Irina Zamfirescu, sociologue, au sujet de la pauvreté en Roumanie
Les derniers rapports publiés par l’Institut national de la statistique (INS) et par l’ONG Salvați Copiii montrent qu’en Roumanie, malgré la croissance et près de vingt ans d’intégration européenne, la situation reste alarmante. Ces indicateurs stagnent, voire se dégradent, malgré l’appartenance à l’UE, malgré l’accès aux fonds européens et surtout malgré l’alignement répété de la Roumanie sur les cadres économiques recommandés par Bruxelles, Washington ou Paris.
Fromenteaud Charlotte, 08.01.2026, 10:52
Depuis près de huit décennies, les grandes organisations internationales façonnent les politiques économiques des États. Le FMI, né à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour stabiliser les économies fragilisées, a rapidement imposé, en particulier en Europe de l’Est après 1989, des programmes d’ajustement axés sur la rigueur et la libéralisation. L’OCDE, fondée sur l’idée que la croissance doit être tirée par la compétitivité et la discipline budgétaire, promeut depuis des années une modernisation structurelle réduisant progressivement le rôle de l’État social. Quant à l’Union européenne, elle a été l’un des laboratoires les plus appliqués de ces orientations, en imposant des règles strictes de déficit, des réformes structurelles, la sacro-sainte « flexibilité » du marché du travail toujours plus grande, sans oublier un recentrage sur la responsabilité individuelle et la performance économique de chacun. Toutes ces institutions promettaient que ces réformes mèneraient, à terme, à une plus grande cohésion sociale et à une réduction durable de la pauvreté. Et pendant longtemps, beaucoup y ont cru. Mais aujourd’hui, les chiffres rappellent la réalité, plus tenace que les promesses.
Alors que le pays célèbre ses un an au sein de l’espace Schengen et entre dans une nouvelle période d’austérité, le tout en poursuivant sa marche vers l’OCDE, on est en droit de se s’interroger : comment un si bon élève peut-il encore afficher de tels résultats en matière de pauvreté et d’inégalité ?
Pour répondre à cette question, nous avons interrogé Irina Zamfirescu, docteure en sociologie et militante pour les droits humains, qui a accepté de nous donner quelques pistes clés au micro de RRI.