La semaine du 27 juillet au 02 août 2026
Les réformes dans le cadre du PNRR se poursuivent à Bucarest / Grève en suspens dans le secteur roumain de la Santé / Le port de Constanța renforce ses défenses / Sécheresse préoccupante dans le Danube / Bucarest réaffirme son soutien à Chișinău dans son parcours européen
Daniela Budu, 02.08.2026, 10:08
Les réformes dans le cadre du PNRR se poursuivent à Bucarest
Au Parlement de Bucarest, la course contre la montre se poursuit autour des réformes phares du Plan national de relance et de résilience (PNRR), qui doivent être adoptées d’ici au 31 août sous peine de voir la Roumanie perdre une partie des fonds européens auxquels elle peut prétendre. Cette semaine, la Chambre des députés, puis le Sénat, en tant qu’instance décisionnaire, ont adopté le projet de loi sur la décarbonisation ainsi que le Code de l’aménagement du territoire, de l’urbanisme et de la construction. Les sénateurs ont également approuvé l’accord SAFE, qui ouvre à la Roumanie l’accès à près de 17 milliards d’euros de financements européens destinés à des investissements dans la défense et les infrastructures stratégiques. Sur le front économique, la Chambre des députés a, elle aussi en dernier ressort, adopté mercredi une réduction temporaire et progressive de la fiscalité appliquée au gazole. La mesure, prévue pour trois mois et susceptible d’être prolongée, a recueilli le soutien de l’ensemble des groupes parlementaires. Elle vise à contenir la hausse des prix à la pompe, alors que le gazole a franchi en début de semaine le seuil symbolique des 10 lei le litre, soit environ 2 euros. L’essence s’établissait pour sa part à 9,13 lei, soit près de 1,80 euro. La flambée des prix de l’énergie ravive également les préoccupations de Bucarest quant à la sécurité de ses approvisionnements. Lors d’un entretien téléphonique mercredi avec son homologue kazakh, Oljas Bektenov, le Premier ministre par intérim Ilie Bolojan a souligné l’intérêt direct de la Roumanie à voir fonctionner sans interruption l’oléoduc acheminant le pétrole de la mer Caspienne vers la mer Noire. La raffinerie Petromidia, la plus importante du pays, dépend en effet largement du brut kazakh transporté par cette voie. Le pétrole kazakh transite par le terminal russe de Novorossiysk avant d’être acheminé vers la mer Noire. La semaine dernière, les livraisons avaient toutefois été temporairement interrompues par le Kazakhstan, sur fond d’attaques ukrainiennes visant des navires et des infrastructures russes. Pour Bucarest, la sécurisation de cette route d’approvisionnement apparaît ainsi comme un enjeu à la fois économique et stratégique.
Grève en suspens dans le secteur roumain de la Santé
Après trois jours de grève générale, le secteur de la santé roumain retrouve progressivement son activité, les services d’urgence et une partie des soins ayant été maintenus pendant le mouvement. Dans des centaines d’hôpitaux à travers le pays, des milliers de médecins, infirmiers et autres professionnels de santé dénoncent une pénurie chronique de personnel, mais aussi le projet de loi sur la grille unique de salaire dans le secteur public, qui, selon les syndicats, risque d’entraîner une baisse des revenus. La fédération Sanitas a annoncé vendredi la suspension du mouvement jusqu’à la présentation d’un nouveau projet de loi sur la rémunération des personnels financés sur fonds publics. Selon le syndicat, la mobilisation a d’ores et déjà permis d’atteindre un premier objectif : « faire connaître la réalité » du système public de santé et de l’aide sociale. Dans ce contexte, le gouvernement intérimaire roumain a approuvé la création de plus de 6 850 postes dans le secteur de la santé, principalement destinés aux médecins, aux infirmiers et au personnel auxiliaire.
Le port de Constanța renforce ses défenses
Deux systèmes de type Triton sont désormais opérationnels dans le port de Constanța, sur la mer Noire. Ces équipements de dernière génération doivent permettre d’évaluer les dispositifs les plus efficaces pour protéger les infrastructures portuaires et d’accroître la capacité de réaction des autorités face à d’éventuelles menaces. Leur déploiement intervient dans un contexte de tensions croissantes liées à la guerre en Ukraine. Le 5 juin dernier, un drone maritime ukrainien, dont le contrôle avait été perdu à la suite de brouillages russes, s’était autodétruit dans la zone portuaire de Constanța. Par ailleurs, des drones russes ont violé à plusieurs reprises l’espace aérien roumain depuis le début du conflit. À la fin de la semaine dernière, trois appareils ont ainsi été abattus en l’espace de trois jours par des F-16 de l’armée de l’air roumaine. Face à ces incursions, l’ambassadeur de Russie à Bucarest a été convoqué lundi au ministère des Affaires étrangères, qui a dénoncé des « actions illégales et irresponsables ». Moscou a rejeté ces accusations. Sur fond de montée des tensions, le secteur roumain de la défense cherche également à renforcer ses capacités industrielles. L’entreprise roumaine Oves Enterprise et Edrone, l’un des principaux fabricants ukrainiens de drones, ont annoncé cette semaine la conclusion d’un partenariat stratégique destiné à poser les bases d’une production conjointe de drones militaires en Roumanie, à Cluj-Napoca, dans le nord-ouest du pays.
Sécheresse préoccupante dans le Danube
Une sécheresse d’une rare intensité frappe l’ensemble du bassin du Danube, faisant chuter le débit du fleuve à des niveaux particulièrement préoccupants. En Roumanie, celui-ci est désormais trois fois inférieur à la moyenne saisonnière et devrait encore diminuer dans les prochains jours, au risque de se rapprocher du seuil historiquement bas enregistré en 1985, lorsque le débit à l’entrée du pays n’atteignait que 1 400 mètres cubes par seconde. Les conséquences se font déjà lourdement sentir sur la production d’énergie, la navigation, l’agriculture et le tourisme. Face au niveau exceptionnellement bas du fleuve, l’unité n°1 de la centrale nucléaire de Cernavodă a été mise à l’arrêt de manière contrôlée mardi, puis déconnectée du réseau électrique national. L’arrêt de la deuxième unité a également été envisagé. Le ministère de l’Énergie se veut toutefois rassurant et assure que cette situation ne compromettra pas l’approvisionnement en électricité des ménages et des entreprises. À elles deux, les unités de Cernavodă assurent en moyenne près de 20 % de la consommation électrique totale du pays.
Bucarest réaffirme son soutien à Chișinău dans son parcours européen
La Roumanie entend rester le principal relais de la République de Moldavie au sein de l’Union européenne et mettre à son service l’expérience acquise depuis son adhésion, a déclaré jeudi le Premier ministre par intérim Ilie Bolojan, à l’issue de son entretien à Bucarest avec son homologue moldave Vasile Tofan, en visite officielle en Roumanie. Ce dernier a souligné que Bucarest constituait pour Chișinău son « principal partenaire stratégique », tout en remerciant la Roumanie pour son soutien constant et inconditionnel. Les discussions ont également porté sur la sécurité régionale. Vasile Tofan a estimé que le soutien apporté à l’Ukraine représentait un investissement direct dans la sécurité de la République de Moldavie et de l’ensemble de la région, jugeant « inacceptable » toute violation de l’espace aérien d’un État souverain. Lors de sa rencontre avec le Premier ministre moldave, le président roumain Nicușor Dan a, lui aussi, réaffirmé le soutien « ferme » et « constant » de Bucarest au processus d’intégration européenne de Chișinău, saluant l’ouverture des premiers chapitres de négociation en vue de son adhésion à l’UE.