Un nouveau gouvernement à Bucarest
Après quatre tentatives de nomination d'un premier ministre et près de six mois de blocage politique, la Roumanie dispose finalement d'un gouvernement de plein exercice.
Florentin Căpitănescu, 21.10.2026, 12:26
La Roumanie a désormais un nouveau gouvernement après que le Parlement de Bucarest a validé, mardi, le cabinet proposé par le Premier ministre désigné, l’indépendant Luca Niculescu. Au total, 280 parlementaires ont voté en faveur du gouvernement et 58 contre. Pour être investi, le nouvel Exécutif devait réunir au moins 233 voix favorables, soit la moitié plus un du nombre total de sénateurs et de députés.
Les votes favorables au cabinet Niculescu sont venus principalement du Parti social-démocrate (PSD), qui détient le plus grand nombre de sièges au Parlement roumain et qui fera aussi partie de l’équipe gouvernementale. Le gouvernement a également bénéficié du soutien du Parti national libéral (PNL), de l’Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR), des députés représentant les minorités nationales ainsi que des parlementaires non-affiliés. Par contre, l’Union Sauvez la Roumanie (USR) et le parti ultra nationaliste l’Alliance pour l’Union des Roumains (AUR) n’ont pas accordé leur soutien au cabinet Niculescu.
Deux tiers des portefeuilles ministériels seront donc occupés par des membres du Parti social-démocrate, pour la plupart des responsables expérimentés ayant déjà exercé des fonctions gouvernementales. Les autres ministères auront des titulaires indépendants, des spécialistes approuvés par le président de Nicusor Dan.
Dans son discours prononcé avant le vote du Parlement, Luca Niculescu, diplomate et ancien journaliste, a nommé les priorités du début de son mandat, à savoir : le collectif budgétaire, l’adoption du budget de l’Etat pour 2027 et la sécurité énergétique. Il a tenu à souligner que, quelles que soient les politiques économiques mises en œuvre par son gouvernement, la cible de déficit budgétaire assumé par la Roumanie devant ses partenaires européens n’était pas négociable.
Luca Niculescu : « Le déficit est un objectif qui devra être respecté. Cela fait partie des accords internationaux auxquels nous participons et des engagements que nous avons pris. Vous savez à quel point la situation dans laquelle nous nous trouvons est fragile. Nous avons reçu une évaluation favorable de trois agences de notation, mais cela s’est joué de justesse. Elles reviendront nous évaluer au début de l’année prochaine. Personne ne souhaite introduire de nouvelles taxes et nous ferons tout notre possible pour protéger les plus vulnérables. »
L’investiture du nouvel Exécutif a été saluée par le président roumain, Nicușor Dan, qui s’est dit confiant quant à la capacité du nouveau premier ministre à trouver ce qu’il a appelé « le juste équilibre entre les contraintes et les attentes ».
Nicușor Dan : « Nous le savons tous : la Roumanie doit respecter les engagements financiers qu’elle a pris, non pas de manière abstraite, mais pour préserver son développement économique futur. Ce sont des contraintes réelles. Dans le même temps, il existe de fortes attentes de la part des Roumains. Il faut donc trouver le juste équilibre entre ces contraintes et ces attentes. Les Roumains attendent des réformes. Celles-ci doivent être menées à bien ou, au minimum, être engagées rapidement. Il est tout aussi important d’adopter une approche économique anticipative, en tenant compte des grandes tendances économiques mondiales. La Roumanie dispose d’avantages compétitifs et doit avoir le courage de les mettre en valeur. »
Un exécutif politiquement fragile
Cependant, selon plusieurs analystes politiques, la validation de ce nouveau gouvernement relève davantage d’un compromis de circonstance que de l’existence d’une majorité parlementaire solide et durable sur laquelle le premier ministre pourrait s’appuyer à long terme.
Dans ces conditions, le cabinet de Luca Niculescu apparaît relativement fragile, ce qui l’obligera à entretenir un dialogue étroit avec les formations parlementaires, notamment les libéraux et l’Union démocrate magyare de Roumanie, qui ne font pas partie de l’équipe gouvernementale mais ont voté en faveur de son investiture.