La Roumanie face au défi énergétique : la course aux renouvelables
Les autorités de Bucarest cherchent des solutions à la crise énergétique.
Bogdan Matei, 23.09.2026, 12:52
Une production énergétique fragilisée par la sécheresse
La Roumanie traverse une profonde crise énergétique, mettent en garde les spécialistes et les autorités. La sécheresse persistante en est l’une des principales causes. Bien que le pays dispose d’un important réseau hydrographique, les débits exceptionnellement faibles du Danube et des autres cours d’eau ont réduit drastiquement la production d’électricité hydroélectrique.
Par ailleurs, deux réacteurs de la centrale nucléaire de Cernavodă, située sur le Danube, dans le sud-est du pays, et qui assurent environ un cinquième de la consommation nationale d’électricité, sont à l’arrêt programmé depuis plus d’un mois toujours en raison de la sécheresse.
Les énergies renouvelables au cœur des priorités
Dans ce contexte, les priorités des autorités de Bucarest restent le développement de la production d’énergie à partir de sources renouvelables ainsi que l’augmentation des capacités de stockage, jugées encore insuffisantes par l’ensemble des experts du secteur.
De son côté, le secrétaire d’Etat au ministère de l’Energie, Cristian Bușoi, a reconnu lors d’un événement consacré au secteur énergétique que les systèmes actuels avaient montré leurs limites durant les mois de forte chaleur estivale, ce qui a entraîné des importations d’électricité à des prix très élevés pendant les heures de pointe. Il a promis de soutenir tous les projets d’énergies renouvelables, avec un accent particulier mis sur le stockage, notamment par l’accélération des procédures d’autorisation et par le cofinancement des investissements à travers des programmes de soutien de l’Etat.
Les spécialistes du domaine estiment cependant que la législation doit encore être adaptée afin que le développement des capacités de stockage de l’énergie renouvelable puisse suivre le rythme de la production.
Une dépendance persistante aux prix européens
Par ailleurs, tant que l’Union européenne ne trouve pas de solution pour réduire les prix de l’électricité, une baisse significative des tarifs restera difficile à obtenir, estime encore Cristian Bușoi. Selon lui, la Roumanie a traversé plus facilement cet été particulièrement difficile grâce à la contribution des sources renouvelables. La situation a notamment été facilitée par la production d’électricité d’origine éolienne et, surtout, solaire.
La Roumanie au-dessus de la moyenne européenne
En fait, près de 70 % de l’électricité produite en Roumanie provient de sources renouvelables, selon les données d’Eurostat pour le deuxième trimestre de cette année. D’après la même source, citée par le correspondant de Radio Roumanie à Bruxelles, le pays occupe la neuvième place en Europe et dépasse la moyenne européenne de 54 %, dans un classement où la part des énergies renouvelables varie de 20 % à 98 % selon les Etats-membres.
Des factures toujours parmi les plus élevées de l’Union européenne
Néanmoins, les tarifs de l’énergie en Roumanie demeurent élevés, voire parmi les plus élevés de l’Union européenne. Le pays s’est ainsi classé au quatrième rang en 2025 pour les prix de gros de l’électricité et a affiché certains des tarifs les plus élevés pour les ménages rapportés au pouvoir d’achat.
Une décennie de retard à rattraper
Et ce n’est pas tout. Au cours des quinze dernières années, la Roumanie n’a réussi à mettre en service aucune nouvelle centrale électrique d’envergure. Désormais, les autorités de Bucarest visent très haut : installer 10 GW de capacités solaires et éoliennes d’ici la fin de la décennie, une énergie qui pourra également être stockée.
Bucarest mise sur le soutien européen
« Aux côtés des Etats-membres d’Europe centrale et orientale, nous menons un lobbying intense auprès de la Commission européenne afin que, dans les dix prochaines années, le Fonds de modernisation devienne un instrument permettant de financer les projets indispensables à la transformation des systèmes énergétiques de la région », a également déclaré le secrétaire d’Etat Cristian Bușoi, qui a été député européen libéral à Bruxelles de 2007 à 2019. (trad. Valentina Beleavski)