Bucharest Robots, première start-up de Roumanie dédiée aux robots humanoïdes et aux robots de services
Les robots sont-ils porteurs de solutions sur le marché du travail ? Existe-t-il des dangers ? Quel est l’état actuel de ce secteur et quelles sont ses perspectives ? Comment ce parcours a-t-il commencé ? Réponses avec Ana-Maria Stancu est à la tête de Bucharest Robots
Ana-Maria Cononovici, 06.01.2026, 11:51
Ana-Maria Stancu est à la tête de Bucharest Robots – la première start-up de Roumanie dédiée aux robots humanoïdes et aux robots de services, fondatrice de RoboHub – un centre d’apprentissage dans le domaine de la robotique et de la programmation, destiné en particulier aux enfants issus de groupes vulnérables, mais aussi à tous les enfants ou adultes passionnés par ce domaine. Membre du conseil d’administration de euRobotics – le réseau européen de la robotique civile, Ana-Maria Stancu a plus de 20 ans d’expérience dans le secteur des ONG et dans le suivi des politiques publiques de Roumanie. Impliquée dans l’élaboration des politiques publiques dans le domaine des nouvelles technologies, elle a inauguré avec le soutien d’autres organisations du domaine, la Coalition pour l’Éducation Numérique de Roumanie. Interviewée par Radio Roumanie, Ana-Maria Stancu a répondu à plusieurs questions telles : les robots sont-ils porteurs de solutions sur le marché du travail ? Existe-t-il des dangers ? Quel est l’état actuel de ce secteur et quelles sont ses perspectives ? Comment ce parcours a-t-il commencé?
« Je crois que c’était en 2018 lorsque j’ai participé au Forum européen de la robotique, qui se tenait alors à Amsterdam. En observant tout ce que les participants y ont présenté, j’ai eu le sentiment que nous vivions encore, d’une certaine manière, au Moyen Âge, et que tout ce que je voyais était à des années lumière de ce que nous avons en Roumanie. Il y avait ensuite une initiative d’euRobotics, ce réseau européen de la robotique : la Semaine européenne de la robotique. J’ai beaucoup aimé cette idée et je me souviens que j’ai demandé à un ami, patron d’une entreprise, de m’acheter deux robots. Par la suite, j’ai demandé à Elisabeta Moraru, de Google, de me donner deux casques VR en carton, dont le prix était très accessible. J’avais aussi une caméra VR à 360 degrés. J’ai tout mis dans une valise et, à partir de cette semaine-là, j’ai commencé à me rendre dans des écoles pour montrer aux enfants comment tout cela fonctionnait. A la base, je me suis dit : si les enfants de Bucarest ne connaissent pas ce genre de choses, quelle serait la chance que les enfants de la campagne aient accès à de telles technologies ? Aujourd’hui, avec le recul, je considère que les choses ont beaucoup changé. Il existe des initiatives au niveau local : dans presque tous les départements, il y a au moins deux ou trois équipes de robotique qui participent au championnat FTC, First Tech Challenge. »
Le principal défi à relever reste à former des enseignants aux nouvelles technologies. Le rythme des découvertes est aujourd’hui très rapide, tandis que les programmes scolaires n’arrivent pas à suivre ce rythme et sont donc dépassés, avec les mêmes notions depuis une dizaine d’année déjà. Ana-Maria Stancu nous apprend que les robots dont elle dispose font partie intégrante de l’équipe et aident à la formation aussi bien des élèves que de leurs professeurs :
« Je détiens en ce moment cinq robots humanoïdes, un robot de désinfection et plusieurs petits robots éducatifs. Parfois, je dois l’avouer, j’oublie de les mettre en fonction, notamment quand nous ne recevons pas la visite des élèves, durant la soi-disant Semaine verte, quand les écoles roumaines organisent des ateliers et des activités en dehors des salles de classe. Chaque robot a sa propre personnalité: ils s’appellent Amelia ou encore Monica. »
Aux dires d’Ana-Maria Stancu, les robots ne risquent pas de remplacer les humains sur les lieux de travail.
« Aux dires du PDG de l’entreprise NVIDIA, celle qui fabrique les puces permettant à l’intelligence artificielle de fonctionner, il faudrait que nous prêtions plus d’attention à la physique et aux mathématiques, car ce sont des choses très concrètes, ancrées dans le monde réel. Ensuite, il a dit que les métiers manuels ont encore un bel avenir devant eux, car, aussi avancés que les robots semblent, ils agissent notamment dans des environnements contrôlés. Qu’est-ce que cela signifie ? Cela signifie que le robot a été entraîné dans un espace précis, qu’il a répété le mouvement mille fois, jusqu’à ce qu’il soit parvenu à un résultat digne d’être montré et donc, publié sur Internet. »
De nos jours, l’environnement numérique regorge de vidéos qui transmettent l’idée que les robots sont prêts à nous remplacer. Ana-Maria Stancu reste sceptique :
« Prenons l’exemple du ChatGPT, que tout le monde utilise, mais les autres IA génératives fonctionnent de la même manière. On les appelle des IA génératives parce qu’elles génèrent. Les équipes de ChatGPT ont constitué une base de données immense, avec des millions de documents, que cet algorithme parcourt pour établir une sorte de statistique. Concrètement, si on cherche, par exemple, le mot “radio”, le mot qui y est le plus souvent associé est « invité ». A son tour, le mot “invité » est le plus souvent accompagné du mot “femme”. Lorsque nous demandons au ChatGPT de nous dire quelque chose sur une émission de radio, il répondra : “à la radio, l’invitée est une femme”. Pourquoi ? Parce qu’il fait le calcul des probabilités. »
En Roumanie, la Coalition pour l’Éducation Numérique s’implique activement dans l’élaboration des politiques publiques dans le domaine des nouvelles technologies. Elle a déjà proposé aux salariés de différentes institutions publiques des formations de communication avec les citoyens, ainsi que d’autres initiatives qui changent lentement, mais sûrement le rythme du processus de numérisation de notre pays.