Les Prix Gopo 2026, les Oscars du cinéma roumain
Célébrant cette année sa 20e édition, le gala des prix « Gopo » a été accueilli par le Théâtre national « I.L. Caragiale » de Bucarest.
Corina Sabău, 16.05.2026, 09:52
Comme chaque année, l’événement a récompensé les réussites du cinéma roumain de l’année écoulée et a inclus des moments dédiés aux deux décennies d’existence du gala par des rétrospectives, des hommages et des interventions artistiques.
C’est le long métrage « Kontinental ’25 », réalisé par Radu Jude et produit par Alex Teodorescu (Saga Film) qui a remporté le trophée du Meilleur Film à l’issue d’un processus de vote auquel ont participé plus de 900 professionnels du domaine. Lors de cette édition, « Kontinental ’25 » a également été récompensé des Prix de l’interprétation. Eszter Tompa a remporté le prix de la meilleure actrice dans un rôle principal pour son interprétation d’Orsolya, une huissière contrainte d’évacuer une personne sans-abri du sous-sol d’un immeuble du centre-ville de Cluj. Gabriel Spahiu (dont la filmographie compte plus de 100 titres) a quant à lui reçu le Prix du meilleur acteur dans un second rôle pour son interprétation d’Ion Glanetașu dans le même film « Kontinental ’25 »,
Gabriel Spahiu revient sur son expérience du tournage du film le plus primé de la soirée et sur sa collaboration avec le réalisateur Radu Jude.
« Je décrirais « Kontinental ’25 » comme un film très actuel, qui aborde un problème important et qu’il est essentiel de voir, notamment par rapport à ce que nous avons vécu récemment. Radu Jude réalise tous ses films de la même manière : il a quelque chose à dire et il le dit, sans s’arrêter. Bien que le tournage n’aiet duré que dix jours et que le film ait été réalisé avec un téléphone portable, pour moi, en tant qu’acteur, l’expérience n’a pas été très différente de celle vécue avec une caméra classique. Bien sûr, il est très important que l’image ait été signée par Marius Panduru, un cadreur extraordinaire, dont le style était parfait pour le film. En fait, l’acteur ne doit pas se préoccuper trop de la caméra ou du type d’appareil utilisé, mais se concentrer uniquement sur son jeu. Par ailleurs, le portable nous a beaucoup aidés avec certaines séquences filmées dans un style de cinéma vérité. Beaucoup plus discret qu’une caméra classique, on ne se rendait même pas rendu compte que nous étions filmés. Nous avons filmé des scènes où nous étions en train de mendier littéralement à des tables à Cluj et les gens ne se sont pas rendus compte qu’ils participaient à un enregistrement d’un film. »
Le meilleur documentaire
Dans la catégorie « Documentaire », le lauréat du Gala Gopo 2026 est « Papa » (« Tata » en roumain), réalisé par Lina Vdovîi et Radu Ciorniciuc. C’est l’histoire des traumas hérités, des silences familiaux et des abus subis par les Roumains partis travailler à l’étranger, à la recherche d’une vie meilleure. Tout commence par une enquête en caméra cachée, menée en Italie, où Lina Vdovîi documente les abus subis par son père au travail. « Papa » devient ainsi une radiographie intime des relations familiales et de la manière dont les traumas peuvent se transmettre ou être affrontés.
Nous avons parlé avec Radu Ciorniciuc de la genèse de ce deuxième documentaire, coréalisé et coécrit avec Lina Vdovîi, mais aussi du risque couru, aux côtés de sa partenaire, de devenir partie intégrante de l’histoire qui s’est construite aux cours des enregistrements.
« Le fait d’être journalistes et d’avoir traité des sujets évoluant au fur et à mesure de leur documentation nous a permis de ne pas nous paniquer lorsque l’histoire que nous étions en train de documenter en Italie a pris une tournure inattendue ou a donné ses premiers signes de changements. Au départ, nous envisagions une enquête sur le lieu de travail du père de Lina, qui nous avait sollicités pour résoudre un problème professionnel : un patron violent qui le payait au noir. Il s’agissait ni plus ni moins d’une forme d’esclavage moderne. Nous nous sommes investis pleinement dans ce projet, avec tout le matériel et toute l’énergie nécessaires. Nous avions même donné une caméra cachée au père de Lina pour qu’il puisse documenter ces abus. Nous lui avons appris à réaliser ce travail de documentation, tant sur le plan technique qu’éthique, car c’est un processus très délicat. Puis, les images filmées par le père de Lina grâce à la caméra cachée nous sont parvenues. C’était un moment décisif qui nous a fait changer d’approche. Nous avons alors compris que le père de Lina avait transformé la caméra, cet outil d’investigation, en un journal intime, un moyen de communication directe avec sa fille. Jusqu’à ce moment-là, leur relation n’avait pas été d’extraordinaire et, lorsque nous avons visionné les images destinées à Lina, nous avons réalisé que le film prenait une tournure dramatique et qu’il ne pouvait pas exister sans cette dimension de la relation entre la fille et son père. »
D’autres prix
Cette année le Gala des Prix Gopo a récompensé Igor Cobileanski du Trophée de la meilleure réalisation pour « Comatogen », un film également récompensé du prix du meilleur scénario, signé par Igor Cobileanski et Alin Boeru. Dans la catégorie du meilleur acteur, le trophée est revenu à Ben Schnetzer pour son rôle dans « La cravate jaune », un film retraçant la vie et la carrière du chef d’orchestre Sergiu Celibidache. La production s’est également vu attribuer de nombreux prix techniques, notamment pour les meilleurs décors, le son, les costumes, le maquillage et la coiffure, ainsi que pour le montage. « La cravate jaune » a également reçu le Prix du public.
Enfin, le prix de la meilleure image a été attribué au film « Catane », grâce à George Dascălescu, et cette même production, réalisée par Ioana Mischie, a été désignée meilleur film de début. Le gala a également inclus des distinctions honorifiques. Cette année, Dorina Lazar et Ovidiu Schumacher ont reçu des prix pour l’ensemble de leur carrière sur scène, tandis que le réalisateur Laurențiu Damian a été récompensé d’un prix pour l’ensemble de son activité. Voilà pour le meilleur du cinéma roumain, de l’année dernière.