L’accord avec le Mercosur, pomme de discorde au sein de l’UE
L'Union européenne conclut un accord commercial avec des pays d'Amérique latine, contesté par certains représentants politiques et par les agriculteurs européens.
Mihai Pelin, 12.01.2026, 11:00
Bruxelles a confirmé que la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, signera samedi à Asunción, la capitale du Paraguay, l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, approuvé à la fin de la semaine dernière par les Vingt-Sept. Le texte a été adopté malgré l’opposition affichée de plusieurs États membres (notamment la France, la Pologne, l’Autriche, l’Irlande et la Hongrie ) ainsi que l’abstention de la Belgique. Pour réunir la majorité qualifiée nécessaire, des clauses de sauvegarde supplémentaires en faveur des agriculteurs européens ont été négociées in extremis, sans toutefois apaiser la contestation du monde agricole, qui a poursuivi ses mobilisations ces derniers jours. Selon une analyse de l’agence de presse EFE, ce traité répond à la double nécessité pour Bruxelles de diversifier ses débouchés commerciaux dans un contexte de tensions croissantes avec les États-Unis, tout en cherchant à contenir l’influence chinoise en Amérique latine et à réduire la dépendance européenne à l’égard de Pékin pour l’approvisionnement en matières premières critiques. Pour entrer en vigueur, l’accord devra encore être ratifié par le Parlement européen, où une opposition significative est attendue, tant de la part d’élus issus de pays réticents que de formations politiques telles que l’extrême droite, les écologistes ou la gauche, invoquant des préoccupations environnementales et des risques de concurrence déloyale.
Vives tensions politiques autour du vote roumain
La Roumanie, de son côté, a soutenu l’accord, à l’issue de négociations menées aux côtés d’autres États membres afin d’introduire des garanties supplémentaires destinées à protéger les producteurs roumains et européens. Cette position a toutefois provoqué de vives réactions sur la scène politique nationale. Le Parti social-démocrate a vivement critiqué l’un de ses partenaires au sein de la coalition gouvernementale de Bucarest, l’Union Sauvez la Roumanie, qui détient le portefeuille des Affaires étrangères. Le Parti Social Démocrate a reproché à la diplomatie roumaine d’avoir mandaté le représentant du pays au Coreper (le Comité des représentants permanents des gouvernements des États membres de l’Union européenne) pour voter en faveur de l’accord, en l’absence, selon lui, de garanties explicites assurant la protection des agriculteurs roumains face aux importations latino-américaines. En réponse, le parti Union Sauvez la Roumanie a affirmé que le soutien de Bucarest n’était intervenu qu’après des négociations fermes, lesquelles auraient permis d’obtenir des garanties claires tant pour l’industrie que pour le secteur agricole.
Un accord stratégique dans un contexte mondial incertain
Au-delà des controverses politiques, l’accord Mercosur continue de susciter l’hostilité d’une partie des agriculteurs européens, qui redoutent une concurrence accrue et jugée déloyale, comme en témoignent les manifestations organisées ces derniers jours dans plusieurs pays. Ses défenseurs estiment toutefois que ce traité est essentiel pour permettre à l’Union européenne d’exporter vers les marchés argentin, brésilien, paraguayen et uruguayen avec des droits de douane fortement réduits, tout en facilitant les importations en provenance de ces pays. Ils y voient un levier majeur pour stimuler les exportations européennes, soutenir la croissance économique du continent et renforcer les relations diplomatiques dans un contexte international marqué par de profondes incertitudes. Créé en 1991, le Mercosur constitue aujourd’hui un bloc commercial de premier plan : avec une population totale de 270 millions d’habitants, ses États membres forment la sixième économie mondiale. L’Union européenne y exporte principalement des machines et appareils, des produits chimiques et pharmaceutiques ainsi que des équipements de transport, tandis qu’elle importe de la région des produits agricoles et minéraux, de la cellulose et du papier.