Un candidat roumain pour le poste de secrétaire général de l’OIF
L’ancien premier-ministre roumain et ex-commissaire européen à l’Agriculture Dacian Ciolos a été proposé par la Roumanie aux fonctions de Secrétaire général de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF).
Alex Diaconescu, 26.03.2026, 15:29
C’est le président roumain, Nicusor Dan qui a fait cette annonce dans le cadre d’une cérémonie au sein du Palais présidentiel de Cotroceni, à l’occasion de Fête internationale de la Francophonie. Nous vous proposons d’écouter les principales déclarations faites à cette occasion ainsi que comprendre l’importance d’une telle fonction pour la Roumanie dans le cadre d’une nouvelle édition de RRI Spécial. Selon le président roumain Nicusor Dan, il s’agit d’une proposition « constructive », orientée vers l’avenir et qui a vocation à réunir. Pour la Roumanie, la francophonie est un choix assumé depuis longtemps et constitue « une véritable valeur qui se reflète aussi du point de vue économique », a expliqué le chef de l’Etat roumain, selon lequel la Roumanie est un des principaux partisans de la Francophonie institutionnelle.
Les deux candidats en lice actuellement sont issus de la même région géograhique – l’Afrique centrale
Le chef de l’Etat roumain a également précisé qu’à présent, deux candidats sont en lice pour les fonctions de Secrétaire général de la Francophonie, les deux issus de la même région géographique – l’Afrique centrale. « Dans ce contexte, nous croyons que l’apparition d’un nouveau candidat peut constituer une option supplémentaire et surtout peut encourager un débat nécessaire sur l’avenir de l’organisation » a déclaré le président roumain, soulignant que la notre région n’avait jamais proposé de candidat jusqu’à présent, une option à ayant pour vocation à réunir, une option constructive et orientée vers l’avenir. » Le moment est venu pour que la Roumanie s’illustre en tant que nation décidée à contribuer de façon plus concrètes aux grands projets internationaux »
Mais qui est Dacian Ciolos ?
Cet agro-économiste et homme politique est né le 27 juillet 1969 à Zalău, dans l’ouest du pays. En parallèle d’un long parcours universitaire en Roumanie et en France, il travaille auprès des autorités locales, nationales et européennes en Roumanie sur des projets liés au développement rural. Il est nommé à l’Agriculture et du Développement rural en 2007, fonction qu’il conserve pendant un an. De 2010 à 2014 Dacian Ciolos est commissaire à l’Agriculture et au Développement rural et a joué un rôle décisif dans la réforme de la Politique Agricole Commune qui a privilégié les petites exploitations agricoles. Le 17 novembre 2015, il devient Premier ministre, à la tête d’un gouvernement technocratique, en remplacement de Victor Ponta. Il quitte ses fonctions le 4 janvier 2017, après la victoire du Parti social-démocrate aux élections législatives. Il est ensuite élu député européen en 2019 sur la liste de la coalition entre son Parti de la liberté, de l’unité et de la solidarité (PLUS) et l’Union sauvez la Roumanie (USR). Il devient ensuite président du groupe Renew Europe, fonction qu’il occupe jusqu’en 2021. Au cours des 100 jours durant lesquels Ilie Bolojan a exercé le mandat de président par Intérim de la Roumanie, Dacian Ciolos a été conseiller honoraire en charge de l’implémentation des partenariats stratégiques de la Roumanie. Notons donc que M Ciolos entretient des liens particulièrement étroits avec la Francophonie puisqu’il est diplômé de l’Ecole nationale supérieure Agronomique de Rennes avec un master et un doctorat ensuite à l’Ecole supérieure agronomique ENSA de Montpellier.
Quelle est la vision de Dacian Ciolos sur l’avenir de l’Organisation internationale de la francophonie ?
En effet, il propose une approche pragmatique, humaine, orientée vers l’avenir et soutenue par les jeunes, dans laquelle le français contribue au développement de l’économie, de l’innovation technologique, des nouvelles formes de connaissance mais aussi à la création d’un climat de respect, dans lequel les droits des femmes et leur accès à l’éducation sont prioritaires. Dacian Ciolos a évoqué aussi sa vision sur le rôle de la jeunesse et des femmes dans le cadre de l’Organisation internationale de la francophonie. Alors que la jeunesse doit devenir le moteur et l’architecte des projets de la Francophonie, les femmes sont celles qui bâtissent héroïquement l’économie réelle au quotidien. Enfin, Dacian Ciolos propose plus qu’une gestion : une vision d’une francophonie qui ne regarde plus son passé avec nostalgie, mais qui assume son avenir avec audace, une francophonie de proximité qui parle la langue de la créativité, de l’initiative et de la solidarité.
Les défis actuels et futurs de l’OIF
Sachez enfin que l’élection du prochain Secrétaire général de l’OIF aura lieu durant le prochain sommet de la francophonie, le 20e, qui se déroulera les 15 et 16 novembre 2026 au Cambodge. Son mandat s’étalera de 2027 à 2030. Notons aussi qu’avec ses 396 millions de locuteurs, le français est la quatrième langue la plus parlée au monde après l’anglais, le mandarin et l’espagnol, selon la 6e édition du rapport « La langue française dans le monde » rendu public ce 16 mars à Quebec. Le chiffre retenu, 396 millions de locuteurs, marque une progression spectaculaire par rapport aux 321 millions estimés en 2022. Cette évolution reflète, en partie, un changement méthodologique significatif : pour la première fois, l’OIF intègre dans son dénombrement les enfants de 6 à 9 ans scolarisés en français dans les pays où cette langue est officielle ou vecteur d’enseignement. Cette décision, loin d’être purement comptable, traduit une vision politique : le français s’acquiert à l’école, et la scolarisation en est le premier vecteur. En effet le français est la 2ᵉ langue étrangère la plus apprise dans le monde, avec près de 170 millions d’apprenants. C’est la seule langue, avec l’anglais, présente dans quasiment tous les systèmes scolaires de la planète. 65 % des locuteurs francophones sont en Afrique, un indicateur éloquent du dynamisme linguistique du continent. Sur la base des tendances actuelles, le français devrait être parlé par 590 millions de personnes en 2050, dont 9 sur 10 vivront en Afrique.
Pourtant, le rapport identifie des fragilités structurelles de la francophonie.
La position du français se fragilise dans les sciences exactes, les nouvelles technologies et l’enseignement supérieur, sous l’effet de l’hégémonie de l’anglais. Sur le web, l’anglais concentre environ 20 % des contenus, quand le français n’en représente que 3,5 %, au même niveau que l’arabe, le portugais ou le russe. Enfin côté intelligence artificielle, on constate une moindre qualité des réponses en français par rapport à l’anglais, des représentations culturelles homogènes peu respectueuses de la pluralité francophone et des risques pour la souveraineté numérique. La construction d’une IA francophone éthique sera sans nul doute un des principaux défis du futur secrétaire général de la francophonie.