes vulnérables. L’expert en lutte contre la drogue Cătălin Țone souligne la gravité de la situation, au micro de Radio Roumanie.
« Ces données sont très préoccupantes. Elles revèlent qu’une nouvelle drogue fait son apparition en Europe presque chaque semaine. On trouve sur le marché des drogues de plus en plus puissantes et de plus en plus difficiles à surveiller. Il y a une grande diversité de substances qui représentent autant de risques de provoquer des effets graves sur les consommateurs. Le rapport attire notamment notre attention sur les opioïdes synthétiques. Ils constituent la principale source de préoccupation, car ils sont très concentrés : un seul gramme de certaines de ces substances peut générer des milliers de doses mortelles. »
Derrière ces données, il y a les parcours des consommateurs. Georgiana Drăgan a été dépendante aux drogues pendant 8 ans.
« J’ai commencé à fumer du cannabis à 17 ans. J’en ai consommée de manière occasionnelle pendant trois ans. Après cette période, je me suis mise en couple avec un garçon dépendant à l’héroïne et j’ai commencé à consommer cette drogue. C’était le début d’une terrible dépendance qui a duré cinq ans. Je m’injectais de l’héroine en intraveineuse. Ca a eu des conséquences sur tous les aspects de ma vie : ca a détérioré toutes les relations que j’avais, je n’étais plus capable de trouver un emploi, j’ai commis toute une série d’actes illégaux, des vols, des agressions, des emprunts sur des pièces d’identité falsifiées, etc. Mais le plus douloureux, ca a été les problèmes que j’ai causés à ma famille, à ma mère surtout, et l’état d’impuissance dans lequel je me suis retrouvée. »
En 2009, Georgiana Drăgan s’est rendue compte qu’elle n’avait aucun contrôle sur sa consommation et qu’elle devait arrêter, elle a alors intégré un programme de désintoxication.
« Le moment le plus difficile, ca a été quand j’ai réalisé que j’avais tout perdu. C’est ce qui m’a poussée à prendre cette décision. D’une jeune fille pleine d’ambitions et de potentiel, brillante élève, lauréate des concours scolaires, j’en étais arrivée à dormir sur des cartons dans des cages d’escalier d’immeubles. Je n’avais absolument plus rien pour quoi me battre. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience que, si je ne prenais pas une décision, je finirais en prison ou six pieds sous terre. Et, d’une certaine manière, cette prise de conscience m’a poussée à penser à moi, à la personne que j’avais été autrefois, à l’enfant et à l’adolescente qui avaient des rêves et des aspirations, et, finalement, à prendre une décision. Mais cette décision n’aurait pas suffi s’il n’y avait pas eu un endroit où me reconstruire, car j’avais déjà eu envie d’arrêter auparavant, mais le fait qu’il y ait eu quelque chose de concret pour m’aider a compté énormément. »
Une expérience personnelle qui a donné naissance à un projet social unique en Roumanie
Non seulement Georgiana Drăgan est sortie de sa dépendance, mais elle est aussi devenue directrice du centre pour jeunes filles «Teen Challenge», situé près de Bucarest. À l’heure actuelle, neuf jeunes filles suivent le programme de guérison et de réinsertion sociale qui dure entre 9 mois et un an proposé par ce centre avec une approche holistique.
« Nous recommandons une période de désintoxication avant d’intégrer notre programme, car ces personnes ont besoin d’aide pour faire face aux symptômes liés au sevrage. Mais, dans ce centre nous allons au delà. Nous proposons un programme qui aide les personnes qui sortent d’une dépendance à la drogue à reconstruire leur vie à partir de zéro. Ca passe par l’établissement de nouveaux principes de vie et par un changement de valeurs. Ces personnes qui ont menti, manipulé, qui avaient l’habitude de recourir à divers stratagèmes pour se procurer de l’argent, doivent désormais revenir à des principes sains qui les aideront non seulement pendant la période de rétablissement, mais aussi par la suite. Notre programme est bien construit : de l’heure du réveil à l’heure du coucher, des activités variées sont prévues à chaque moment de la journée, de manière à éviter à la fois l’ennui, la surcharge et la fatigue. Nous disposons d’un système de mentorat mais nous proposons aussi des cours, c’est-à-dire que nous abordons également l’aspect éducatif ; et, ce qui est très important à nos yeux, c’est d’aborder la dimension profonde, car chacun a son univers intérieur, son identité… La première phase est donc celle de la réadaptation, puis vient une période de stage au cours de laquelle les responsabilités et les privilèges augmentent : elles ont un téléphone, interagissent davantage avec le monde extérieur, mais elles ont également la possibilité d’aider, à leur tour, d’autres filles – et, au centre pour garçons, d’autres garçons qui participent au programme – en devenant, elles aussi, des modèles et une source d’espoir. »
Selon Georgiana Drăgan, le taux de réussite du centre pour jeunes filles Teen Challenge qu’elle dirige est très élevé. Bon nombre de participantes réussissent à mener à bien ce programme. Preuve s’il en est qu’avec un soutien adapté, les personnes dépendantes peuvent parvenir à l’abstinence et se construire une vie stable et épanouie.