La semaine du 28 septembre au 4 octobre 2026
-Troisième nomination, troisième échec / -Déclarations controversées, scandale à Bucarest /-Călin Georgescu, arrêté /-Des projets majeurs pour la défense européenne / - Le foot roumain, médiocrité confirmée
Ştefan Stoica, 04.10.2026, 09:50
Troisième nomination, troisième échec
A Bucarest, l’eurodéputé libéral Siegfried Mureșan a échoué dans sa tentative de convaincre une majorité des 233 députés et sénateurs roumains que son programme de gouvernement ainsi que les ministres proposés pour le futur cabinet méritaient leur soutien. Il s’agit de la troisième nomination effectuée par le président roumain Nicușor Dan au cours des cinq mois écoulés depuis la chute du gouvernement minoritaire dirigé par Ilie Bolojan, renversé par une motion de censure déposée par le Parti social-démocrate (PSD) et le parti d’extrême droite ultranationaliste Alliance pour l’union des Roumains (AUR). Lors du vote parlementaire de mercredi, le Parti social-démocrate s’est prononcé contre la candidature de Siegfried Mureșan, tandis que les représentants de l’AUR étaient absents de l’hémicycle.
Rappelons que la première personne désignée par le président, Eugen Tomac, avait renoncé à son mandat avant même que sa candidature ne soit soumise au vote du Parlement. La deuxième nomination, celle du libéral Adrian Veștea, exclu entre-temps de son parti, n’a pas réussi à réunir le nombre nécessaire de voix. Siegfried Mureșan, troisième candidat proposé, a connu le même sort.
Désormais, la Constitution permet au président de dissoudre le Parlement et de convoquer des élections anticipées. Toutefois, celui-ci a indiqué qu’il n’avait pas l’intention de recourir à cette option, estimant qu’elle ne serait pas bénéfique à la Roumanie.
Lundi prochain, lorsque cinq mois exactement se seront écoulés depuis la chute du cabinet dirigé par Ilie Bolojan, le chef de l’Etat a promis de procéder à une nouvelle nomination. Il n’a pas non plus caché son souhait de ne voir aucun représentant de l’Alliance pour l’union des Roumains intégrer le futur Exécutif, cherchant ainsi à maintenir l’opposition souverainiste à l’écart du pouvoir. Reste à savoir s’il y parviendra. Et pour cause. Le Parti social-démocrate, principale force politique du Parlement roumain, n’exclut plus une collaboration avec l’AUR, deuxième formation du pays en nombre d’électeurs. Une coopération que les sociaux-démocrates hésitent toutefois, pour l’heure, à officialiser.
Déclarations controversées, scandale à Bucarest
Ces derniers jours, les déclarations de l’ambassadrice des États-Unis en Grèce, Kimberly Guilfoyle, ont largement été relayées par la presse après leur publication dans le Wall Street Journal puis leur reprise par le Financial Times. Des propos qui ont contribué à alimenter davantage les tensions politiques déjà vives à Bucarest. Lors d’un échange avec le ministre grec de l’Énergie, l’ambassadrice aurait déclaré : « Nous pouvons le faire dans n’importe quel pays si nous le souhaitons. Nous pouvons également le faire ici. » Elle faisait référence à l’imminente chute du gouvernement Bolojan en Roumanie. Ces propos auraient été tenus le 18 mars dernier lors d’un dîner officiel organisé par l’ambassade américaine à Athènes. Après cette rencontre dans la capitale grecque, Kimberly Guilfoyle se serait rendue à Bucarest afin de rencontrer, fin mars, des responsables du Parti social-démocrate, notamment son président Sorin Grindeanu, ainsi que le ministre de l’Energie de l’époque, Bogdan Ivan. L’objectif officiel de cette visite était la promotion d’un corridor gazier reliant la Grèce à la Bulgarie puis à la Roumanie, dans le cadre du projet dit du « Corridor vertical », qui devrait être prolongé jusqu’en Ukraine, explique le Financial Times. Selon la publication, l’ambassadrice américaine aurait exercé des pressions afin que la Roumanie augmente ses importations de gaz naturel liquéfié américain.
De son côté, Ilie Bolojan affirme qu’aucune discussion officielle n’a eu lieu à ce sujet et que la Roumanie n’achètera pas de gaz américain plus coûteux, le pays disposant déjà de ressources énergétiques importantes. Rappelons que le gouvernement Bolojan a été renversé au mois de mai. Les initiateurs de la motion de censure, à savoir le Parti social-démocrate et l’Alliance pour l’union des Roumains, ont pour leur part rejeté les accusations de la droite politique concernant une supposée entente avec Washington visant à faire tomber le gouvernement.
Călin Georgescu, arrêté
Ancien candidat à l’élection présidentielle roumaine, l’extrémiste prorusse Călin Georgescu a été placé en détention provisoire cette semaine dans une affaire où il est accusé d’escroquerie aux conséquences particulièrement graves ainsi que de constitution d’un groupe criminel organisé. C’est un homme d’affaires qui a déposé plainte contre lui et plusieurs autres personnes, affirmant leur avoir versé plus d’un million d’euros à titre de garantie en vue de l’obtention d’un futur crédit bancaire. Le prêt n’a jamais été accordé, et l’argent ne lui aurait pas été restitué.
Il s’agit du troisième dossier pénal visant Călin Georgescu. Dans les deux autres affaires, il fait l’objet d’enquêtes pour actions contre l’ordre constitutionnel et pour propagande fasciste.
Rappelons aussi qu’il avait créé la surprise en remportant le premier tour de l’élection présidentielle de 2024. Ce scrutin a ensuite été annulé par la Cour constitutionnelle, qui a estimé que le processus électoral avait été faussé en sa faveur. Candidat indépendant promu massivement sur TikTok, personnage au discours mystique, partisan d’une vision économique nationaliste, critique de l’OTAN et de l’Union européenne, admirateur déclaré de Vladimir Poutine et de certaines figures historiques associées au fascisme et à l’antisémitisme, Călin Georgescu a rencontré un important succès électoral. Selon les services de renseignement roumains, ce succès s’expliquerait notamment par de graves interférences dans le processus électoral et par la guerre hybride menée par la Russie contre l’Etat roumain. Toutefois, le rapport officiel ayant motivé l’annulation de l’élection présidentielle de 2024 n’a toujours pas été rendu public.
Des projets majeurs pour la défense européenne
La Roumanie participera aux cinq projets européens d’intérêt commun dans le domaine de la défense approuvés cette semaine par le Conseil de l’Union européenne. Ces projets portent sur le développement de capacités défensives dans les domaines spatial, aérien et maritime, y compris contre les menaces liées aux drones. Selon le Conseil de l’UE, ces initiatives permettront aux Etats-membres de coopérer dans le cadre de programmes de défense majeurs, dont l’ampleur et la complexité dépassent les capacités d’un seul pays. Parmi eux figure le projet Eastern Flank Watch, destiné à renforcer les capacités de défense aérienne et antidrones grâce à des systèmes de surveillance avancés, à des solutions de mobilité militaire et à l’amélioration des capacités terrestres.
Par ailleurs, Washington et Bucarest ont marqué cette semaine la livraison des neuf premiers véhicules amphibies à la Roumanie. Ces véhicules sont conçus pour transporter des troupes directement depuis des navires militaires lors d’opérations amphibies ou de soutien aux forces navales. Ils offrent une mobilité et une adaptabilité essentielles, notamment pour des opérations menées dans le delta du Danube ainsi que le long du littoral roumain de la mer Noire.
Le foot roumain, médiocrité confirmée
Enfin, la sélection nationale de football de Roumanie a connu deux défaites retentissantes lors de ses deux premiers matchs de la nouvelle saison de la Ligue des nations. Les Tricolores ont d’abord été battus 2 à 1 par la Suède, avant de s’incliner une nouvelle fois à domicile face à la Bosnie, cette fois sur le score de 4 à 2. Pour la première fois, des critiques particulièrement virulentes ont été lancées à l’encontre de la tactique et des choix du nouveau sélectionneur national, le légendaire Gheorghe Hagi. Jusqu’ici, celui-ci avait été relativement épargné par la presse, notamment en raison de son immense carrière de joueur et de son rôle majeur au sein de l’équipe nationale roumaine dans les années 1990.