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| Dan Puric |
| (2008-05-29) |
| Dernière mise à jour: 2008-05-30 13:14 EET |
« Le peuple roumain s’entraîne à l’heure actuelle à oublier, et cet entraînement fait que son âme et son esprit tournent en rond ; d’un coup, le passé qui disparaît emporte avec lui, paradoxalement, l’avenir aussi. L’homme actuel pédale en vain, contraint à un présent perpétuel. Habiter une unique dimension du temps, déformée de surcroît, cela signifie une mort lente mais imparable de l’identité. »
Ce fut là un bref paragraphe d’un livre portant la signature du comédien roumain Dan Puric. Un bouquin lancé à Bucarest en présence de quelque 300 personnes. Le volume « Qui sommes nous ? », portant sur le mystère de l’identité personnelle et communautaire, rassemble les réflexions d’un artiste qui, d’habitude, s’exprime par la danse, la pantomime et le théâtre. Dan Puric a fait ses débuts sur scène en 1983, à Botosani. En 1988, il s’installe dans la capitale et commence à jouer dans des pièces d’Aristofan, Shakespeare, Goldoni, Marivaux, Gogol ou encore Caragiale. Pourtant, dès le début de sa carrière artistique, il fut attirer par le théâtre gestuel. Ses spectacles de pantomime ont fait salle comble partout dans le monde, en Roumanie aussi bien qu’à Vienne, Venise, Lisbonne, New York ou Pyongyang.
Il y a 8 ans, le comédien traversa un moment de crise existentielle ; c’est à ce moment-là qu’il se rapprocha de la religion, déçu par l’évolution de la société roumaine, notamment par la vie politique.
« Je me suis lancé vers Dieu comme une fusée. Sans pour autant tomber dans la bigotterie. Moi, je fais de l’art chrétien qui me rapproche de Dieu, ce qui n’est pas de l’art religieux, en rapport direct, celui-ci, avec l’Eglise » , affirmait Dan Puric dans une interview. « Dieu me manque constamment et cela se voit dans mon art » a-t-il souligné.
Il est arrivé au monastère Petru Voda de Moldavie il y a 4 ans. C’est là bas, dans la cour du monastère, qu’un beau jour il a croisé père Atanasie, un véritable érudit qui avait énormément souffert dans les prisons communistes.
Le comédien Dan Puric raconte :
« Au moment où j’ai rencontré père Atanasie, j’ai finalement conscientisé notre position dans ce monde. Il était un pilier de civilisation au sein du peuple roumain. Il avait un air princier, d’une grande dignité. Il connaissait très bien son identité, il savait comment nous devrions être et ce que nous devrions faire. Au moment où l’on trouve un tel oasis de lumière, c’est normal de lui faire une révérence, du moins culturelle, c’est un geste qui vient de soi. Il m’a paru normal que si dans un monde où les modèles sont anéantis j’en trouve un, que je le reconnaisse. »
Le livre « Qui sommes nous » est dédicacée au père Atanasie. L’auteur raconte que son bouquin trace une sorte de sentier vers la mémoire collective, un sentier détruit par les agents autochtones. Le titre du volume s’inspire d’un chapitre qui regroupe plusieurs interviews du comédien et une série de conférences tenues à Bucarest, Cluj, Oradea, Arad et Constantza. Nous avons voulu savoir « Qui sommes nous » d’après Dan Puric. La réponse nous a choqué :
« Cela dépend de qui pose cette question. Si c’est un agent en service depuis ’89 jusqu’à présent, eh bien, je vais lui dire que nous sommes un pays où il peut voler à l’aise, lui et toute sa famille, sa belle mère aussi bien que son petit fils. Pour cette petite bestiole autochtone, le pays se prête toujours à la destruction. Si c’est un Russe qui me pose la question, je lui répondrai que nous sommes les candidats idéaux à la division territoriale, car de toute façon nous avons de l’entraînement en tant que satellite. Si c’est l’Américain qui s’interroge, je vais lui dire que je suis prêt à tout moment de me transformer en porte avion. Et si c’est la communauté européenne qui me pose la question, je lui dirai que nous sommes une grande surface sans identité, mais qui respecte les tendances actuelles. L’identité est foulée aux pieds. L’identité se fait remarquer, pas seulement chez nous, en Roumanie. En Albanie aussi, aux Etats-Unis, en Israël ou en Allemagne, elle s’affirme. C’est une question d’éducation, un nouveau paradigme. Si c’est Monsieur tout le monde qui me demande, quelqu’un d’ordinaire qui a de la foi, je vais lui dire que nous sommes un peuple en souffrance, très digne pourtant, comme nous montre l’histoire et qui petit à petit, arrivera à se lever debout pour s’affirmer dans le monde. Je fais confiance aux solutions que ce peuple humilié par l’histoire, mais protégé par Dieu avancera à l’histoire et à l’Europe. J’y fais confiance. »
C’est la foi chrétienne qui donne à Dan Puric la force de faire confiance au peuple roumain. Il rejette les messes de dimanche ou l’orthodoxie ronflante pour s’en croire à la foi chrétienne authentique, aux saints que nous avons encore et surtout à la force de sacrifice du peuple roumain.
« Si on ignore les détracteurs, les tortionnaires et les lâches et que nous regardions vers les martyres, vous allez voir que les Roumains sont prêts à faire de gros sacrifices. Si vous faites une incursion dans la mémoire récente, du temps des prisons communistes, des partisans, vous allez découvrir un peuple d’une dignité sans précédent en Europe. »
Depuis 1999, Dan Puric dirige la compagnie artistique Passe- Partout avec laquelle il a monté nombre de spectacles : «Made in Romania », « Les Costumes », « Hic sunt leones », « Les 150 » ou « Don Quijote ». Les membres de la compagnie, professionnels ou amateurs sont des jeunes pour la plupart, de moins de 35 ans.
Grâce à son activité soutenue, aux prix décrochés, aux chroniques et appréciations à son égard, Dan Puric reste une personnalité artistique importante de la Roumanie actuelle. (Andreea Demirgian; Ioana Stancescu, Ileana Taroi, Alex Diaconescu)
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