La semaine du 1 au 7 juin 2026
Eugen Tomac désigné Premier ministre / La réforme des salaires public inquiète / Progrès fragiles de la Roumanie sous surveillance européenne / La Roumanie accélère son réarmement grâce aux fonds européens / Dernière ligne droite vers l’OCDE pour la Roumanie
Roxana Vasile, 07.06.2026, 10:30
Eugen Tomac désigné Premier ministre
Un mois après la chute du gouvernement conduit par le libéral Ilie Bolojan, le président roumain Nicușor Dan a désigné, jeudi soir, Eugen Tomac au poste de Premier ministre. Le chef de l’État a justifié son choix par la nécessité de confier la direction de l’exécutif à une personnalité indépendante des partis représentés au Parlement, tout en disposant d’une solide expérience politique. Âgé de 44 ans, Eugen Tomac devient ainsi le premier chef de gouvernement désigné né hors des frontières actuelles de la Roumanie. Originaire de l’actuelle Ukraine, il s’est installé en Roumanie à l’âge de 17 ans pour y poursuivre ses études d’histoire avant d’entamer une carrière politique étroitement liée à l’ancien président Traian Băsescu. Figure de proue du Parti du Mouvement populaire (PMP) pendant plusieurs années, il a quitté la présidence de cette formation – absente du Parlement depuis les dernières élections législatives – avant sa nomination, afin d’affirmer son indépendance politique. Député européen et conseiller honoraire du président Nicușor Dan, il dispose désormais de dix jours pour présenter un programme gouvernemental et une équipe ministérielle qu’il souhaite avant tout « technique » plutôt que politique. Cette désignation intervient dans un contexte de profonde instabilité politique. Le 5 mai dernier, le gouvernement Bolojan avait été renversé par une motion de censure après le retrait du soutien du Parti social-démocrate (PSD), jusque-là membre de la coalition gouvernementale aux côtés du Parti national libéral (PNL), de l’USR et de l’UDMR. Les sociaux-démocrates avaient conditionné leur maintien au pouvoir au départ d’Ilie Bolojan. Le refus de ce dernier de quitter ses fonctions a provoqué l’éclatement de la majorité et conduit le PSD à s’allier, le temps du vote, à l’opposition nationaliste de l’AUR pour faire tomber l’exécutif. Les consultations menées depuis entre le président et les différentes forces politiques n’ont pas permis de reconstituer l’ancienne coalition, seule formule susceptible d’assurer une majorité stable au Parlement. Face à cette impasse, Nicușor Dan estime que la nomination d’un Premier ministre indépendant constitue la seule voie réaliste pour sortir de la crise institutionnelle et tenter de rétablir un équilibre politique durable.
La réforme de la grille unique de salaire dans le secteur public inquiète
Entre négociations techniques et fortes tensions sociales, le ministère du Travail poursuit à Bucarest les discussions autour de la future loi sur la rémunération unitaire des fonctionnaires. Attendu au Parlement d’ici la fin du mois d’août, ce texte constitue l’un des jalons clés du Plan national de relance et de résilience (PNRR). Son adoption conditionne le déblocage d’une nouvelle tranche de financement européen d’environ 800 millions d’euros destinée à la Roumanie. Mais la réforme suscite une vive contestation. Confrontés depuis près d’un an aux mesures d’austérité gouvernementales et à l’inflation la plus élevée de l’Union européenne, de nombreux Roumains redoutent une nouvelle dégradation de leur pouvoir d’achat. Les critiques émanent de secteurs aussi divers que l’éducation, la santé, l’armée, les finances publiques, la magistrature, la police ou encore la culture. Les syndicats dénoncent les critères retenus pour le calcul des rémunérations ainsi que des coefficients jugés inéquitables, qui entraîneraient, selon eux, de profondes disparités salariales entre les différentes catégories de fonctionnaires. Si le calendrier est respecté, la nouvelle loi devrait entrer en vigueur le 1er janvier 2027.
Progrès fragiles de la Roumanie sous surveillance européenne
Dans son rapport publié mercredi, la Commission européenne estime que la Roumanie a engagé des avancées significatives dans la réduction de son déficit excessif, à l’image de plusieurs autres États membres de l’Union européenne. Bruxelles juge les mesures adoptées jusqu’à présent efficaces et considère que le pays évolue dans la bonne direction pour corriger ses déséquilibres économiques. Elle souligne toutefois que les résultats demeurent insuffisants pour considérer le redressement comme acquis et appelle les autorités à poursuivre les réformes engagées. Malgré une baisse de 1,4 point en un an, la Roumanie conserve le déficit budgétaire le plus élevé de l’Union européenne. Celui-ci devrait néanmoins être ramené à 6,2 % du PIB d’ici fin 2026. Le pays reste également le seul État membre confronté à des déséquilibres macroéconomiques jugés excessifs et affiche les performances les plus faibles de l’UE en matière de recouvrement de la TVA, de l’impôt sur les sociétés et de l’impôt sur le revenu. La Commission insiste par ailleurs sur le rôle central du Plan national de relance et de résilience (PNRR), considéré comme un levier essentiel tant pour le financement des investissements que pour la mise en œuvre des réformes structurelles nécessaires à la modernisation de l’économie roumaine. Enfin, Bruxelles met en garde contre les effets potentiellement déstabilisateurs de l’incertitude politique. Elle estime que le maintien de la trajectoire d’assainissement budgétaire devra constituer une priorité pour tout futur gouvernement afin de préserver les progrès réalisés et garantir la crédibilité financière du pays.
La Roumanie accélère son réarmement grâce aux fonds européens
Le gouvernement intérimaire roumain a dévoilé cette semaine la liste détaillée des acquisitions prévues dans le cadre du programme européen SAFE, destiné à renforcer les capacités de défense et l’industrie militaire des États membres. Grâce à ce mécanisme, la Roumanie devrait bénéficier de près de 17 milliards d’euros, consacrés à la modernisation de ses équipements militaires et au développement d’infrastructures stratégiques. À ce stade, Bucarest a déjà conclu plusieurs contrats majeurs portant sur l’acquisition de plus de 200 véhicules de combat d’infanterie, de quatre navires militaires — dont deux bâtiments de patrouille maritime et deux navires d’intervention pour plongeurs —, de 11 systèmes de défense antiaérienne, de 34 systèmes de drones militaires, de 934 missiles sol-air Mistral à très courte portée, ainsi que de six hélicoptères destinés au transport de troupes et de matériel. Les autorités ont également annoncé de futurs programmes menés en coopération avec plusieurs partenaires européens, notamment la France. Parmi les contrats en préparation figurent l’achat de 12 hélicoptères de transport lourd, conçus pour des missions de longue durée et capables d’opérer dans des environnements difficiles, ainsi que l’acquisition de 12 radars de type « gap-filler », destinés à renforcer la couverture et la surveillance de l’espace aérien
Dernière ligne droite vers l’OCDE
La ministre roumaine des Affaires étrangères par intérim, Oana Țoiu, a participé cette semaine à la réunion du Conseil ministériel de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui a réuni les représentants des États membres et partenaires de l’organisation. Engagée depuis 2022 dans un processus d’adhésion à l’OCDE, la Roumanie se trouve aujourd’hui à un stade particulièrement avancé des négociations. Sur les 25 chapitres examinés dans le cadre de sa candidature, 24 ont déjà été clôturés. Il ne reste plus qu’à finaliser le volet consacré au commerce pour que le pays puisse rejoindre officiellement cette organisation réunissant 38 économies développées et émergentes, dont la mission est de promouvoir des politiques publiques favorisant la prospérité et l’amélioration des conditions de vie.