Exposition : « De la Ruelle de Filaret à la Rue du 11 Juin »
Une exposition au musée de la ville de Bucarest propose une incursion documentée et visuelle dans l’histoire de l’une des artères les plus anciennes de la Capitale, suivant sa transformation urbaine, sociale et architecturale du 19e siècle jusqu’à nos jours. Il s’agit de la rue Filaret, actuellement nommée l’avenue du 11 juin. Histoire urbaine.
Ion Puican, 07.03.2026, 10:15
A Bucarest, le bâtiment, qui abrite la Collection d’art Ligia et Pompiliu Macovei, accueille, depuis septembre dernier et jusqu’à la fin de ce mois, l’exposition « De la Ruelle de Filaret à la Rue du 11 Juin ». Le choix de cet espace, attaché au Musée municipal Bucarest (MMB), n’est pas dû au hasard, puisqu’il se trouve justement dans la rue du 11 Juin, tout près de la Colline dite de la Métropolie sur laquelle s’érige le siège du Patriarcat orthodoxe roumain.
La transformation radicale d’une ruelle de la périphérie bucarestoise
L’exposition présente à travers des documents, des photos et des témoignages d’époque, la transformation d’une vieille ruelle bucarestoise en une importante artère de la capitale.
C’est la muséographe du MMB Florentina Limban qui nous explique le but des organisateurs:
« Cette exposition est une démarche qui rappelle une page de l’histoire passée et présente de la rue du 11 Juin, ses valeurs historiques, architecturales et d’urbanisme. La rue commence au pied de la Colline de la Métropolie et finit sur la petite place devant l’entrée du Parc Carol Ier, qu’elle relie au boulevard Regina Maria. La rue s’était également appelée « Strada Nouă /la Rue Nouvelle » et « Strada Filaretul /la Rue de Filaret ». Son nom actuel rappelle les événements du 11 juin 1848, lorsque les bucarestois ont répondu à l’appel des chefs de la révolution et se sont rassemblés au centre-ville, pour écouter les révolutionnaires lire le texte de la Proclamation d’Islaz. En 1848, la Plaine de Filaret change de nom pour s’appeler la Plaine de la Liberté. La foule avait emprunté la rue de Filaret, qui porte le nom du 11 Juin depuis 1878. Ce nom rappelle aussi la mesure politique prise cent ans plus tard, le 11 juin 1948, lorsque la Grande Assemblée Nationale, l’organe législatif de l’époque, a voté la loi 119 de la nationalisation de la propriété privée, qui passait ainsi dans les mains de l’Etat. C’est ce qui est arrivé à de nombreux immeubles de la rue du 11 Juin. Et cela explique peut-être aussi le fait que la rue a gardé son nom à l’époque communiste ».
La rue du 11 Juin vue à travers les objets exposés
Florentina Limban présente quelques-uns des objets que les visiteurs peuvent regarder dans le cadre de l’exposition « De la Ruelle de Filaret à la Rue du 11 Juin »:
« Dans cette exposition, l’on présente les plans topographiques réalisés par le commandant baron Rudolf Arthur von Borroczyn entre 1846 et 1852, par le lieutenant-colonel Dimitrie Papazoglu en 1871 et par G.M.Mumuianu en 1895. Ce dernier plan contient les immeubles et les noms de leurs propriétaires respectifs, les bâtiments publics, la répartition de la propriété urbaine et le nombre d’habitants. C’est un document important pour les historiens, les géographes, les économistes et les statisticiens. L’exposition inclut aussi quatre créations du peintre Theodor Romanați, réalisées en 1932. Ce sont des dessins à l’encre de Chine coloré sur papier, qui montrent les transformations de l’architecture et du paysage de la Colline de la Métropolie à travers le temps. L’on peut également admirer un dessin fait à la plume et à l’encre de Chine et aquarelle, réalisé par Silaghi en 1929. Le dessin représente un jour de fête au pied de la Colline de la Métropolie. Et puis, il y a aussi deux livres de culte: un Minei (livre des services religieux orthodoxes pour chaque mois d’une année) du mois de juin imprimé en 1780 et un Liturghier (un livre liturgique qui contient l’essentiel des services religieux) imprimé en 1784. Les deux volumes sont écrits en roumain avec l’alphabet cyrillique. »
Quant au quartier où se trouve la rue du 11 Juin, la muséographe Florentina Limban a ajouté d’autres détails intéressants: « C’est sur la Colline de Filaret que l’on trouve le Parc Carol Ier, aménagé entre 1900 et 1906 d’après les plans de l’architecte paysagiste français Edouard Redont. Le parc a été inauguré en 1906, lors du 40ème anniversaire du règne du roi Carol Ier et du 25ème anniversaire de la proclamation du Royaume de Roumanie. L’exposition présente des photos de monuments décoratifs du Parc Carol. »
Une rue dont le nom a résisté au passage du temps
Enfin, la muséographe Florentina Limban a souligné l’importance de cette vieille rue dans le paysage urbain:
« La rue du 11 Juin montre la transformation de la ville de Bucarest à travers celle du quartier, une mahala, ou faubourg de la périphérie, qui devient une zone urbaine importante. Habité dans un premier temps par des artisans, des maraîchers et de petits commerçants, le quartier a été petit à petit occupé par une classe moyenne urbaine, composée de fonctionnaires d’administration, d’enseignants et de gens qui travaillaient dans la partie sud de la ville. La rue est parsemée d’immeubles et d’autres constructions érigées au XIXème siècle, ainsi que de grandes maisons pavillonnaires de boyards et de commerçants du XX. » (Trad. Ileana Ţăroi)