La semaine du 8 au 14 juin 2026
« La Roumanie maintient le cap. »/ La Banque mondiale revoit ses pronostiques à la baisse pour la Roumanie/ La consolidation de la défense en mer Noire et Un accord roumano- américain pour lutter contre le trafic de mineurs.
Corina Cristea, 14.06.2026, 10:49
« La Roumanie maintient le cap. »
Chargé par le président roumain Nicușor Dan de relever ce qu’il a lui-même qualifié de mission quasi impossible, le nouveau Premier ministre désigné, Eugen Tomac, a multiplié cette semaine les consultations avec les partis et groupes parlementaires afin de rallier les soutiens nécessaires à la formation d’un gouvernement technocratique. À ce stade, toutefois, aucun signal politique décisif ne semble se dessiner en sa faveur. Pour obtenir l’investiture, 233 voix sont indispensables au Parlement, un seuil qui paraît encore largement hors de portée. Malgré la réserve affichée par la plupart des formations politiques, Eugen Tomac a affirmé son intention de poursuivre les négociations en vue de constituer un nouvel exécutif. La première prise de position nette est venue du Parti national libéral (PNL), dont les dirigeants ont décidé à l’unanimité que leurs parlementaires ne voteraient pas en faveur du cabinet Tomac. Les libéraux estiment qu’un tel gouvernement ne servirait qu’à exonérer le Parti social-démocrate (PSD) de sa responsabilité dans la situation actuelle du pays. De son côté, l’Union Sauvez la Roumanie (USR) considère qu’un exécutif technocratique ne disposerait ni de la légitimité ni de la capacité nécessaires pour poursuivre les réformes engagées par l’équipe du libéral Ilie Bolojan, tandis que l’Union démocrate magyare de Roumanie (UDMR) ne manifeste, pour l’heure, aucune intention de lui apporter son soutien. Quant au PSD, première force politique du Parlement, il conditionne toute participation à l’abandon des mesures d’austérité, une décision définitive devant être arrêtée dans les prochains jours. Dans ce contexte d’incertitude, le chef de l’État a adressé un message de fermeté à la classe politique. Appelant les responsables à faire preuve de responsabilité, il a également invité les Roumains au calme et à l’optimisme, tout en rassurant les partenaires du pays : « La Roumanie maintient le cap. »
La Banque mondiale revoit ses pronostiques à la baisse pour la Roumanie
La Banque mondiale a nettement revu à la baisse ses perspectives pour l’économie roumaine, estimant désormais que celle-ci devrait faire du surplace cette année, alors qu’elle anticipait encore une progression de 1,3 % du PIB en janvier. Dans son dernier rapport publié jeudi, l’institution prévoit une reprise graduelle, avec une croissance de 1,7 % en 2027 puis de 2 % en 2028. Depuis le début de l’année, la Roumanie figure parmi les pays ayant subi les plus fortes révisions à la baisse de leurs prévisions économiques, aux côtés de la Turquie, de la République de Moldavie et de l’Ukraine. La Banque mondiale attribue principalement cette dégradation au choc persistant des prix des matières premières. L’institution souligne également que les déficits budgétaires devraient demeurer élevés au cours des deux prochaines années, sous l’effet conjugué de l’augmentation des dépenses de défense et du maintien de mesures temporaires destinées à amortir la flambée des coûts de l’énergie, telles que les subventions aux ménages et les dispositifs de contrôle des prix. Les dernières données de l’Institut national de la statistique montrent pourtant un recul du déficit commercial roumain. Une amélioration qui ne saurait toutefois masquer les fragilités de l’économie. Au cours des quatre premiers mois de l’année, les exportations ont progressé de 1,9 %, à près de 32 milliards d’euros, tandis que les importations ont diminué de 0,5 %, pour s’établir à 42,8 milliards d’euros. Le déficit de la balance commerciale s’est ainsi contracté de 7 %, soit près de 820 millions d’euros, pour atteindre 10,815 milliards d’euros.
La consolidation de la défense en mer Noire
Réuni mercredi à la demande de la Roumanie, le Conseil de l’Atlantique Nord a décidé de renforcer la sécurité dans la région de la mer Noire, suite à l’explosion de deux drones dernièrement, en Roumanie, dont l’une soldée par deux blessés. Une telle décision devrait être confirmée début juillet, au sommet allié de Turquie. Selon des sources officielles, la Roumanie recevra du soutien aussi bien aérien, que naval. A part la France, la Grande Bretagne, l’Italie, l’Espagne ou les Etats Unis, d’autres alliés auraient confirmé leur disponibilité de vérifier quels équipements ils pourraient envoyer à la Roumanie. Le chef de l’Etat roumain, Nicuşor Dan, a salué le soutien promis à son pays par le Conseil de l’Atlantique Nord. Dans un message sur FaceBook, il a affirmé que la sécurité en mer Noire restait essentielle aussi bien pour la protection de l’infrastructure critique, que pour les projets énergétiques stratégiques.
Par ailleurs, lors d’une conversation téléphonique avec son homologue de Kiev, Andrii Sîbiga, la cheffe de la diplomatie roumaine par intérim, Oana Ţoiu, a montré la préoccupation de la Roumanie envers la propagation dans les pays voisins de l’Ukraine des effets de la guerre menée par la Russie. Lors de cette conversation par téléphone, Mme. Ţoiu a été assurée quant à la volonté de Kiev de faire tous les efforts nécessaires pour une gestion commune des risques transfrontaliers engendrés par l’agression russe. La ministre roumaine a également évoqué l’importance d’une amélioration des mécanismes d’alerte précoce et de sensibilisation à la situation sur le terrain, ainsi que la responsabilité commune de maintenir la sécurité en mer Noire.
Un accord roumano- américain pour lutter contre le trafic de mineurs
Le gouvernement roumain et le Département d’État américain ont conclu jeudi un accord-cadre visant à lutter contre la traite des mineurs grâce à une approche intégrée. Ce programme stratégique s’étale sur une période de cinq ans et bénéficie d’un financement américain d’environ 12 millions de dollars, visant la prévention, la protection des victimes et le renforcement des capacités des institutions chargées de la mise en place de la loi et du système judiciaire. La ministre des Affaires étrangères par intérim, Oana Ţoiu, a rappelé que, malgré les remaniements gouvernementaux, la lutte contre la traite des êtres humains est devenue ces dernières années une priorité constante des autorités roumaines. Et elle de souligner que ce phénomène touche non seulement les victimes, mais aussi l’ensemble de la société. De son côté, l’ambassadeur des États-Unis à Bucarest, Darryl Nirenberg, a attiré l’attention sur le fait que la traite des êtres humains est une forme moderne d’esclavage et que ce phénomène ne peut être combattu que par la coopération internationale.