Démêlés avec les justices : des maires roumains sous contrôle judiciaire
Le maire de Bucarest a été placé sous contrôle judiciaire, tandis que celui de Timișoara a définitivement perdu son procès contre l'ANI devant la Haute Cour de cassation et de justice.
Corina Cristea, 19.06.2026, 10:37
La scène politique roumaine continue d’être secouée par une série de développements susceptibles de rebattre les cartes des négociations gouvernementales en cours. Depuis plus d’un mois, les formations politiques tentent de dégager une nouvelle majorité après la chute du gouvernement Bolojan, renversé par une motion de censure. Dernier épisode en date : le maire de Bucarest et premier vice-président du Parti national libéral (PNL), Ciprian Ciucu, considéré comme l’un des plus proches alliés du leader libéral Ilie Bolojan, a été placé jeudi sous contrôle judiciaire par les procureurs de la Direction nationale anticorruption (DNA) dans le cadre d’une enquête pour corruption électorale. Entendu pendant plus de trois heures, l’édile a rejeté l’ensemble des accusations à sa sortie du parquet et assuré qu’il ne quitterait pas ses fonctions. Les faits reprochés remontent à la période où Ciprian Ciucu dirigeait l’un des arrondissements de la capitale. Selon les enquêteurs, il aurait bénéficié, durant la campagne électorale de 2025, de services de publicité et de conseil politique fournis par deux hommes d’affaires, en échange de la délivrance d’un permis et d’un certificat d’urbanisme liés à un projet immobilier. Cette procédure a été extraite d’un autre dossier portant sur une affaire de corruption présumée au sein de l’Office national des jeux de hasard. L’affaire intervient à un moment particulièrement sensible pour le PNL. Opposé à un retour au gouvernement avec les sociaux-démocrates du PSD, Ciprian Ciucu figure parmi les principaux représentants de la ligne défendue par Ilie Bolojan. Son placement sous contrôle judiciaire survient à quelques jours d’un congrès décisif du parti, au cours duquel la direction libérale envisagerait d’exclure le Premier ministre désigné Adrian Veștea et ses soutiens, favorables à une coalition avec le PSD. Selon l’eurodéputé libéral Gheorghe Falcă, une réforme des statuts devait également être adoptée lors de ce congrès, consacrant Ciprian Ciucu comme unique premier vice-président du PNL.
La droite fragilisée par un second revers judiciaire
La journée de jeudi s’est achevée sur une autre déconvenue pour les forces de droite. Le président de l’Union Sauvez la Roumanie (USR) et maire de Timișoara, Dominic Fritz, a définitivement perdu son contentieux avec l’Agence nationale d’intégrité (ANI) devant la Haute Cour de cassation et de justice. La Cour suprême a rejeté le recours introduit par le dirigeant de l’USR, validant ainsi les conclusions de l’ANI. L’institution lui reprochait une situation de conflit d’intérêts remontant à 2020 : peu après son élection à la mairie, Dominic Fritz avait approuvé un rapport destiné à modifier un plan d’urbanisme avant de le soumettre au vote du conseil municipal. Or, le document technique avait été élaboré par l’entreprise d’un conseiller municipal de l’USR, lequel avait par ailleurs accordé un prêt au candidat Fritz durant sa campagne électorale. Cette décision entraîne l’interdiction pour Dominic Fritz d’exercer toute fonction publique élective pendant une période de trois ans à l’issue de son mandat actuel de maire. Réagissant au verdict, l’intéressé a dénoncé une « exécution politique déguisée » et annoncé son intention de saisir la Cour européenne des droits de l’homme. Au sein de l’USR, les responsables du parti, qui ont également indiqué qu’ils ne soutiendraient pas un éventuel gouvernement dirigé par Adrian Veștea, dénoncent une sanction rendue dans un contexte qu’ils jugent problématique. Ils estiment notamment que cette décision intervient après plusieurs années durant lesquelles leur formation a milité pour la suppression des retraites spéciales, y compris celles des magistrats, et défendu des positions susceptibles de remettre en cause les intérêts du système politique traditionnel.