La Transylvanie à vélo
L’une des particularités de la région, par rapport au reste de l'Europe, est précisément l'existence du réseau de pistes aménagées pour les vélos, dont le projet pilote a été lancé en 2011.
Daniel Onea, 10.09.2026, 10:30
La Transylvanie est devenue un modèle européen de développement durable et de tourisme responsable. Nous découvrons aujourd’hui comment un réseau de dizaines de kilomètres de sentiers pavés, construits sur les collines autour de la ville de Sighisoara, a transformé radicalement l’économie et la vie des villages saxons alentours. Qui plus est, à l’aide des vélos à assistance électrique, l’exploration de la nature est devenue sûre et accessible aux cyclistes de tous les âges, attirant un nouveau public sur les parcours qui relient Sighisoara à plusieurs villages tels Viscri, Meșendorf ou Criț. L’une des particularités de la région, par rapport au reste de l’Europe, est précisément l’existence du réseau de pistes aménagées pour les vélos, dont le projet pilote a été lancé en 2011. Cela a représenté un travail titanesque, par lequel des dizaines de kilomètres de sentiers ont été pavés manuellement sur le sommet des collines.
Nous avons discuté avec Sergiu Pâcă, guide de montagne et entrepreneur de Sighisoara, qui nous a expliqué a quoi ressemblait aujourd’hui l’infrastructure locale :
« Avec la création du nouveau réseau, 47 kilomètres de sentiers relient maintenant Sighisoara à Viscri. Cela représente la « colonne vertébrale » du système. A gauche et à droite se détachent des ramifications construites sur le modèle du projet pilote, soit des chemins agricoles et des chemins de sondage. Les chemins de sondage sont très bien entretenus par les compagnies de gaz naturel, qui les utilisent pour vérifier l’infrastructure avec des machines lourdes, étant ainsi accessibles même pour les voitures de sport. D’ailleurs les chemins exploités par les compagnies forestières sont généralement refaits et repavés rapidement. Il y a aussi des chemins agricoles dans la commune de Saschiz, partiellement asphaltés, se trouvant en excellente condition et grimpant jusqu’au sommet de la colline. Le parcours principal relie Sighisoara à Viscri, mais tous les villages adjacents, tels Criț, Meșendorf ou Saschiz, bénéficient de liaisons routières. Certaines d’entre elles peuvent se détériorer par mauvais temps, ce qui représente un défi pour les cyclistes inexpérimentés, qui constituent notre principal public pour les forfaits touristiques. Les cyclistes expérimentés organisent d’ordinaire eux-mêmes leurs parcours et leurs hébergements, n’ayant pas besoin de locations de vélos. »
Explorer lentement le paysage
Pour la majorité des hôtes, la performance sportive passe au second plan. L’accent est mis sur l’exploration lente, non intrusive, d’un milieu rural qui a conservé son authenticité, comme l’explique Sergiu Pâcă :
« Pour les touristes qui ne pratiquent pas régulièrement ce sport, le vélo est seulement un moyen de transport alternatif pour explorer les villages saxons. Le but principal est la visite des églises fortifiées et l’expérience culinaire, surtout car dans la zone se sont développés de nombreux points gastronomiques locaux, le tourisme ayant ici une tradition de plus de 20 ans. Bien que les villages puissent être visités aussi en voiture, faire du vélo permet une connexion directe avec la nature, la région faisant partie du site Natura 2000. L’absence d’agriculture intensive a permis de préserver une large mosaïque de le paysage ainsi que la flore locale. L’atmosphère de la forêt est particulière. Par exemple, lors d’un matin d’été, bien qu’au soleil les températures atteignent rapidement 25 degrés, à l’ombre des arbres permettent de conserver une fraîcheur extrêmement agréable, surtout après des jours de pluie. Cette expérience de relaxation dans la nature contribue beaucoup à l’attractivité des visites. Qui plus est, la faune est riche et inclut des animaux sauvages, tels que les ours. Bien que leur présence soit fréquente, les ours de cette zone ne sont pas habitués à la présence humaine, de sorte que lors de toute rencontre par hasard sur le sentier ceux-ci se retirent immédiatement sans représenter un danger, contrairement aux spécimens qui cherchent de la nourriture dans les zones habitées. »
Le vélo à l’assistance électrique a démocratisé l’accès à ces paysages, élargissant le profil du touriste et développant significativement la communauté des amateurs de sport. En ce qui concerne l’impact que le réseau a eu sur la communauté, le changement est évident, comme l’explique le guide Sergiu Pâcă :
« Je pratique le cyclisme de montagne depuis 33 ans, et pendant longtemps, à Sighisoara nous n’étions qu’environ cinq passionnés de ce sport. Ces cinq ou six dernières années, précisément parce que l’infrastructure est très accessible, le nombre de touristes a augmenté. Le réseau convient même à ceux qui n’ont pas pédalé depuis très longtemps. Récemment, nous avons eu un touriste qui n’était plus monté sur un vélo depuis 60 ans. Bien que sur certains segments plus difficiles, comme celui entre Biertan et Viscri, nous ayons préféré le transférer avec la voiture d’assistance pour sa sécurité, il a réussi à terminer le tour sans incident. Ces parcours conviennent à presque tout le monde, surtout si l’on utilise des vélos à l’assistance électrique. Il s’agit uniquement de vélos sur lesquels il faut pédaler, pas de cyclomoteurs électriques, que de toute façon nous ne louons pas pour des raisons de sécurité et de réglementations routières. L’assistance électrique est d’une grande aide, et pendant les pauses déjeuner nous nous assurons de recharger les batteries de ceux qui ont consommé plus d’énergie, afin de leur garantir un parcours sans encombre. »
Des touristes tant de l’étranger que de la Roumanie
Le succès de ce modèle attire des fonds qui restent dans les économies locales, et la récente intégration des parcours transylvains dans des réseaux nationaux d’envergure offre aux visiteurs une liberté de mouvement sans précédent. Sergiu Pâcă :
« En travaillant principalement avec des touristes étrangers, 90 % des revenus générés sont directement reversés aux communautés situées entre Biertan et Viscri. Cette année nous organisons 35 tours d’une dizaine de personnes chacun, soit environ 350 touristes. Un paquet touristique coûte environ 1 800 euros par personne, et presque la moitié de cette somme est dirigée vers les services locaux. Il y a eu de très bonnes années, avec plus de 40 tours, mais aussi des années avec un flux légèrement réduit, avec environ 30 groupes. Un moment important a été l’intégration du parcours Via Transilvanica. Celui-ci est venu compléter notre réseau existant, formé de sentiers construits, de chemins forestiers et de sondage. Via Transilvanica a généré de nouvelles opportunités, permettant la création de nouveaux circuits touristiques. Par exemple, même sans guide, un touriste hébergé à Saschiz peut partir sur les parcours locaux balisés par Colinele Transilvaniei et peut revenir sur la Via Transilvanica, en formant une boucle. »
Cet effort continu de connecter le patrimoine à l’innovation prouve que l’éco-tourisme est bien plus qu’un simple effet de mode. Sur les Collines de Transylvanie il est à la fois un moteur pour l’économie locale, mais il protège aussi les paysages sauvages et assure un développement durable pour l’avenir des villages historiques de Roumanie.