Bucarest sur le point d’engager à nouveau sa responsabilité sur un nouveau plan d’austérité
Le gouvernement roumain assumera, la semaine prochaine, la responsabilité d'un nouveau train de mesures concernant les dépenses publiques.
Fromenteaud Charlotte, 29.08.2025, 12:18
Le gouvernement roumain, soutenu par une large coalition, s’apprête à engager sa responsabilité devant le Parlement pour faire passer un deuxième paquet de réformes budgétaires. Six projets de loi sont sur la table, visant à contenir les dépenses publiques et à amorcer une trajectoire de réduction du déficit. Ces mesures concernent des secteurs sensibles tels que la fiscalité, l’administration locale, la santé, les entreprises publiques, les grandes agences de régulation, ainsi que la réforme des pensions spéciales des magistrats. L’objectif affiché est ambitieux : ramener le déficit budgétaire, qui frôle actuellement les 9 % — le plus élevé de l’Union européenne —, à environ 7 %. Selon les projections officielles, l’ensemble des deux paquets de réformes permettrait des économies de près de 40 milliards de lei, soit environ 8 milliards d’euros.
Un climat social sous tension
La route des réformes est cependant semée d’embûches. Le premier volet de mesures a déjà provoqué de vives tensions sociales. Les enseignants, dont la charge de travail a été alourdie et qui redoutent des classes encore plus surchargées, manifestent sans relâche depuis trois semaines devant le ministère de l’Éducation. Ils réclament la démission du ministre Daniel David et menacent désormais de boycotter la rentrée prévue le 8 septembre.
Les magistrats, eux, ont suspendu leurs activités pour protester contre la révision de leur régime spécial de retraite : l’âge de départ serait progressivement porté à 65 ans et les pensions, qui atteignent parfois plus de 10 000 euros, revues à la baisse. Dans le même temps, le Syndicat national des communes et des villes de Roumanie a annoncé une grève illimitée après la décision du gouvernement de réduire de 25 % les effectifs des autorités locales.
Pressions économiques et jeu politique
Face à ce contexte explosif, le Premier ministre libéral Ilie Bolojan, salué pour les réformes menées dans le comté de Bihor, reste inflexible. Le gouvernement prévoit d’adopter ce deuxième paquet par segments afin de limiter les risques d’invalidation par la Cour constitutionnelle. De leur côté, les partis populistes et ultranationalistes de l’opposition menacent de déposer une nouvelle motion de censure, après avoir déjà échoué à bloquer le premier plan d’austérité. Sur le plan macroéconomique, les signaux sont préoccupants. Les dernières données publiées par le ministère des Finances indiquent que le déficit budgétaire consolidé a atteint 4,04 % du PIB à la fin juillet, contre 3,68 % fin juin, pour un montant total de 76,44 milliards de lei — plus de 15 milliards d’euros. Les dépenses publiques, exprimées en pourcentage du PIB, ont augmenté de 0,7 point par rapport à l’année précédente. Le budget 2025, qui repose sur une prévision de croissance de 2,5 % et un déficit visé de 7 %, reste donc sous haute surveillance.